La Rainbow House de Bruxelles, matrice d'une vie LGBT foisonnante
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La Rainbow House de Bruxelles, matrice d'une vie LGBT foisonnante


Bruxelles recèle une vie associative LGBT foisonnante concentrée autour de la Rainbow House. Tour d’horizon avec Oliviero Aseglio, l’un des cinq salariés de la maison.

Ce samedi 3 décembre, Olivier Aseglio organise une journée de conférence sur les réfugiés LGBT en Belgique : Rainbow United. L’occasion notamment de comparer les situations entre la France et la Belgique avec Ewa Maizoué, la représentante de l’ARDHIS dont nous interviewions le président avant l’été, mais surtout d’entendre les parcours de quatre réfugiés : Raïssa Coulibaly, venue du Mali, Davide Chaloiti, de Tunisie, Djenk Ejup, de Macédoine et Sandrine Medom Wassu du Cameroun.

Bruxelles Rainbow House
Rainbow United. Photo : Adrien Naselli

 

Il fait un froid polaire mais le soleil brille à Bruxelles. Les pauses sont agrémentées de cafés et de sandwichs pour réconforter tout le monde entre des prises de parole parfois émouvantes et des débats qui peuvent s’animer. Oliviero Aseglio, qui est en charge de ce programme, nous a expliqué comment s’organise la vie associative LGBT à Bruxelles.

Bruxelles Rainbow House
Oliviero Aseglio. Photo : Adrien Naselli

 

TÊTU | Quel est ton parcours de militant ?

Oliviero Aseglio | Je me suis formé en mise en scène de théâtre, notamment avec le théâtre militant du dramaturge italien Dario Fo. Pendant six mois j’ai travaillé à Moscou en tant que professeur d’italien et d’espagnol. On m’a interdit d’entrée de jeu de parler d’homosexualité aux élèves car une responsable a su que j’étais homo. Elle n’était pas méchante mais m’a demandé de faire profil bas… Je me suis senti assez mal, c’est un pays homophobe et raciste. Il a fallu rentrer, travailler là-dessus. En 2014, j’ai intégré la Rainbow House.

Tu t’es donc mis à militer à temps plein dans le milieu LGBT.

Oui, alors que je n’ai pas besoin d’être toujours entouré d’homos. J’ai fait le choix de travailler ici à condition que ce soit sur le droit des étrangers.

Quel regard portes-tu sur le militantisme LGBT belge ? En France, il est rare de trouver des personnes qui se situent entre les deux : soit on fait partie du milieu militant, soit non.

Didier Lestrade était venu l’an dernier. Il a fait ce même diagnostic sur la France, et dit qu’à Bruxelles les LGBT semblaient s’intéresser plus à leurs droits. Moi je trouve que c’est tout de même bien dissocié : mon mec n’est pas du tout impliqué dans le militantisme par exemple. Ses amis ne sont pas forcément mobilisables. Dans la rue de la Rainbow House, nous sommes la seule association : le reste, ce sont des cafés commerciaux pour hommes et on passe un peu pour les cinglés : c’est qui ces types avec leur VIH, leurs capotes, leur Prep, pourquoi est-ce qu’il y a tant de réfugiés, de lesbiennes ?

La Rainbow House pourrait être une sorte de synthèse entre l’Inter LGBT et le Centre LGBT de Paris… Un regroupement d’associations et en même temps un lieu de vie. Est-ce que les membres ont des querelles politiques comme on les retrouve fréquemment en France ?

La Rainbow House est de gauche. Mais en Belgique tous les partis sont plutôt ouverts sur l’homosexualité… On a quatre associations confessionnelles : une juive, deux musulmanes et une catholique. Il y a aussi une association noire, brésilienne, écolo, plusieurs groupes lesbiens. Tout se passe bien entre eux. Le seul gros souci, c’est la gestation pour autrui (GPA). Elle n’est ni légale ni illégale en Belgique et cela divise les féministes lesbiennes et les gays qui sont pour…

En quoi consiste ton travail avec Rainbow United ?

On organise tous les mois un rendez-vous, des activités diverses. En général c’est non-mixte donc entre réfugiés pour ne pas les perturber. On fait à manger, à boire, on cause. C’est très important la sociabilisation car ce sont des gens qui sont seuls, qui se font chier dans leur centre, qui ne savent pas que d’autres homos existent. Les assistants sociaux soucieux, quand ils ont reçu une personne refugiée, nous les envoient. Il en arrive 1.200 par an en Belgique, nous en voyons seulement 300…

Merci Oliviero !

Samedi soir, autre ambiance, la rue du Marché au Charbon est pleine à craquer de restaurants et de bars fréquentés par une large population gay. Malgré le blizzard, la vie est douce. A la Rainbow House, qui trône au beau milieu, on croise des gays, et des lesbiennes, et des bis, et des trans. Le sigle de la communauté n’est pas qu’une vue de l’esprit chez nos voisins belges.

 

Crédit photo couverture : la rue du Marché au Charbon avec la Rainbow House. Photo : Adrien Naselli

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