Entretien avec Florent Manelli qui expose «Homme aux cent visages» à la Galerie Joan Font
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Entretien avec Florent Manelli qui expose «Homme aux cent visages» à la Galerie Joan Font


Rencontre avec Florent Manelli, jeune dessinateur qui expose « Homme aux cent visages » dès le 29 Mars à la Galerie Joan Font.

Florent Manelli est un jeune artiste 2.0, il utilise les réseaux sociaux pour exposer ses créations. Fasciné par les visages réels ou fictifs, connus ou anonymes, il peint et dessine leurs ressemblances et leurs dissemblances. L’exposition « Homme aux cent visages », qui débutera le 29 mars à la Galerie Joan Font à Paris, met le genre masculin à l’honneur. Nous l’avons rencontré.

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TÊTU : De Perpignan à Paris en passant par Montréal, dites-nous en davantage sur vous et vos sources d’influences ?

Je m’appelle Florent, j’ai 26 ans et je suis originaire de Perpignan. C’est lors d’un séjour de 6 mois à Montréal en 2013 que l’illustration m’est un peu tombée dessus.

Pour la petite histoire, je vivais à cette époque dans un loft avec 4 autres personnes dont une chanteuse, Elena, qui est devenue une amie très proche aujourd’hui. Un soir, on s’est mis à discuter de musique, des arts en général mais surtout de cette liberté de créer propre à Montréal où t qui a une idée, un concept créatif et l’envie, peut monter son projet sans qu’on lui demande s’il a une formation pour ça, s’il a étudié telle et telle chose.

À Montréal, je me suis justement mis à dessiner énormément et à poster ces dessins sur Instagram. J’ai fait ma première exposition dans le loft dans lequel je vivais quelques jours avant de quitter Montréal. L’énergie de cette ville, je l’ai ramenée dans mes valises.

TÊTU : Incontestablement Andy Warhol fait partie de votre univers, quelles sont vos autres sources d’influences ?

Je suis un grand fan de Warhol. Ses œuvres ont été mon premier émoi artistique vers 13-14 ans. Il m’a amené à m’intéresser, par la suite, de façon plus générale au Pop Art, puis à d’autres courants (surréalisme, réalisme, cubisme) et à d’autres artistes (Keith Haring, Basquiat, Frida Kahlo, David Hockney, etc). Son rapport à l’art visuel est incroyable tout comme le mystère du personnage qu’il s’est créé.

Je trouve mes inspirations un peu partout mais surtout sur les réseaux sociaux d’images comme Pinterest et Instagram. Ce sont de vraies banques d’images et des puits d’inspiration sans fin. Mon téléphone est rempli de captures d’écrans ou d’images tirées de ces réseaux que j’utilise ensuite pour dessiner mes portraits.

TÊTU : Le portrait semble avoir une place importante dans vos créations, quel sens a-t-il pour vous ? 

Les visages me fascinent. Nous sommes tous différents, chacun de nos traits nous rend unique et la diversité des visages me subjugue. Notre visage nous définit en tant que personne même si c’est simplement une enveloppe, il est ce qui nous différencie, d’un point de vue purement visuel, de l’autre. Moi qui suis un fervent défenseur de la différence et de l’acceptation de cette différence, le portrait est un sujet idéal pour ça.

J’aime aussi les « gueules cassées », les visages moins communs, ils sont plus intéressants à dessiner parce que non symétriques et sortant des normes auxquelles nous sommes habitués et que l’on voit dans les médias et la publicité. C’est probablement cette différence qui me plaît. Rossy de Palma ou Rick Owens ont des visages que je pourrais scruter pendant de longues minutes.

Col roulé marron © Florent Manelli
Col roulé marron © Florent Manelli

TÊTU : Vous avez fait le choix d’exposer uniquement des portraits d’hommes, est-ce lié à votre homosexualité ?

Disons que c’est un choix qui s’est fait au fur et à mesure que l’exposition s’est construite avec Joan Font (le galeriste qui me représente pour cette exposition). J’avais des dizaines de portraits masculins dans mes classeurs, beaucoup plus que des portraits féminins mais je ne m’en étais jamais rendu compte.

Je n’arrive pas vraiment à expliquer cette facilité que j’ai à dessiner des visages masculins plutôt que féminins. Cela est probablement dû à la vision sexuée que j’ai des hommes qui me permet de transcrire de façon sensible mon émotion, ce que je ressent plus facilement. J’ai une prise de liberté plus grande sur le papier avec les portraits masculins. Je trouve toutes les femme belles, fascinantes dans un sens, évidemment, mais mon rapport artistique est différent avec elles. Mon homosexualité et mon vécu sont probablement pour beaucoup dans mon processus créatif et cette exposition m’a ouvert les yeux là-dessus.

TÊTU : Votre prochaine exposition traitera du genre, pouvez-vous nous en dire plus ?

C’est encore au stade de projet et je ne sais pas encore où, ni quand ce sera mais j’aimerais que ma prochaine exposition traite effectivement du genre. Je suis en train de lire des livres et regarder des films pour m’imprégner au maximum du sujet. C’est un thème complexe et qui peut offenser s’il est pris à la légère ou de façon superficielle.

Le genre et ses questions sont captivants et de nombreux artistes ont déjà traité ce sujet dans le passé comme Rrose Sélavy le double féminin de Marcel Duchamp ou encore Warhol et ses polaroids. Et je ne site pas le nombre de films (plus ou moins réussis) sur ce thème.

Les questionnements sur ce qui nous définit en tant qu’homme ou femme, le déterminisme du genre auquel on est confronté lorsque l’on est enfant, qu’est ce qui fait que les clichés sur les sexes sont toujours présents dans les esprits,… Toutes ces interrogations se posent régulièrement à moi et j’aimerais amener les gens à se poser aussi des questions avec ce projet.

Pour suivre les créations de Florent Manelli :
http://www.florentmanelli.com
https://www.instagram.com/flomanelli

Florent Manelli © Pierre Bongert
Florent Manelli © Pierre Bongert

HOMME AUX CENT VISAGES
Du mardi 29 mars au samedi 2 avril 2016
Vernissage en présence de l’artiste
Vendredi 29 mars à 18h

Galerie Joan Font
65, rue Notre Dame de Nazareth 75003 Paris
Entrée libre

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