L’homophobie en France : moins signalée mais plus banalisée
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L’homophobie en France : moins signalée mais plus banalisée


L’association SOS Homophobie a dévoilé hier son Rapport sur l’homophobie 2016, constatant une mutation quantitative et qualitative de la LGBTphobie en France depuis 2014.

Après un triste record de l’homophobie entre 2012 et 2014, le premier constat d’SOS Homophobie sur l’année 2015 est encourageant : les faits de violence contre les personnes LGBT continueraient de diminuer.

Une forte diminution du nombre de témoignages

En effet, après avoir reçu plus de 3 500 témoignages en 2013 et près de 2 2000 en 2014, l’association dénombre 1 318 signalements pour l’année 2015, soit 40% de moins que l’année précédente.

Les agressions physiques – qui sont majoritaires en Île-de-France par rapport au reste du pays – seraient également en baisse, avec 152 agressions homophobes ou transphobes recensées en 2015, contre 161 en 2014, et même 202 en 2013.

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Chiffres généraux – crédit illustration SOS Homophobie

Une diminution qui nous replace dans des proportions similaires à la période 2006-2011 précédant les débats sur le « mariage pour tous », lesquels ont débuté dès l’élection de François Hollande en 2012.

L’ouverture du mariage aux couples de même sexe n’a-t-elle donc rien apporté en faveur de l’acceptation générale de l’homosexualité en France ?

En dépit d’une forte diminution des cas recensés, le Rapport sur l’homophobie 2016 dessine effectivement les frontières d’une homophobie nouvelle, intériorisée par trois ans de débats sur l’égalité des droits.

Une homophobie ancrée dans le quotidien

Ainsi, si la violence LGBTphobe semble avoir diminué de 40% depuis 2014, les cas spécifiques de gayphobie auraient augmenté de 5,6%, alors même que la lesbophobie et la transphobie auraient baissé depuis 2014.

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La gayphobie – crédit illustration SOS Homophobie

Par ailleurs, les personnes seraient de plus en plus victimes de violence dans leur vie quotidienne (60% des cas), en premier lieu au sein de leur famille et des lieux publics et professionnels. La LGBTphobie en milieu scolaire est à l’inverse celle qui observe la plus forte baisse, néanmoins le Rapport sur l’homophobie 2016 constate un rajeunissement des auteurs et des victimes de ces violences, 69% d’entre elles étant mineures au moment des faits…

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La LGBTphobie en milieu scolaire – crédit illustration SOS Homophobie

SOS Homophobie observe également une augmentation des cas de discrimination et de harcèlement en milieu professionnel, soulevant l’urgente nécessité de lutter contre la LGBTphobie sur leur lieu de travail.

En outre, l’association note une augmentation des cas de harcèlement commis par des voisins envers les couples d’hommes ou de femmes, soit une intolérance qui ferait suite aux unions contractées après l’adoption du « mariage pour tous ».

A l’inverse, l’homophobie et la transphobie sur le web semblent décliner d’après le Rapport sur l’homophobie 2016, avec 235 cas recensés l’année dernière, contre plus de 800 en 2014.

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La LGBTphobie sur internet – crédit illustration SOS Homophobie

Le profil des victimes d’homophobie se serait également modifié. Ainsi, si 40% des victimes auraient entre 25 et 50 ans, ce serait majoritairement les hommes qui seraient visés par ces violences – et par les ¾ des agressions physiques – a fortiori dans les espaces publics et professionnels ; les femmes témoignant davantage de violences vécues dans le contexte familial ou scolaire dans cette étude.

Lutter contre une « parole homophobe libérée et médiatisée »

Malgré une diminution des témoignages, la société française ne fait donc toujours pas figure d’exemple en termes de tolérance à l’égard de la communauté LGBT, et SOS Homophobie déplore « une homophobie et une transphobie durablement installée » sur le territoire.

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Chiffres généraux – crédit illustration SOS Homophobie

Si la légalisation du « mariage pour tous » a offert une visibilité nouvelle aux couples de même sexe, les débats houleux qui ont entouré l’adoption de la loi Taubira ont également ouvert la voie à une homophobie politique et publique scandée sans honte lors de manifestations conservatrices, qu’SOS Homophobie analyse comme une « parole homophobe libérée et médiatisée ». Une situation préoccupante dont l’association s’inquiète fortement :

En vingt ans, l’homophobie ordinaire, faite essentiellement d’ignorance et de rejet, s’est transformée en refus de l’égalité des droits et en violences verbales ou physiques assumées à l’égard des personnes lesbiennes, gays, bi et trans.

Après avoir acquis l’égalité devant le mariage, il apparaît donc toujours essentiel de se mobiliser contre les violences et les discriminations faites à la différence, d’autant qu’il reste d’autres droits à acquérir. Parmi eux le droit de fonder une famille (PMA, GPA…), le droit des trans à changer d’état-civil, ou encore l’adoption du don du sang « se basant sur des comportements à risques plutôt que sur des groupes à risques… ».

Comme le souligne SOS Homophobie, l’année 2016 apparaît comme une occasion d’interpeller les futurs candidat.e.s aux présidentielles de 2017, voire de rappeler à certaines familles politiques les engagements non tenus…

 

Crédit illustration couverture SOS Homophobie

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