L’homme Éditions MR : éclectique et désinvolte
Objets du désir

L’homme Éditions MR : éclectique et désinvolte


Bien que solidement ancrée dans un fantasme parisien, qu’elle revendique par ailleurs, la marque Éditions MR imagine des collections qui sont des invitations au voyage. Élégamment incarné par ses deux fondateurs (et amis) qui manient le fil aussi bien que la prose, le label se réinvente et tisse de captivantes histoires.

Éditions MR (anciennement Melinda Gloss) est née d’une belle et franche histoire d’amitié. Celle de Mathieu de Ménonville et Rémi de Laquintane, deux Parisiens liés depuis l’enfance, qui ont ciré les bancs de la fac de philosophie. En 2009, partageant une passion pour la mode et la culture, ils décident de lancer Éditions MR (“MR » pour Mathieu et Rémi), imaginée comme un label de création et d’édition. Leur appartement situé à deux pas du Palais Royal se transforme en appartement-boutique. Les amis viennent y admirer les vêtements, souvent autour d’un verre. Puis le bouche-à-oreille fait le reste et de «vrais» clients se joignent à la fête. L’année suivante, une première boutique voit le jour dans le haut-Marais, suivi par un second lieu deux ans plus tard au 9 rue Madame (Paris 6e) où s’ajoutent aux collections de prêt-à-porter une ligne de costume demi-mesure confectionnée en France.
Éditions MR

Derrière Éditions MR, il y a l’idée d’un homme à l’allure légèrement déglinguée, frôlant parfois la nonchalance. Les vêtements sont ses compagnons de route, des pièces faites de belles matières, qui ne demandent qu’à être portées et sans manières. Des vêtements qui vivent, s’usent et encaissent les coups sans broncher. Cet homme Éditions MR traverse le temps, bien sapé où qu’il aille imprégné de l’insouciance d’un lendemain de fête, de chair, ou des deux.

« Éditions MR », parce qu’éditer revient à sélectionner l’essentiel. Chaque pièce proposée correspond à un désir, répond à une fonction. Le vêtement accompagne un moment de vie qu’il soit banal ou singulier. Tout a un sens, tout est soumis à un processus de réflexion méticuleux. Le vestiaire est inspiré de la vie parisienne, de l’histoire du vêtement masculin, de la culture, des voyages, des souvenirs familiaux.

En septembre 2015, Éditions MR lance une plateforme en ligne qui réunit les coups de coeur et inspirations de ses deux fondateurs, sélection de livres, de collaborations, images d’archives et entretiens filmés dans la Chambre 42 de l’hôtel Louisiane à Paris. Un patchwork d’inspirations qui active ces interactions entre mode et culture, vitales pour créer des collections attirantes qui tapent dans le mille avec une désinvolte efficacité. Les deux créateurs-amis nous racontent avec décontraction et gouaille qui est l’homme Éditions MR.

 

Pouvez-vous nous parler de votre parcours et nous présenter vos projets pour votre marque récemment rebaptisée Editions MR ?

C’était en 2008, nous étions étudiants en philo et de passage à Shanghai. A l’époque peu de marques vraiment masculine s’adressaient à notre génération, c’est en tout cas le sentiment que l’on avait alors. On voyait que la France s’exportait mais à travers des marques de luxe qui semblaient loin de nous. Nous avons voulu éditer un vestiaire composé d’essentiels dont on a envie et bien fabriqués. Nous voulions faire interagir la mode et la culture de manière cool et jeune, nous adresser à une génération éclectique, curieuse et touche-à-tout, à laquelle nous appartenons tous les deux.

 

Quels sont les essentiels du vestiaire Editions MR ?

Un long manteau robe-de-chambre, un blouson col châle shearling en gros velours côtelé, une veste de voyage coupe boxy en daim.

 

L’homme Editions MR en trois adjectifs ?

Désinvolte et légèrement déglingué, parisien et aux goûts éclectiques. Parce que les belles pièces sont aussi faites pour être maltraitées, qu’il y a toujours un peu de Gainsbourg dans Paris et qu’à ne s’intéresser à qu’une seule chose on s’ennuie vite.

 

Quelle place les accessoires occupent-ils dans les silhouettes que vous proposez ? A quel moment du processus créatif entrent-ils dans votre réflexion?

Cela dépend un peu des accessoires. La maroquinerie a souvent une fonction pratique, que ce soit au quotidien ou comme accessoire de voyage. C’est donc de cette fonction que l’on part. Pour d’autres c’est une manière de mettre une peu plus d’attitude dans une silhouette, c’est ce qui la rend cool ou singulière.

 

Les effets de mode et les tendance sont-ils compatibles avec le style et l’élégance au masculin ?

