Geneviève Garrigos, marraine de la Marche :
Opinions et débats

Geneviève Garrigos, marraine de la Marche : "La stérilisation forcée, c'est de la torture"


Pour la première fois, l’Inter-LGBT a consacré la Marche des fiertés parisienne aux droits des trans, le T d’une « communauté » qui déplore sa position de dernière roue du carrosse. Geneviève Garrigos était la marraine de la Marche 2016.

 

Geneviève Garrigos, la présidente d’Amnesty International France, qui termine son mandat, n’a pas été nommée marraine de la Marche au hasard ; moins paillette qu’Arielle Dombasle (par exemple, marraine en 2011), la militante des droits de l’Homme qui a passé son enfance en Argentine connait en revanche bien mieux la situation des personnes trans dans le monde que la sirène de la chanson française.

 

LA SOCIÉTÉ CIVILE COMPREND PLUS VITE QUE LES POLITIQUES

Rencontrée derrière la scène géante des concerts place de la Bastille, à dix minutes de sa prise de parole, Geneviève Garrigos estime que la Marche 2016 a été un succès : « Pour moi c’était un immense honneur. Je retiens de cette Marche que les gens sont venus extrêmement nombreux malgré l’insistance sur les questions de sécurité. Derrière la banderole de tête, on criait des slogans sur les droits des trans : force est de constater que les gens les reprenaient et applaudissaient. Cela prouve que les citoyens, les Parisiens qui nous regardaient le long du cortège soutiennent le changement d’état civil libre et gratuit ». Même constat pour Jérôme Beaugé, le président de l’Inter-LGBT : « C’est une pleine réussite car pour un parcours réduit de moitié, nous avons mis encore plus de temps que les années précédentes pour rejoindre la place de la Bastille. »

C’est en Argentine, le pays d’origine de Geneviève Garrigos, que le changement d’état civil a été autorisé en premier, en 2012. En France, le milieu politique ne maitrise que très peu le sujet : « Autant les politiques ont fini par comprendre ce qu’était l’orientation sexuelle, autant l’identité de genre représente un blocage pour eux. Ils ne comprennent pas ce que cela veut dire, et à quel point cela peut être déconnecté du sexe biologique et de l’orientation sexuelle ». C’est pourquoi les élus ont été invités à se joindre à la Marche… mais dans le cortège, comme tout le monde, afin de laisser la place aux militants des droits des trans dans le carré de tête. On a ainsi vu entre autres Anne Hidalgo, la maire de Paris, Audrey Azoulay, la ministre de la Culture, Jean-Luc Mélenchon, candidat à l’élection présidentielle, Jean-Luc Roméro, Jack Lang, ainsi que plusieurs maires d’arrondissement parmi la foule.

Malgré cette mise à l’honneur, plusieurs associations n’ont pas souhaité s’associer à l’Inter-LGBT, comme Acceptess-T, regrettant un « positionnement ambigu à l’égard du mouvement trans interassociatif » : « Leur colère est tellement grande qu’il n’y a pas de négociation possible, admet Jérôme Beaugé. Je comprends qu’une partie des trans pense que nous, les « LGB », n’allons pas assez loin et qu’elle veuille s’émanciper ». Mais les associations présentes dans le carré de tête ont fait appel à la solidarité des personnes cisgenre [qui ne sont pas trans, NDLR], à l’instar de AIDES qui a déclaré lors des prises de parole avant la Marche : « Oui, les droits des trans sont une urgence, la santé des trans est une urgence. Les deux sont liés, indissociables. Les deux, nous les arracherons, et les personnes trans et leurs associations ont besoin de la solidarité de toutes et de tous aujourd’hui pour y parvenir ».

 

DE LA TORTURE

C’est le décalage entre l’urgence de la situation et la lenteur des politiques qui dégoûte certaines associations. Car il ne s’agit pas d’égalité des droits, mais bel et bien de santé, comme le martèle Geneviève Garrigos : « Des personnes meurent aujourd’hui à cause de cette juridiction. Elles sont torturées, car quand on force des personnes à être stérilisées, c’est de la torture. La société, elle, comprend le besoin d’autodétermination. »

Moins sûr, en revanche, dans le pays de la Manif pour tous, que des Français hostiles ne tentent pas de s’en mêler : « On a un paradoxe en France : d’un côté on revendique notre République laïque, et de l’autre on cède à des pressions religieuses. Malte, qui est très catholique, a par exemple admis qu’il n’y avait rien de contre-nature dans le changement d’état civil mais qu’il reflétait un sentiment profond. Même en Iran, cela a été compris par l’ayatollah Khomeini qui a déclaré que si une personne se sentait « piégée » dans un autre corps que le sien, elle devait pouvoir le quitter. » Après l’Argentine en 2012, il y eut la Nouvelle-Zélande, le Brésil (dans certains États), le Danemark, l’Irlande, Malte, et bientôt la Norvège. Pour Geneviève Garrigos, « ce qui est très important, c’est que ces lois ont aussi été portées par la population. Quand on explique, les gens comprennent que c’est une violation majeure des droits de l’homme. »

 

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