Pourquoi la Marche des trans et des intersexes est importante
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Pourquoi la Marche des trans et des intersexes est importante


24 heures avant la grande marche de l’Existrans, quelle visibilité et quels droits pour les trans en France en 2016 ?

Gay ou hétéro, peu importe, «ici, il ne s’agit pas d’orientation sexuelle» explique d’emblée Giovanna de l’association Acceptess-T. A la différence des lesbiennes, gays et bis cisgenres [qui ne sont pas trans, ndlr], les personnes trans ou intersexes sont confrontées à des réalités dont les proportions et la teneur échappent le plus souvent aux premiers.

En revanche, s’il est une réalité dont nous sommes toutes et tous conscients, c’est bien que ces deux dernières années auront vu émerger sur le devant de la scène politico-médiatique de nombreuses personnalités trans. Qu’il s’agisse de l’apparition à la tribune de la dernière convention démocrate de l’activiste Sarah McBride, de personnalités adulées comme l’actrice et activiste Laverne Cox, la mannequin Andreja Pejic ou plus polémiques comme Caitlyn Jenner, première femme trans à faire la couverture de Vanity Fair mais également à soutenir Donald Trump, la médiatisation de celles-ci est-elle véritablement révélatrice d’avancées en terme de droits et de respect des personnes aujourd’hui ?

Oui, la visibilité sur nos écrans de personnes ou de personnages trans s’est accrue. Et pourtant les stéréotypes et les discriminations ont la vie dure en France : la récente déclaration de l’AJL, Association des journalistes LGBT, à propos du caractère transphobe de blagues adressées à l’une des nouvelles chroniqueuses du Grand Journal, Brigitte Boréale, témoigne d’une réalité bien plus complexe et d’un long travail à faire.

Ainsi, si certaines séries ou films comme Transparent ou Tangerine ont pu au cours des dernières années tenter de donner à voir des visions plus positives et réalistes, la médiatisation de personnalités trans s’accompagne quant à elle le plus souvent d’approximations, d’incompréhensions ou de discriminations plus ou moins dissimulées. « Le plus souvent, explique Giovanna, les personnages trans se voient réduits à des questions de transition, de modification corporelle, à un récit avant/après».

Comme cela fut le cas dans le Grand Journal, les personnes trans « sont également ramenées à des questions de genre, de sexe ou de parties génitales. Alors que cela relève évidemment du respect de la personne et de son droit à la vie privée. Il y a donc une plus forte médiatisation mais celle-ci n’est pas maîtrisée » ajoute-t-elle.

Le résultat est évidemment encore loin du compte pour Timéo, président de l’association. La visibilité de personnalités c’est bien parce qu’on en parle mais cela donne une image assez éloignée du quotidien et des difficultés que l’on peut avoir tous les jours.

Les personnes trans, au croisement des luttes et des discriminations

Qu’il s’agisse du changement d’état civil, des problèmes de papiers, de l’accès aux soins, de la précarité sociale, du travail du sexe, de nombreuses personnes trans se trouvent en effet au croisement de différentes problématiques qui les exposent chaque jour à de nouvelles discriminations.

Par ailleurs, les attaques que subissent les trans quant à leurs droits se vivent quotidiennement et sont en augmentation dans les pays qui sont également ceux qui médiatisent des avancées. L’organisation américaine Human Right Campaign a ainsi présenté l’année 2016 comme une année particulièrement dangereuse et alarmante pour les droits des trans aux Etats-Unis. Elle ne dénombre pas moins de 44 nouvelles propositions de lois les visant dans plus d’une quinzaine d’Etat, soit presque deux fois plus que celles qui avaient été introduites en 2015. La plupart concernant notamment les jeunes et les étudiants dans leur vie au quotidien. Soins, accès aux toilettes, aux vestiaires ou équipes sportives, toutes remettent en question l’autodétermination des personnes concernées.

A cela s’ajoute évidemment les humiliations, les agressions plus ou moins violentes, qu’elles soient verbales ou physiques. Depuis le début de l’année en France, à Rouen et à Paris, Acceptess-T aura en effet perdu tragiquement trois femmes trans proches ou membres de l’association. Mortes du sida ou assassinées, les disparues sombrent d’ailleurs encore trop souvent dans l’obscurité des procédures judiciaires ou dans l’oubli médiatique et collectif.

Lutter contre l’infantilisation et pour son droit à s’autodéterminer

Pour la plupart d’entre nous, il est peut-être difficile de mesurer ce que peut représenter cette violence quotidienne, violence que la loi perpétue et reflète en dépit de ses plus récentes évolutions. Les débats devant l’Assemblée nationale et le Sénat, s’ils peuvent paraître obscurs aux non-initiés, reflètent bien les difficultés auxquelles font face les associations depuis des années.

