Les Chiens de Navarre se marient à trois dans
Culture

Les Chiens de Navarre se marient à trois dans "Apnée", film enragé


Pour la première fois, la troupe de théâtre Les Chiens de Navarre débarque au cinéma avec Apnée qui sort aujourd’hui. On a rencontré son réalisateur, Jean-Christophe Meurisse.

On entre dans le film in medias res : Céline Fuhrer, Thomas Scimeca et Maxence Tual débarquent dans une mairie et demandent le mariage à trois. Chez les Chiens de Navarre, il n’y a pas de psychologie, pas vraiment d’histoire ; que des situations :

J’aime pas la psychologie, je ne suis pas doué pour ça. A veut coucher avec B, mais B veut coucher avec C… Ça ne m’intéresse pas. Mes personnages sont plutôt comme trois Diogène qui traversent le pays. »

La troupe des Chiens de Navarre a fêté ses onze ans. Après un premier court-métrage en 2013, son metteur en scène Jean-Christophe Meurisse a décidé de passer au long :

Ce n’était pas du tout prémédité ; pendant de longues années, j’ai refusé d’adapter nos pièces. J’attendais d’avoir un film qui soit vraiment un objet cinématographique.

Comme au théâtre, les dialogues sont improvisés. De fait, on retrouve beaucoup d’éléments de leurs pièces dans Apnée, à commencer par les trois acteurs qui sont aussi auteurs de leurs textes (« Il faut rendre à César ce qui est à César », dit Meurisse), et des clins d’œil aux anciennes pièces : Pôle emploi, une autruche, un Christ ensanglanté qui descend de sa croix. C’est un film, mais il y a beaucoup de théâtre dedans :

Les dialogues ne sont pas écrits, la notion de temps peut s’allonger. Ce n’est pas la même grammaire que dans d’autres films, j’essaye de filmer la vie, l’impro, l’accident, qu’il soit heureux ou malheureux.

Mariage à trois et adoption sauvage

La première partie du film est « un road movie administratif situé entre Pôle emploi et recherche d’appartement », à Paris ; la seconde, « un vrai road-movie en Corse ».

Pour tourner les scènes, Jean-Christophe Meurisse donne des consignes simples : « Ils défoncent la porte de la mairie, ils sont habillés en mariées, et demande à l’adjoint au maire de les unir. L’adjoint au maire refuse ». A partir de là, les acteurs improvisent : « On travaille toute la journée pour avoir notre scène. Je ne me considère pas comme un bon auteur. Le plus important, c’est l’imaginaire de mes acteurs ».

La légalisation de la polygamie était (souvenez-vous) l’un des contre-arguments de la Manif pour tous : Jean-Christophe Meurisse a choisi de le mettre en scène, et c’est une excellente réponse par l’absurde. Le réalisateur va même plus loin :

J’espère qu’on pourra un jour se marier à trois. A quatre. A cinq. Toute forme d’amour doit être reconnue, point. C’est une totale régression de voir ces porcs défiler. Il y a un arrière plan très politique dans mon film, au-delà du rire.

chiens de navarre apnée

Tradition bi chez les Chiens

De fait, ce film est très gay. Les trois personnages en robe de mariée (« J’aurais trouvé ça trop facile que Céline soit habillée en homme quand ils vont à la mairie. Je me suis dit qu’ils allaient être tous les trois en robe »); il y a une scène de dirty talking avec un facteur bear qui débarque sur son canasson : Thomas et Maxence veulent le peindre et lui demandent de se déshabiller. Ils l’habillent en dieu de l’Olympe, une grappe de raisin sur la tête, lui disent qu’il est beau. D’où vient cette esthétique homo-érotique dans la troupe ?

Vous vous souvenez de celui qui faisait l’hélicoptère avec sa bite ? Au théâtre, c’est con et chaud à la fois. Il n’y a pas de porno, ça reste bon enfant. Sexualité hétéro, homo, ça a toujours été le cas chez nous. On a coupé une scène au film, quand ils sont dans la baignoire : les deux mecs faisaient semblant d’essayer de s’enculer, mais on l’a enlevée.

La scène la plus cruelle, c’est avec la petite fille : les trois comparses lui disent qu’ils veulent l’adopter. Jean-Christophe Meurisse m’apprend qu’il s’agit en fait de sa propre fille : « Ils lui disent : « Tu es progressiste ! » Elle ne comprenait rien, la pauvre. » A tout moment, on s’attend à ce qu’ils embarquent la petite, et on a un peu peur, en tant que spectateur. S’attaquer aux enfants… Cela fait écho aux pancartes des militants anti-Manif pour tous, dimanche dernier, qui taguaient : « Donnez-nous vos enfants ! »

C’est bien de montrer de l’antipathie. Ils sont cruels, et en même temps ils interrogent la cruauté du monde – et des enfants eux-mêmes !

Les trois amoureux finissent par se marier. Sans passer par les institutions : « On a tourné dans un château et fait la fête pendant 48 heures. On a filmé la fête en vrai. » C’est le moment où on retrouve le plus l’effet de foule, de masse, de folie de leurs pièces de théâtre :

Oui. Et puis on retrouve le vrai côté de la fête. Je trouve que les fêtes sont devenues chiantes. J’aime la faire à fond. Là, on voit deux femmes, deux hommes, une vieille et un jeune, des personnes de couleurs de peaux différentes s’embrasser.

 

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