Les hommes de Sébastien Paul Lucien : jeux d'ombres et de lumières à Buenos Aires
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Les hommes de Sébastien Paul Lucien : jeux d'ombres et de lumières à Buenos Aires


Rencontre avec Sébastien Paul Lucien, un artiste-photographe français qui sublime la beauté masculine depuis les paysages argentins.

TÊTU a interviewé Sébastien Paul Lucien, un artiste français qui réalise depuis plusieurs années des portraits masculins explorant les différentes cultures d’Amérique latine. Dans son odyssée photographique, l’artiste a su capturer la puissance et la souplesse des corps souvent vêtus de l’ombre elle-même, pour un résultat à la fois captivant et sensuel.

 

Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter à nos lecteurs ? Nous raconter ton parcours ?

J’ai 44 ans je suis né en France à Avignon. Parallèlement à la photographie que je pratique en autodidacte (enrichi de stages, ateliers et formations de perfectionnement technique), j’ai étudié les Lettres Classiques à Montpellier. Je vis en Amérique latine depuis plus de 20 ans, que ce soit à Haïti, au Brésil ou en Argentine, où je mène simultanément des activités culturelles et artistiques qui, bien que centrées autour de la photographie, m’ont conduit aussi vers la production musicale, l’écriture, la mise en scène de spectacles.

Sébastien Paul Lucien photographe français Buenos Aires
Crédit photo Sébastien Paul Lucien

Depuis 10 ans je me suis établi à Buenos Aires, lieu de réalisation de mes travaux et point de départ vers des destinations aussi variées que les Caraïbes, le Brésil, la Méditerranée où je puise une partie de mon inspiration.

 

Comment est né ton amour de la photographie ?

Le goût et la pratique de la photographie ont toujours accompagné mon parcours de vie. Dès l’adolescence j’ai réalisé ma première exposition sur des portraits revisités des Saints et martyrs avec les jeunes habitants de mon village provençal. Puis les voyages ont concentré mon attention et ont été le principal objet de mes travaux sur des cultures aussi diverses que le Pérou, Cuba, la Colombie ou l’Argentine.

A Buenos Aires je réalise des books pour des mannequins, acteurs, artistes ou sportifs et avec lesquels je mène souvent en parallèle mes projets personnels autour du portrait masculin. Beaucoup des modèles de mes photographies sont des danseurs de différents corps de ballet, des athlètes de Parkour ou de Callisthenia (c’est-à-dire du street work out), des étudiants, des jeunes hommes croisés lors de mes pérégrinations ou des amis qui se prêtent au jeu et finissent parfois par devenir modèles professionnels dans des agences locales et internationales.

Sébastien Paul Lucien photographe français Buenos Aires
El Cid – crédit photo Sébastien Paul Lucien

« Buenos Aires offre un métissage esthétique qui ne peut que fasciner un photographe »

 

Dans ton travail tu photographie des hommes de différentes origines, des marins… C’est une invitation au voyage que tu nous proposes ?

L’histoire de Buenos Aires est fortement marquée par la mixité des cultures et les flux migratoires variés. La ville offre ainsi « une palette » de physionomies séduisantes et un métissage esthétique qui ne peut que fasciner un photographe. Les beautés d’Argentine mêlent dans leur capital génétique les charmes de l’Espagne, l’Italie, la France, l’Allemagne ou la Pologne auxquels il faut rajouter les attraits des indiens natifs, des descendants d’Africains, nés de ce brassage original. Ces dernières années de nouveaux immigrants venus de pays voisins comme le Pérou, ou la Bolivie ou plus lointains comme l’Ukraine, La Corée du Sud ou l’Afrique noire viennent enrichir ce vaste territoire dont la culture bigarrée va au-delà des clichés du gaucho, du footballeur et du danseur de tango.

