Culture

"Bagarre" s'acoquine avec "Fils de Vénus" et ça claque


Nés rive droite à la sortie du lycée, le groupe Bagarre et le collectif musical LGBT Fils De Vénus sont devenus progressivement des figures emblématiques de la nuit et de la scène musicale parisiennes.

Le premier a reproduit sa pyramide sur les plateaux du Petit et du Grand journal, atteint le million de vues sur YouTube avec son EP Musique de club dont le petit tube « Claque-le ». Il enchaîne les concerts et les festivals un peu partout (Solidays, Eurockéennes, Les Ardentes en Belgique ou les Francofolies de Montréal). Plus récemment, Bagarre était l’un des groupes invités du concert de clôture de la Marche des Fiertés parisienne 2016. Ils travaillent assidûment à l’écriture de leur premier album.

Le second, moins médiatique, est passé d’exigus bars parisiens aux plus grands clubs de la capitale. Défini comme l’un des phénomènes hype du moment dans le dernier numéro des Inrocks, le collectif Fils de Vénus organise régulièrement concerts et soirées où djs et artistes font se croiser les influences – electro, hip-hop US, house, nouvelle scène française – et les populations LGBT et hétéros.

A l’occasion d’une soirée qu’ils co-organisent ce vendredi à la Machine du Moulin Rouge, Fils de Vénus interroge Bagarre sur son rapport à la nuit, au son, aux sexualités, et vice versa.

Olivia / Fils de Vénus – J’ai des questions plus cash mais peut-être qu’on peut commencer par nos débuts et ce qui fait qu’on passe autant de temps ensemble ? On s’est rencontré lors de l’une de nos premières soirée queer dans un petit bar dans le Nord de Paris non ?

La Bête/ Bagarre – Oui, je me souviens, le jour de la Saint- Valentin 2011, une amie à moi m’a fait venir à une soirée, en me présentant votre démarche comme un nouveau collectif queer underground qui cherchait à créer des soirées inclusives dans des bars. Nous on était un peu à la masse encore, toute l’équipe n’était opérationnelle qu’à 1h30 du matin. Mais il y avait des projections de gifs et d’extraits de films érotiques gays et lesbiens… Après je vous avais pas demandé, pourquoi vous aviez tant besoin d’organiser des soirées à l’époque ?

Olivia / Fils de Vénus – Même s’il y a désormais pleins de soirées formidables pour les LGBT, en tous les cas à Paris, il y a quelques années il manquait clairement quelque chose. Il manquait aussi des espaces qui ne soient pas aussi clairement définis, à mi-chemin entre une soirée seulement adressés aux gays, soirées qui étaient d’ailleurs peu nombreuses, et une soirée de club lambda. Le but n’a par ailleurs jamais été d’en faire quelque chose de lucratif. La fête, encore maintenant, prend son sens dans la mesure où tu as des contraintes de vie et que tu te lèves le lendemain matin. Malgré tout ce qu’on en dit, le club c’est quand même un endroit où tu peux te laisser aller, relâcher la pression et ou tu peux également être seul ou anonyme et disparaître si tu en as envie ou au contraire t’affirmer. Pour moi, c’est cool de pouvoir faire ça à Paris.

Cy / Fils de Venus – C’est d’autant plus possible qu’on essaye de faire des événements qui s’adressent à différents publics. Du coup, la population est plus mixte, même si on travaille toujours à la rendre plus queer.

Emmaï Dee / Bagarre – Vos soirées, c’est vraiment important parce que cela nous donne aussi la possibilité de nous questionner en tant qu’hétéros dans ces espaces-là. Dans les soirées Fils de Venus, qui veut vient, tu sais plus qui s’identifie comme quoi et tu te laisses aussi aller plus facilement, et tu apprends.

Olivia / Fils de Vénus – Oui, vous n’êtes pas queer ou LGBT, et pourtant vous prenez des positions sur les enjeux qui animent la communauté, vos paroles cultivent aussi une forme d’ambiguïté de genre. Aux Eurockéennes vous avez brandi un drapeau gay [à partir de 40’00 dans la vidéo ci-dessous] et la vidéo a cumulé plus de 40.000 vues en un après-midi dimanche dernier, le jour de la Manif pour tous. Pourquoi ?

La Bête / Bagarre – Toutes ces questions-là tournent autour du même constat, on est dans une période où quand on est jeune, c’est difficile de faire comme si on pouvait encore se foutre de tout. C’est vraiment compliqué de fermer les yeux sur nos différentes crises sociales, environnementales, politiques. Après, on se saisit plus de l’homophobie et des discriminations envers la communauté LGBT car l’histoire de Bagarre est plus liée à Fils de Vénus et à cette communauté.

Thom Majnun / Bagarre – C’est quand même un des grands combats encore aujourd’hui, exemple dimanche dernier, trop de gens sont encore tellement prêts à empêcher des individus de s’aimer librement. Mais ça s’inscrit dans un combat plus large qui prend également en compte les questions féministes et d’autres formes d’oppression.