Pouvoir choisir son genre sans devoir se rendre devant un juge, un tribunal ou un médecin constitue une nécessité basique qui continue de poser problème en France lorsque le Danemark, l’Irlande, Malte ou la Norvège, par exemple, reconnaissent l’autodétermination sans passage devant un tribunal.

Aujourd’hui, le changement au niveau de la loi continue d’infantiliser les personnes trans et les force à se soumettre au bon vouloir d’un juge. « Si celui-ci refuse pour x raison, il faut faire appel et rares sont celles et ceux qui peuvent se payer cette procédure » explique Sophie, porte-parole du collectif Existrans. Les reculs récents en commission des lois au Sénat, sous la présidence des Philippe Bas (Les Républicains), reculs d’ailleurs dénoncés par Amnesty International France, témoignent de ce problème récurrent de laisser les personnes trans libres de se déterminer comme il leur importe.

Que cette autodétermination puisse exister hors des discours paternalistes des médecins, des psychiatres, des juges et de toutes celles et ceux, pape, Manif pour tous, pour qui le changement de genre (et pas nécessairement de sexe) ouvre des abîmes d’incompréhensions constitue l’un des combats principaux.

Remettre en question la société de l’intérieur

Qu’il s’agisse de pathologiser les personnes trans comme des déséquilibrées, de les faire évaluer par un tiers ou de leur renvoyer l’exigence qu’une transition ne serait « parfaite » ou « terminée » qu’une fois qu’elle répondrait à un idéal selon des normes de genre et de sexe déterminées par une majorité la plus souvent hétérosexuelle (mais pas seulement) témoigne de nos difficultés actuelles. Nos difficultés à accepter tout autant les changements que les différents rapports que nous entretenons aujourd’hui avec les questions de genre, de sexe et de sexualités, que nous soyons hétéros ou homos :

Pour pouvoir faire émerger ce que nous sommes, il faut aller rencontrer les personnes indécises dans leur opinion et qui n’ont jamais eu les outils dans l’espace médiatique pour comprendre, ensuite il s’agira d’aller vers les plus réfractaires, explique Giovanna.

Au-delà des espaces de confrontation créés par le pape, les réactionnaires ou les politiques et de la nécessité évidente du respect des droits humains fondamentaux, Timéo insiste quant à lui sur le fait qu’« il faut pouvoir se battre sur tous les fronts et s’adresser également à la société de l’intérieur, montrer ses dysfonctionnements ». Et ces occasions se multiplient :

Quand je suis arrivé à Acceptess-T, on n’était pas sollicité par les médias, aujourd’hui, la situation est différente. Cet été, on a été contacté par les télés, la radio, des médias étrangers, explique-t-il.

A deux jours de la marche, Sophie du collectif reconnait quant à elle l’intérêt grandissant des médias quand bien même la couverture pourrait évidemment être plus importante. Plus d’exposition nécessite donc un plus grand travail de pédagogie afin d’éviter le côté phénomène de mode, le sensationnalisme souvent recherché par les journalistes, afin de pouvoir véritablement faire comprendre les enjeux vécus comme de vrais sujets de société mais également comme des enjeux distincts par exemple des revendications des lesbiennes et des gays cisgenres. «Historiquement, l’ASB (l’Association du Syndrome de Benjamin) a créé ce qui est devenu l’Existrans car elle ne voulait pas être noyée dans la masse de la Marche des fiertés afin d’avoir une visibilité propre» rappelle Sophie. Or d’une marche de quelques centaines de personnes il y a quelques années, l’Existrans a rassemblé l’année dernière un peu plus de 4.000 personnes. Le collectif regroupe quant à lui plus d’une vingtaine d’associations présentes sur tout le territoire ce qui en fait aujourd’hui la première force de représentation trans en France.

Marcher pour des droits piétinés à l’Existrans

Cela n’a pas empêché que le gouvernement, en dépit de nombreuses rencontres, ne les entendent pas véritablement. « Nous marcherons à nouveau pour nos droits piétinés » conclut Sophie. « Si l’on veut obtenir des changements concrets dans nos vies, on doit devenir des interlocuteurs. Il n’y aura jamais de personnes mieux positionnées que nous » ajoute Timéo.

D’où cette responsabilité militante et humaine qui pèse pour le moment sur les épaules de celles et ceux qui accèdent à cette médiatisation et qui se voient octroyer la possibilité de parler.

L’horizon militant réserve par ailleurs de nouvelles perspectives. Pour Giovanna, « la mobilisation des personnes trans commencent à se renforcer un peu partout, notamment en raison d’internet et des réseaux sociaux. Il est plus facile de se tenir la main». « Nous avons doucement appris à nous fédérer et à travailler ensemble » explique quant à lui le président d’Acceptess T.

Or se tenir la main et marcher ensemble, c’est bien ce qui aura lieu demain à partir de 14h à Belleville, à Paris, où soit dit en passant la présence d’alliés gays, lesbiennes, bis ou hétéros cisgenres sera évidemment importante.

L’événement Facebook de l’Existrans

 

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