Une brève histoire gay des Jeux olympiques
Société

Une brève histoire gay des Jeux olympiques


A Rio, le nombre d’athlètes en compétition ouvertement gays, lesbiennes, bis, trans ou intersexes bat tous les records. Mais qu’en était-il au siècle dernier ?

Quarante-neuf, tel est le nombre retenu par les médias américains pour quantifier les athlètes ouvertement LGBT en compétition pour les JO de Rio 2016. Si l’information vaut le détour, c’est que ce chiffre a tout bonnement doublé depuis les Jeux olympiques de Londres il y a quatre ans. D’ailleurs, si l’on s’en tient aux chiffres fournis par le site d’information sportive Outsports, la participation LGBT n’a cessé d’augmenter depuis l’aube du XXIème siècle, stagnant à une dizaine d’athlètes en 2004 et 2008. Cette croissance constante a pour exception les JO d’hiver de Sotchi où seuls six athlètes ouvertement LGBT avaient défendu leurs couleurs, un fait qui n’est peut-être pas sans lien avec la politique anti-gay menée par Vladimir Poutine depuis 2013. Mais qu’en était-il avant les années 2000 ? Voici trois histoires marquantes et radicalement antagonistes de gays qui ont marqué les JO depuis le début du XXème siècle.

1908 – Niels Bukh, gymnaste gay et… nazi

La fédération des Gay Games rapporte qu’un premier athlète connu comme gay a failli concourir en 1908, alors que la quatrième édition des Jeux olympiques modernes s’était installée à Londres. Il s’agissait du danois Niels Bukh finalement refoulé par l’équipe danoise de gymnastique car il était trop « costaud » comparé à ses coéquipiers. Il retourne alors à ses échauffements – il entraîne notamment l’équipe qui décroche la médaille d’argent aux JO de Stockholm en 1912 – et développe une nouvelle méthode de gymnastique, très populaire durant les années 1920. Cette approche est ensuite reprise par le régime totalitaire, nourrissant l’esthétique nazie lors des JO de Berlin en 1936. Sympathisant d’Hitler, Niels Bukh reçoit même la distinction de l’Ordre de l’Aigle allemand à une époque où les homosexuels sont persécutés par le IIIe Reich, faisant de lui une figure hautement controversée.

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Entrainement de Niels Bukh – crédit photo denstoredanske.dk/

1968 – Tom Waddell ou la genèse des Gay Games

Il en va autrement pour le décathlonien américain Tom Waddell qui, en 1965, se rend à Selma pour défendre le mouvement des droits civiques américains et mettre fin à la ségrégation raciale aux Etats-Unis. Tout en menant une carrière médicale, Tom Waddell participe aux Jeux olympiques de Mexico en 1968 et se classe 6ème sur 33 concurrents. En 1976, il fait la Une de People avec son compagnon Charles Deaton, formant le premier couple gay en couverture d’un magazine national américain. Entre temps lui vient l’idée de créer une compétition sportive LGBT, et en 1982, les premiers « Gay Olympics » rencontrent un fort succès. Après une plainte du comité olympique des Etats-Unis, ils sont finalement rebaptisés les « Gay Games », dont la France sera d’ailleurs l’hôte en 2018. Mort du sida en 1987, Tom Waddell est aujourd’hui inscrit au Legacy Walk qui célèbre l’histoire LGBT, et prête son nom à un centre hospitalier de San Francisco.

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Tom Waddell – crédit photo @gaygames/Instagram

1988 – Le coming-out du cavalier Robert Dover

D’après Outsports, il faut attendre les années 1980 pour voir un premier athlète ouvertement gay participer aux JO : en 1988, le cavalier de dressage américain Robert Dover fait son coming-out durant les Jeux olympiques de Séoul. A 60 ans, il détient le record de la représentation LGBT aux Jeux puisqu’il a participé à six éditions olympiques.

2016 – Quel constat ?

Aujourd’hui, plus d’une centaine d’athlètes ouvertement LGBT auraient participé aux JO, bon nombre ayant parlé de leur homosexualité ou de leur identité de genre une fois les arènes olympiques refermées. Le tableau de ceux qui sont sortis du placard comprend plus de femmes et de britanniques. En France par exemple, seule Alexandra Lacrabère représente les couleurs LGBT.

La crainte de l’homophobie régulièrement reprochée au sport, mais aussi le jeune âge des sportifs concourant aux JO peuvent être des éléments de réponse à ces réticences. Il en va de même pour la pression des sponsors, même si une marque comme Adidas propose désormais une clause qui protège les athlètes qui viendraient à faire leur coming-out, comme le rapportait Stop Homophobie en février.

coming-out sportif water-polo
Víctor Gutiérrez – crédit photo Shanghai

A l’instar de Víctor Gutiérrez, joueur espagnol de water-polo qui a « senti la responsabilité de partager ça », déjà parce qu’il estime que « les choses seraient plus faciles si les grandes figures du sport faisaient ce pas en avant », mais aussi parce que son expérience d’athlète gay de haut niveau est extrêmement positive. Pressenti pour défendre les couleurs ibériques, il n’a finalement pas été retenu dans l’équipe espagnole.

D’après les statistiques, la moitié des athlètes LGBT ayant participé aux Jeux olympiques d’été auraient décroché une médaille, ce qui est plutôt prometteur pour cet été…

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Crédit photo couverture meaws.com

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