Je crois que même quand il s’agit de pièces atemporelles, on a envie de certaines plus que d’autres selon les moments. Notre idée du style et de l’élégance reste profondément ancrée dans notre époque. Ce qui a peut-être moins de sens aujourd’hui ce sont les tendances très rapides, très précises, très éphémères. En ce moment, je crois qu’on a envie de choses qui durent, particulièrement pour l’homme – mais pas seulement.

 

Existe-t-il encore un tabou dans la manière qu’ont les hommes de s’habiller? L’ultime interdit ou faute de goût ?

Ce n’est jamais tant ce qu’on porte que la manière dont on le porte qui fait la différence. Un accessoire de mauvais goût peut devenir sublime avec un peu de panache et d’extravagance. La faute de goût c’est de porter ce qui ne va qu’aux autres, de ne rien se ré-approprier. Et à mon sens (c’est très personnel) : de se parfumer.

 

Quel vêtement considéré comme ringard ou désuet pourriez-vous remettre au goût du jour?

Une paire de santiags.

 

Miami Vice

“J’aime bien travailler les collections avec réalisme, comme on travaillerait des costumes de films : en essayant de capturer une succession de moments de vie, d’attitudes, en imaginant la vie des personnages” explique Rémi de Laquintane. Pour l’été, le duo a voulu nous faire « revivre une journée estivale au beach club. Elle commence par un peu de sport, finit plus habillée avec un cocktail à la main. L’ensemble demeure toujours très détendu et il est infusé de quelques références aux années 70-80 avec une influence caraïbéenne. L’esprit beach club s’exprime dans des manteaux-peignoirs à motif prince-de-galles marine et blanc en tissus éponge, un pantalon pyjama élastiqué à rayure vert gazon, un pull intarsia où un volant de badminton sert de verre à cocktail.

tetu-mode-homme-EDITIONS-MR-SS16Les pièces de jour sont particulièrement nonchalantes, avec une forme de réalité immédiate dans les coupes et les couleurs indigo, brique et orange, et quelques références western en denim contrastées par des motifs imprimés cachemire et des slippers brodés. On retrouve quelques références au stylisme éclectique de la galerie de personnages de la Famille Tenenbaum où se mélangent des éléments sports, western et habillés. Le soir est légèrement plus sulfureux, avec un imprimé fumeuse vert et orangé sur fond marine repris en jacquard, des derbies en cuir nappa blanc et un smoking Miami Vice myrtille et bleu.

Quelques pièces essentielles du vestiaire sont déclinées pour la femme, clin d’oeil à cette présence féminine qui inspire le duo depuis ses débuts.

 

Room service

La chambre 42 de l’hôtel Louisiane est le décor de la collection automne-hiver 2016-17. Chacun des deux créateurs nourrit dans ces vieux couloirs des souvenirs qui lézardent.

L’hôtel, c’est d’abord une vie d’intérieur. C’est recevoir dans sa chambre dans un mélange distillé de sulfure et d’intimité. C’est sortir en robe de chambre, pieds nus dans ses slippers, pour acheter son journal et un peu de tabac. L’hôtel, c’est aussi le fantasme d’une vie libre, la nécessité d’une valise unique et légère, pleine d’essentiels parce ce que c’est tout ce qu’on a et parce que c’est tout ce qu’on veut.

tetu-mode-homme-EDITIONS-MR-AH16C’est précisément cette garde-robe que Mathieu et Rémi ont imaginée pour cette première collection sous le label Éditions MR : des incontournables, plus que jamais puisés dans les archives de marque et les succès intemporels, réinterprétés, réédités. Des motifs, des micro-motifs surtout, inspirés des riches intérieurs de moquettes, plaid, tapisserie ou tapis qui les ont vu grandir ; d’élégantes tenues coupées dans des matières nobles, raffinées, mais aussi brimées et négligées, portées avec une touche d’insolence, qu’on imaginerait parfaitement incarnées par Burroughs ou Hemingway, tous deux ayant foulé du pied ces mêmes couloirs de La Louisiane.

L’hôtel, c’est enfin une invitation à l’errance et à l’aventure, une feinte sédentarité. À ce vestiaire d’intérieur font donc naturellement échos des pièces qui seront les meilleures alliées de nos pérégrinations et conformes aux pré-requis d’une tradition nomade. On y retrouve ainsi un blouson col châle réédité, une paire de santiags, du cuir et des peaux qui nous accompagneront aux portes du monde et qui en reviendront, usées, patinées et plus belles encore.

Retrouvez les collections Éditions MR dans leur deux boutiques parisiennes : 9 rue Madame (Paris 6e) et 10 Bd des Filles du Calvaires (Paris 11e). Découvrez tout l’univers de la marque et son Journal Chambre 42 sur internet : editionsMR.fr

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