Alvin :
Témoignages

Alvin : "J'ai transformé une histoire d'amour en chanson"


Alvin Point est originaire de Laon, une commune des Hauts-de-France. Son premier single « Il a dit » raconte l’homosexualité, l’amour et l’acceptation de soi…

« – Alors comme ça tu viens de La-on ? – Oui ! Mais en fait ça se prononce Lan » me corrige Alvin. Cette ville fortifiée des Hauts-de-France, Alvin Point y a grandi avant de poser ses valises à Paris pendant quelques années. Il a maintenant 24 ans et il vit à Reims près de ses proches, dans une maison de campagne qu’il partage avec Izzie, son berger blanc. Mais aujourd’hui, ce garçon de la campagne passe quelques jours à Paris pour y retrouver un ami musicien qu’il a connu il y a un an en studio. Alvin y enregistrait alors son premier single : « Il a dit ».

J’ai eu la chance de pouvoir tester mes chansons sur scène, et « Il a dit » c’est celle qui ressortait à chaque fois. Celle que le public chantait avec moi. Mes amis et ma famille aussi adoraient cette chanson. Ils m’ont dit « C’est celle-ci avant toutes les autres ». Ils m’ont incité à l’enregistrer même si au final le choix m’appartenais. Mais c’était comme une évidence… C’est pour ça que j’ai choisi d’en faire mon single.

Sur la piste des chanteurs de variété

Alvin a 15 ans lorsqu’il s’achète son premier clavier – le même qu’il ramène encore aujourd’hui sur les scènes parisiennes, de Picardie, du Nord-Pas-de-Calais et de Champagne-Ardenne. A cette époque, il vient de chanter en première partie du concert de Lââm et prend des cours de chant depuis deux ans avec un certain Youri Capello. Ce vieux monsieur est « un ancien » de la maison de disque Barclay et fait travailler Alvin sur du Gilbert Bécaud, du Léo Ferré… « J’étais la risée de tous mes proches ! Mais c’était une bonne manière d’apprendre » admet-il avec le recul.

A côté de ça, Alvin adolescent compose ses premiers morceaux. « Je pense que c’était une sorte d’échappatoire. Un moyen d’exprimer mes sentiments. Comme je suis assez réservé, c’était une façon pour moi de parler, d’évacuer ce que j’avais dans le cœur et dans la tête. » C’est d’ailleurs avec la même pudeur qu’il lâche rapidement qu’il « a eu une enfance un peu perturbée », mais que « c’est difficile à raconter. C’est bien plus facile de faire écouter ses chansons ! »

Les années noires des débats pour l’égalité

Pourtant, parmi sa trentaine de compositions, c’est un titre qui parle d’amour entre deux hommes qu’Alvin a choisi de mettre sous presse en premier. Par un pur hasard, son titre fait écho à « Elle a dit » par lequel Mylène Farmer chantait celle « qui aime une fille » en 2012. « Il a dit » est né en l’année suivante, alors qu’Alvin vivait entre Paris et Laon, et voyait d’un mauvais œil les milliers de drapeaux bleus et roses battre le pavé parisien…

Je n’avais pas l’impression que la France qu’on voyait à la télé était celle de notre génération. Je trouvais ça complètement incohérent ! Après je ne me considère pas comme militant. Le but n’était pas de défendre une cause. J’ai juste voulu délivrer un message avec ce que je pense faire de mieux, c’est-à-dire le chant. Mais je n’ai pas voulu surfer sur ce sujet-là. Cette chanson, elle est née d’une histoire d’amour que j’ai voulu partager.

Une histoire d’amour certes, mais surtout l’acceptation de soi qui transparaît en filigrane. Et cela n’est pas un hasard car pour Alvin, c’est « bien plus difficile de s’accepter soi-même. » D’ailleurs, quand il s’agit de la tolérance des autres, Alvin reste magnanime, bien qu’il ait constaté des écarts entre la ville et les champs. « Non pas qu’à la campagne les gens ne soient pas ouverts d’esprit. Mais ils sont peut-être plus réticents. Ils sont plus dans la facilité, comme si la sexualité de quelqu’un devenait son qualificatif : on ne l’appelle plus par son prénom mais « la lesbienne » ou « le gay ». Il reste des efforts à faire même si les choses évoluent. »

« Je n’avais pas envie de penser aux conséquences »

Une homophobie ambiante qui contraint de nombreux artistes à attendre qu’une carrière se consume pour faire état de leur sexualité. En compagnie d’Alvin Point me vient donc une question un peu bête :

– Tu n’as pas peur d’être catalogué comme un « chanteur gay » ?

– C’est un risque car la facilité pour certaines personnes sera de dire « c’est un chanteur gay ». Mais j’avais envie de le faire. Je n’avais pas envie de penser à ce que ça pourrait avoir comme répercussions derrière. Je pense qu’il faut être libre dans ses choix. Aujourd’hui, il y a plein d’artistes qui n’osent pas. Mais moi on m’a toujours dit, et mon prof de chant m’a toujours dit « il faut oser. Il ne faut jamais avoir de tabou dans la musique. » Alors j’ai osé.

Belle réponse. D’autant que pour aller au bout du message, Alvin a aussi décliné « Il a dit » en vidéo sur les bords de l’Étang des bois dans le Loiret. Il y a mêlé la danse et des instants de tendresse d’un couple d’hommes « afin que les gens s’habituent à ces images. »

Donner de la voix à la tolérance

Au fond, on pourrait dire qu’Alvin Point est un chanteur engagé, « oui, peut-être, par la force des choses. » Comme lorsqu’à l’âge de 15 ans il prépare avec beaucoup de sérieux son premier concert, dans le foyer de vie pour personnes handicapées où travaille sa mère. Ou au lendemain des attentats de Charlie Hedbo, quand il branche sa webcam et partage « Le souffle de Charlie » avec les internautes. Ou encore le 22 octobre prochain, lorsqu’il montera sur la scène de Sin-le-Noble avec neuf autres artistes pour participer à la lutte contre le cancer. « Parce que j’écris avant tout sur des émotions. Sans me dire « je vais militer pour ». Même si j’ai toujours à cœur de m’engager pour des associations qui luttent contre le cancer, la mucoviscidose, le handicap. »

Aujourd’hui, Alvin projette d’enregistrer son premier EP et de se frayer une place en festival. S’il ne vit pas encore de sa musique, il se réjouit d’une notoriété naissante. Son ambition, surtout, reste intacte :

Je dis toujours qu’il faut aller au bout de ses rêves. Je vois plein d’amis chanteurs ou qui ont d’autres passions comme la comédie ou des choses comme ça, et qui abandonnent parce que pour eux ça ne va pas assez vite. Ils sont pressés. On est toujours pressés. Mais je pense qu’il faut toujours aller au bout, quelles que soient les épreuves. Il faut toujours y croire parce que ça finira par payer à un moment donné. Même si ça prend des années.

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Couverture : collection personnelle Alvin Point

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