Sébastien Paul Lucien photographe français Buenos Aires
Marinero – crédit photo Sébastien Paul Lucien

Mes photographies de marins se rattachent d’abord à cette inspiration portuaire. C’est l’homme du voyage, des escales, toujours appelé vers le lointain et qui porte donc en lui  des thématiques qui me sont proches : le goût de la liberté, la quête impossible de l’exotisme, la fausse singularité de celui qui se sent éternel étranger partout où il passe… Sans parler de la dimension érotique de la figure du marin, objet de désir ambivalent dans la littérature depuis Melville, Pierre Loti, Cocteau ou Genet et dans l’iconographie gay de Herbert List, Raymond Voinquel ou Pierre et Gilles. L’excellente galerie parisienne de Nicoles Canet, Au bonheur du jour, a consacré l’affiche d’une exposition intitulée MARINS à une de mes photographies en 2010 et possède certains de mes travaux.

 

« Je cherche une certaine simplicité, un instant suspendu, lumineux. »

 

A cette diversité, cet éclectisme dû à mon itinéraire personnel, se rajoute mon goût pour l’antiquité, l’idéal gréco-romain hérité de mes études et une certaine influence romantique qui, je crois, peut se lire dans certaines photographies. Le rapport entre la plastique du corps et le paysage, qu’il soit urbain ou naturel, qui essaie de refléter un état d’âme. J’essaie de traduire cette sensibilité sur des visages et des corps contemporains, de jouer avec les codes de l’ancien et du moderne. Tout en m’intéressant beaucoup à des photographes actuels comme Ruben Afanador, Ryan Mac Ginley ou Denis Dailleux. Je me nourris beaucoup des visites de musée et des maîtres de la peinture, surtout italienne. J’aime les contrastes forts et les couleurs chaudes, les jeux d’ombre qui habillent une nudité, l’harmonie entre la peau du modèle et les textures du décor. Je cherche une certaine simplicité, un instant suspendu, lumineux. Une beauté intemporelle.

Sébastien Paul Lucien photographe français Buenos Aires
Rico – crédit photo Sébastien Paul Lucien

 

En juin tu as posté une série de photo mettant en scène un homme triplé par son reflet, puis portant une couronne. Doit-on lire une inspiration christique dans cette série ?

Il s’agit plutôt d’une influence antique : un jeune Bacchus, un éphèbe couronné, païen. Il y a aussi une photo récente d’un jeune métis très maigre et couronné qui en effet est assez christique-crucifié mais quoique passionné par l’art baroque et les peintures religieuses en général je ne suis pas très axé sur la mortification, le corps du modèle se prêtait seul à cette comparaison. Je préfère les corps glorieux ! (rires)

 

Quel est ton prochain projet de photographie ?

La préparation d’un ouvrage regroupant mes portraits de marins. Des expositions en Argentine et peut-être en France. Mais aussi continuer et perfectionner mes obsessions !

Sébastien Paul Lucien photographe français Buenos Aires
Puente – crédit photo Sébastien Paul Lucien

 

Tu réside actuellement à Buenos Aires. L’Argentine est réputée pour être un pays inclusif vis-à-vis de la population LGBT ; elle est par exemple le tout premier pays d’Amérique latine à avoir légalisé le mariage des couples de même sexe sur l’ensemble de son territoire. Partages-tu cette opinion ?

Sur le plan légal l’Argentine est en effet pionnière en matière de droits LGBTI et de la reconnaissance des personnes transgenres.

Comme toute grande capitale de type occidental, on peut mener sa vie de manière assez libérale et trouver un circuit gay  de consommation, de divertissement et culture qui fait aussi la joie de nombreux touristes. L’esprit latin y autorise une certaine décontraction et une tolérance souriante qui ne doit pas cacher cependant un fond de machisme archaïque et des préjugés persistants dus au poids de la structure familiale et du conservatisme d’une partie de la population encore marquée par le catholicisme. Mais sur ces points ne pourrait-on peut-être dire la même chose de bien d’autres pays à commencer par la France elle-même ?

Plongez-vous dans les œuvres de Sébastien Paul Lucien ici.

Sébastien Paul Lucien photographe français Buenos Aires
Marin – crédit photo Sébastien Paul Lucien
Sébastien Paul Lucien photographe français Buenos Aires
Rastafari – crédit photo Sébastien Paul Lucien
Sébastien Paul Lucien photographe français Buenos Aires
Trio – crédit photo Sébastien Paul Lucien

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Couverture : Bacchus – crédit photo Sébastien Paul Lucien

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