Emmaï Dee / Bagarre – Je pense que la question des identités est aussi importante. La Bête peut par exemple avoir une chanson où elle parle au féminin. Moi sur scène je peux demander à ce qu’on m’appelle «Domina» et chanter « Claque-le » de manière autoritaire aux garçons sur scène. L’idée c’est de déplacer les frontières de nos identités, de jouer avec elles avec humour aussi.

Thom Majnun / Bagarre – Et je peux aussi chanter en arabe parfois. Le mot identité, par ailleurs, je le trouve vraiment dur, il est trop marqué par son corollaire identitaire. L’idée, c’est plutôt de s’acheminer vers plus de fluidité.

La Bête / Bagarre – Franchement, les soirées Fils de Vénus et la communauté LGBT m’ont apporté une vraie nuance, cela a vraiment eu des conséquences sur ma conception du genre masculin que je n’avais pas trouvé dans mon propre costume d’hétéro lambda.

Thom Majnun / Bagarre – Les normes sont évidemment plus rigides dans la communauté hétéro.

Olivia / Fils de Venus – Quel est le héros moderne que vous identifieriez comme le meilleur allié LGBT ?

Emmaï Dee / Bagarre – Franchement pour moi, Beyoncé depuis la sortie de Formation notamment et après son dernier show au VMA, j’ai été hyper impressionnée, c’était clairement une héroïne, elle s’en foutait de montrer son cul et elle avait une vraie puissance tout en assumant pleinement sa propre féminité.

MasterClap / Bagarre – Et il y a Harold dans le film Dragons qui vit dans un monde de Vikings trop virils. C’est une petite crevette, un héros sensible. Il devient pote avec un dragon qui a la patte blessée. Et ils font une belle paire. Même si l’un finit quand même par chevaucher l’autre. Bon et toi Olivia ?

Olivia / Fils de Venus – Pour moi en fait c’est Buck Angel, un performeur transgenre hyper intéressant. Entre l’acteur porno trop beau et le héros de film d’action. Il vient d’ailleurs de sortir un sex-toy pour les trans FtM. J’aime le fait qu’il s’inscrive aussi dans la tradition politique du sex-toy qui a été clairement un des enjeux du féminisme. Reconnaître qu’une femme n’a pas besoin d’un homme pour jouir et qu’elle peut se faire plaisir seule. C’est génial qu’un mec comme Buck Angel porte un projet comme Buck Off. L’Existrans de samedi dernier nous montre par ailleurs que les droits ne sont pas encore acquis. Les enjeux portés par la communauté trans doivent aussi occuper une place plus grande. Rien ne va de soi, même en 2016. Après Beyoncé, c’est trop bien aussi…

Cy / Fils de Vénus – Parlez-nous de la soirée MEGA CLUB qui aura lieu ce vendredi 21.

Emmaï Dee / Bagarre – Le principe c’est à nouveau de mélanger les artistes que l’on aime, des amis, des djs issus de la musique internet, des artistes plus renommés comme cela a été le cas lors de précédentes soirées (avec Yan Wagner, Guido d’Acid Arab, les Pirouettes, Grand Blanc, Aubry (dj et membre des soirées gays LaSale), Alto Clark).

Thom Majnun / Bagarre – Cette fois-ci on essaye de réaliser notre fantasme et de mettre tout ce qu’on trouve de mieux dans un club, pour une programmation qui nous ressemble et qui comprend une djette portugaise, Violet, Crame (House of Moda) un dj de la scène drag, Father, le rappeur emblématique du renouveau de la scène rap d’Atlanta, un rappeur français au look punk qu’on adore, Laylow, et Piu-Piu, une icône de la scène house parisienne qui tourne dans le monde entier, très présente dans beaucoup de soirées de clubbing queer.

Cy / Fils de Vénus – Si en 2017 vous deviez faire un featuring avec une star internationale, ce serait qui ?

La Bête / Bagarre – Big Freedia sans hésiter mais il nous répond pas [artiste queer noir américain, ndlr], ça fait des années qu’on en rêve. En règle générale, on est assez marqué par la scène queer rap américaine, notamment les Sissy Rappers, Big Freedia, Sissy Nobby ou Cate Red par exemple. On aime beaucoup aussi Mikky Blanco et Ru Paul dans un registre différent.

Olivia / Fils de Vénus – En bref, l’idée de cette méga soirée, c’est d’offrir deux plateaux hyper mixtes et inclusifs, d’avoir de la musique intéressante et pointue et de transformer le lieu en espace arc-en-ciel où les gens se sentiront libres.

Master Clap / Bagarre – Il faudrait que les gens repartent de cette soirée rechargés en énergie et d’une forme de modjo qui dure plusieurs jours après…

 

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La soirée Méga Club Makers par Bagarre et Fils de Vénus

Vendredi 21 octobre

La Machine du Moulin Rouge à Paris

 

Pour en savoir plus :






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