On a vu Carol, demain au cinéma
Culture

On a vu Carol, demain au cinéma


Yagg organisait jeudi dernier l’avant-première parisienne de Carol, le nouveau film de Todd Haynes, pour lequel l’actrice Rooney Mara a reçu le prix d’interprétation au dernier Festival de Cannes. Le film est également le détenteur de la Queer Palm 2015. Salle comble pour ce mélodrame qui se déroule à New-York au début des années 1950, porté par la puissante présence à l’écran de Cate Blanchett, et qu’on retrouvera demain en salles.

Romance adaptée d’un roman

Le film transpose à l’écran le roman de Patricia Highsmith qui publia d’abord en 1952 sous le pseudonyme de Claire Morgan dans une version censurée, The Price of salt. Il fallut plusieurs années pour que l’auteure assume son texte et dévoile Carol sous son nom. L’histoire met en scène non seulement une passion amoureuse entre deux femmes évoluant dans des milieux sociaux différents mais aussi les démêlés judiciaires de la grande bourgeoise en instance de divorce. Son refus du patriarcat et son aspiration à la liberté font de cette fiction un texte sulfureux pour les mœurs étasuniennes des années cinquante. Ulcéré par la passion amoureuse qu’il voit naître entre Carol et une jeune femme, Therese, le mari tente de priver sa femme de sa propre fille en ayant recours à la justice : l’homosexualité était encore une maladie mentale, signe de dérèglement, et donc d’incapacité à élever ses enfants.
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Film à Oscar

Si le film repart bredouille des Golden Globes, où il était nommé cinq fois, il y a fort à parier qu’il se rattrapera aux Oscars le 28 février. Formellement, tout dans Carol se répond dans une rondeur parfaite : deux heures, deux personnages, des champ/contre-champ léchés. Une histoire d’amour impossible ( ?), une icône, une actrice qui monte, des répliques savoureuses de Carol tentant de séduire Therese, une bande-originale qui donne des frissons, les ingrédients sont réunis pour que le film reparte avec plusieurs trophées. Notons que les romances lesbiennes sont de plus en plus nombreuses en salle. Elles sont surtout de plus en plus destinées à un large public, comme put l’être Brokeback mountain pour les gays il y a dix ans. Le 10 février sortira Free love, avec Julianne Moore et Ellen Page. Durant l’été, La Belle saison, un film français avec Cécile de France et Izïa Higelin, recevait sensiblement le même accueil médiatique et public.

La classe au premier plan

Est-ce qu’homosexualité et lutte des classes riment ensemble ? Il faut le croire tant les grandes romances lesbiennes des dernières années mettent ce thème en avant. Dans La Vie d’Adèle, on se souvient d’Emma, évoluant dans un milieu bourgeois, entourée d’artistes, assumant sa sexualité, et d’Adèle, issue de la classe moyenne basse, bousculée par Emma qui ne peut pas se résoudre à ce qu’elle ne devienne « que » professeure des écoles. Emma qui mange des huîtres et Adèle des spaghettis. On retrouve cet aspect tout du long dans Carol – dans le contexte bien différent des années 50 : Therese veut faire des photos mais elle n’a pas d’argent pour se consacrer à son art, alors elle est vendeuse. Carol, qui ne travaille pas, la rencontre sur son lieu de travail, un grand magasin rutilant, et achète un jouet de Noël si cher pour sa fille qu’il doit représenter le salaire annuel de Therese. Quand elles se voient au restaurant pour la première fois, Therese ne sait pas où se mettre ; elle ignore tout des codes. L’attention sociologique de Todd Haynes confère une densité subtile à cette histoire d’amour d’une classe folle.

Carol

  • Daniel Jérôme Soulie

    Dommage que cet article intéressant finisse en queue de poisson. La véritable critique reste sur le carreau et le lecteur cinéphile… sur sa faim.

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