Femmes d'homosexuels,
Sexo/Psycho

Femmes d'homosexuels, "drôles" de destins


Qu’ont en commun la princesse Palatine et la duchesse de Windsor ? Fran Dresher (oui, la Nounou d’enfer !) ou encore 16 millions de Chinoises ? Elles ont épousé un gay qui a mis un peu de temps à s’assumer…

Il faut d’abord se replacer dans des temps moins ouverts à l’homosexualité masculine – quoi que ce ne soit pas encore le cas partout dans le monde – pour comprendre les unions de certains gays avec des femmes. Pendant des siècles, le mariage n’était pas l’union deux personnes qui s’aiment, mais bien une obligation sociale et une convergence d’intérêts. Il fallait transmettre le nom et l’héritage. A côté de cela, les hommes hétérosexuels avaient leurs maîtresses, les hommes gays leurs mignons, amants ou même compagnons au long cour, en parallèle. L’amour, le sexe et le mariage étaient souvent trois réalités différentes. L’homosexualité est devenue un sujet acceptable avec le temps, une orientation sexuelle équivalente à l’hétérosexualité grâce à l’évolution des mœurs. Très récemment.

Tantôt femmes-alibis ou uniquement considérés comme des ventres, tantôt meilleures amies compréhensives ou vraies amoureuses désespérées, les femmes d’homosexuels sont soit très tolérantes, soit totalement bernées.

L’un des cas les plus célèbres est peut-être celui de la princesse Palatine, mariée pour des questions de dot et de terres à Philippe d’Orléans dit «Monsieur», le frère de Louis XIV. Mais aussi grâce au chantage de celui-ci : en échange, le roi lui a promis le retour d’exil du Chevalier de Lorraine… Isabelle de France, mariée à Edouard II, dut partager la couche avec l’amant du roi, qui prenait en charge l’essentiel du travail charnel.

Dans son livre Femmes d’homosexuels, Michel Larivière décrit des histoires toutes différentes : certaines connaissent l’homosexualité de leur mari – comme Wallis Simpson, épouse d’Edouard, le duc de Windsor -, d’autres la découvrent pendant la vie conjugale à l’instar de Madeleine Rondeaux, la femme d’André Gide. Certaines s’accommodent de la bisexualité – parfois évolutive – de leurs maris : Oscar Wilde était très amoureux de sa femme Constance Lloyd, Goethe très attaché à Christiane Vulpuis, comme Aragon à Elsa Triolet, même si de son propre aveu il n’avait « que des érections incomplètes ». Plus vieux, alors ouvertement gay, il retrouvera sa vigueur… D’autres subirent l’abstinence absolue juste après la noce.

A la découverte du pot-aux-roses, certaines réagissent avec vigueur : Madeleine, les yeux dessillés, brûlera vingt ans de correspondance de Gide. L’écrivain, qui y voyait « le couronnement de son œuvre », se désolera de cette « grande perte pour la littérature ». Mais le plus souvent, point de scandale, que ce soit par amour ou par honte, les femmes de Verlaine ou de Wilde même au climax du scandale public, même au moment de divorcer, protègent leurs maris en taisant leur homosexualité ou en caviardant, comme Mme Jules Verne, les passages un peu trop explicites de leurs journaux intimes.

D’autres, sur le modèle du duc de Polignac qui épousa Winnaretta Singer, s’unirent à des lesbiennes dans un rapport gagnant-gagnant. Tout le monde les imagina stériles, et cela suffit à éloigner les questions gênantes tout en rendant deux personnes heureuses…

Vincente Minelli fut marié à trois femmes, dont Judy Garland (avec qui ils firent Liza Minelli – qui elle-même se maria avec le danseur australien Peter Allen)… Homosexualité refoulée, bisexualité ou difficulté à assumer au profit d’une paix sociale, les exemples contemporains ne manquent pas…

Un coming-out d’enfer

Lorsque le mari de Fran Dresher, la Nounou d’enfer, lui fait son coming-out après 21 ans de mariage, c’est un choc, certes. Mais, l’époque aidant, cela s’est plutôt bien passé. Après le divorce, ils sont restés meilleurs  amis, et on même écrit et produit une hilarante série à ce sujet : Happily divorced, qui aurait pu s’appeler : « Ma vie avec mon ex-mari gay ».

Aux États-Unis encore, My husband’s not gay, une émission de télé-réalité, a fait ses choux gras d’homos mariés à des femmes, racontant leurs désirs de se contraindre à l’abstinence et de rester avec leurs chères et tendres épouses.

En Chine, où le système très conservateur pousse encore de nombreux hommes à trouver une épouse, certaines se sont organisées en association pour défendre leurs droits, et se soutenir mutuellement dans des groupes de discussion pour « femmes d’homosexuels ». Selon des données publiées en 2015, environ 16 millions de femmes en Chine populaire seraient mariées à des homosexuels ou à des bisexuels. Plus de 90 % d’entre elles présenteraient des troubles dépressifs, et plus de 10 % auraient fait une tentative de suicide. Elles sont les victimes collatérales d’une société qui n’accepte toujours pas l’homosexualité.

Et c’est bien entendu le cas dans toutes les sociétés peu ou prou homophobes

Aux États-Unis, des services d’assistance spécialisés proposent d’aider les « femmes d’homos » ou les « faux couples hétéros » également : aide psychologique, conseils juridiques, aide au coming-out…

Cela prouve, s’il en fallait, que les mariages hétérosexuels sont parfois de véritables façades que la Manif pour tous et consorts ignorent allègrement, par intérêt partisan. L’hétérosexualité sociale peut être un mensonge destructeur pour les hommes comme pour leurs épouses.

 

A lire : Michel Larivière, Femmes d’homosexuels célèbres, La Musardine, 141 pages, 18 euros

 

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  • BigFun

    Premier paragraphe : compagnon au long courS au lieu de cour (sachant qu’on doit parfois faire une longue cour avant d’entamer une relation au long cours la fusion des deux termes, même involontaire est cependant cohérente).
    Pour le reste : article de très bonne tenue, au style stimulant, vif et amusant.

    Merci pour le mélange de fantaisie et de réflexions !

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