Océanerosemarie, la
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Océanerosemarie, la "lesbienne invisible", l'ouvre de plus en plus


Océanerosemarie joue son spectacle Chatons violents toutes les semaines au théâtre de la Gaîté-Montparnasse. C’est drôle, cash, et la comédienne pose un regard aiguisé sur nos problèmes politiques actuels.

Un public hétéroclite s’installe dans la salle de la Gaieté Montparnasse où Océanerosemarie donne son one-woman show depuis bientôt deux ans. C’est que cette « lesbienne invisible » a su conquérir le cœur des hétéros dès son premier spectacle, qu’elle a montré 550 fois : « La Lesbienne invisible était un spectacle absolument communautaire, mais pour autant les gens sont venus de partout et à la fin il y avait autant d’hétéros que d’homos dans la salle car je parlais juste de quelqu’un qui galère pour pécho, résume la comédienne. Ce spectacle était à la fois comique et touchant. Le but était de dire qu’on peut être lesbienne et être en forme ».

Les BBB

Le ton a bien changé dans Chatons violents où Océanerosemarie se penche sur le cas des BBB, les « Bons Blancs Bobos », dont elle dit faire partie. Elle renverse les stigmates en parlant de « repli communautaire » pour tous ces blancs friqués qui se gargarisent d’aller vivre en proche banlieue parisienne et de lutter contre le racisme tout en menant un train de vie très bourgeois et en tenant des discours nauséabonds sans s’en rendre compte :

En France, c’est une obsession de désigner le communautarisme chez les homos. Alors que le pire communautarisme qui soit, c’est évidemment celui des élites blanches. Regardez les patrons du CAC40 !

Océanerosemarie parle vite. Son humour repose en partie sur la performance tant on se demande comment elle va faire pour ne pas buter sur un mot. C’est avec cette rapidité d’exécution et une précision chirurgicale que son personnage joue sa rupture amoureuse au début de la pièce : comme tout bon BBB qui se respecte, elle décide de partir à Marseille pour changer d’air et de vie avec son meilleur ami et oublier sa copine; ils vont vite déchanter car Paris se met à leur manquer. La galerie de portraits qu’Océanerosemarie fait défiler, seule en scène avec une chaise pour tout décor, est hilarante. On appréhende toujours un peu de se reconnaître dans le personnage qui vient.

océanerosemarie chatons violents
Crédit photo ©MAGALI BRAGARD

Un spectacle anti-racisme

Les thèmes du spectacle étaient déjà dans l’actualité quand je l’a écrit. Mais je ne pensais pas que je serais autant au cœur de l’actu deux ans plus tard. J’ai commencé à jouer un mois avant les attentats de Charlie Hebdo. Depuis, le discours islamophobe s’est étendu à toute la gauche et donc j’adapte mon texte en fonction des événements…

Océanerosemarie démonte le sujet du burkini qui a occupé les politiques et certains médias pendant l’été. Surtout, elle prend soin d’établir une filiation entre toutes les discriminations : comment être lesbienne et raciste ? Elle dit avoir pris conscience très jeune qu’elle était de fait liée à toutes les formes de résistance :

Pour moi, il est impossible de ne pas prôner un féminisme inclusif. Certains gays ne s’intéressent pas à ces questions, voire renforcent les clivages. Il y a chez eux un réflexe de désignation d’un bouc émissaire. Mais de l’autre côté, il y a beaucoup de LGBT qui n’oublient pas les fois où ils ont été discriminés et qui se retrouvent avec d’autres discriminés. Le collectif « 8 mars pour toutes » marche avec des femmes voilées, des putes. De toute façon, le premier réflexe des gens qui subissent une discrimination c’est d’essayer de survivre.

En revanche, l’humoriste est assez pessimiste sur l’idée de « communauté LGBT » :

Je sens un délitement. Jusqu’à l’obtention du mariage, il y avait peut-être encore une forme de solidarité. Face à l’adversité, les LGBT seront solidaires, on se retrouvera tous sur certains sujets. Mais on voit très bien que pour la PMA, c’est une minorité de lesbiennes qui vont manifester. J’ai vu le sexisme et le racisme au sein de la « communauté ». Quand j’ai commencé Chatons violents, un certain nombre de lesbiennes se sont mises à me haïr. Il y a aussi une indifférence à la question trans. Quand on regarde concrètement la situation, il n’y a pas de communauté LGBT.

Constat pessimiste qui contraste avec la force d’Océanerosemarie, et qui d’une certaine manière la renforce. Quand on lui demande quels pourraient être les modèles d’espoir, et qu’on lui parle d’une éventuelle candidature de Christiane Taubira à la présidentielle, elle tempère : « Si elle incarne le PS, je me pose la question des compromis qu’elle va devoir faire. Je pense que tous les LGBT étaient amoureux d’elle, mais il faut voir que sur d’autres lois elle a été moins brillante ».

Océanerosemarie au cinéma

Elle est en train de travailler sur un film qu’elle a coécrit et coréalisé avec Cyprien Vial, et dans lequel elle tient le premier rôle. Embrasse-moi ! sera une comédie romantique et grand public entre deux filles :

J’ai respecté les règles de la comédie romantique, c’est une histoire de conquête. Océanerosemarie tombe très amoureuse d’une fille, mais elle a beaucoup d’ex. Le film est plus dans la lignée de La Lesbienne invisible. C’est une vraie histoire d’amour, et aussi un film sur la vision qu’ont les homos des hétéros.

La lesbienne très visible, c’est pour 2017.

 

Chatons violents

Les dimanches et lundis à 20h30

Tarif unique, placement libre 32€

Théâtre de la Gaité Montparnasse
26, rue de la Gaité 75014 Paris
TEL : 01 43 22 16 18

 

Pour en savoir plus :





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Crédit photo couverture ©MAGALI BRAGARD

  • Davide

    Pour être complet ce portrait il faudrait rappeler qu’océanerosemarie a fait la promo du CCIF collectif qui défend une école musulmane à Toulouse crée pour fuir les études de genre et la banalisation de l’homosexualité dans l’école publique. Ajoutons sa défense d’Houria Bouteldjia qui s’en est prise violemment au refuge en les accusant de faire pression sur les homos des quartiers populaires pour faire le coming out.

  • Eshen

    J’ai vu « La lesbienne invisible » et « Chatons violents ».
    Autant j’avais adoré le premier, très drôle, politiquement incorrect… autant le deuxième m’a fait l’impression d’une leçon de morale.
    C’est entre le spectacle comique et l’édito dans un journal de gauche.

    Elle politise ses spectacles, d’accord. Mais elle est en train de perdre une partie de son public qui lui n’est pas forcément à gauche, pas forcément islamo-gauchiste. Les exemples donnés par Davide illustrent une prise de position qui peut susciter le malaise.

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