Enquête au pays des fétichistes de la chatouille
Sexo/Psycho

Enquête au pays des fétichistes de la chatouille


Notre enquête a démarré le jour où nous avons découvert Tickled, un documentaire sur les « compétitions d’endurance de chatouille ». Comprendre : des jeunes hommes sont payés pour être attachés et titillés devant la caméra. Bienvenue dans la secte crypto-gay des guili-guiliphiles.

Lorsque le réalisateur du documentaire Tickled contacta l’entreprise derrière le concours de chatouille, il reçut comme unique et fatale réponse une bordée d’injures homophobes et l’injonction de ne pas enquêter sur l’affaire ! Une certaine Jane O’Brien, productrice de films et de compétition, est encore plus sensible que les garçons innocents qu’elle recherche : ne venez pas la titiller sur le côté manifestement très gay de ses réalisations. «Pas de ça chez nous» ! Elle ne « veut pas être associée à un journaliste homophile ». Le reste du documentaire est édifiant : l’entreprise est un attrape-nigauds qui devient maître-chanteur : on menace les jeunes éphèbes candidats de tout balancer à leurs familles si ils ne continuent pas leurs séances de chatouilles filmées. Cercle vicieux…

Qui sont-ils ? Quels sont leurs réseaux ?

Les chatouilles peuvent être considérées comme un jeu érotique et faire partie des préliminaires, mais aussi être une pratique intégrante de jeux BDSM, associant douleur et plaisir en même temps. Dans ce cas là, le plaisir éprouvé est qualifié d’algédonique. C’est l’art de gérer une sensation insupportable, et donc au plaisir de « faire mal » ou d’endurer cette épreuve. Bienvenue en « knismolagnie » (le nom scientifique) : au pays de ceux qui éprouvent un plaisir sexuel par le chatouillement.

Il s’apparente au « supplice de la chèvre », torture pratiquée par les Romains, mais aussi par les Huan dans la Chine impériale, ou encore à la technique de commandos de femmes de Mayotte dans les années 1960-1970 qui séquestrèrent des responsables politiques comoriens pour les soumettre à des chatouilles et les forcer à s’aligner sur leurs positions. Les traces les plus anciennes de plaisir sexuel éprouvé par des chatouilles remontent à la reine égyptienne Hatchepsout qui se faisait chatouiller les pieds par des eunuques.

Sur les sites pornos gays, la catégorie « Chatouilles » est plutôt bien achalandée. Beaucoup d’asiatiques, des butchs queens aussi, et l’univers des knismolagno-maniaques s’étend lorsqu’on tombe sur les sites fétichistes du pied ou dédiés au SM. Sur Kink on s’amuse avec des plumes, sur MyfriendFeet on reste scotché devant des hurlements de douleur en fixant un pied chatouillé. Le tumblr Gaytickle est aussi très fourni en gif hypnotiques. Pas forcément nus, d’ailleurs, les modèles se contorsionnent de douleur/plaisir. Parfois on les entend rire, parfois hurler d’inconfort…

Résiste ! Prouve que tu excites !

Sur le site La voix du X, Christian témoigne de la transe que lui procure une chatouille. L’inverse d’à peu près tout le monde en fait : le plaisir un peu enfantin au lieu de l’horreur absolue.

Une fois qu’on est adulte, on s’autorise des câlins, des mots doux mais rares sont ceux à se chatouiller et c’est dommage. C’est une façon te taquiner l’autre, de l’amener à extérioriser quelque chose, de libérer son corps.

J’ai découvert des sensations inédites, j’ai carrément eu l’impression de redécouvrir mon corps, des sensations incroyables.

Il y a un moment où on a envie d’hurler à notre partenaire d’arrêter, et c’est là que ça devient excitant. On repousse ses limites, on a l’impression de devenir fou, on se tord dans tous les sens, on est comme ivre.

La découverte passe par des séances d’une à plusieurs heures, avec les doigts ou des objets comme une brosse à dents… Hors SM, on est dans un idéal de relation sexuelle un peu innocent, dans un jeu préliminaire qui amène à la sexualité, dans un univers régressif où le sexe est un plaisir plus qu’une performance. On est dans l’abandon de soi total, on laisse l’autre jouer totalement avec son corps. Ce ne serait ni-plus ni-moins qu’un fantasme sur ceux qui arrivent à vraiment lâcher-prise, en somme. On est dans la soumission, aussi. Rien de « comique » là-dedans, c’est vraiment la perte de contrôle qui excite, jusqu’à la crise de nerfs.

Sur le forum « Suis-je normal », Charles se confie :

Je suis moi aussi très grand pratiquant des jeux de ligotages et chatouilles… Je sais qu’à l’époque des chevaliers et de la noblesse il y avait des punitions très sévères et il ne devait pas avoir de traces de marques sur le corps… Un jour une jeune princesse fut accusée d’avoir porté les vêtements de la reine.  Elle fut confiée à cinq bourreaux afin de lui faire dire la vérité. Ils l’attachèrent solidement afin de la tourmenter de chatouilles… La jeune princesse finit par craquer et avoua ses fautes. Mais les bourreaux étaient tous très excités par les joyeux éclats de rire de la jeune princesse alors ils la gardèrent prisonnière… A partir de ce jour la jeune princesse fut bâillonnée afin qu’elle ne dise à personne qu’elle avait avoué…

Richard Ivey, le propriétaire de MyfriendFeet.com, en a fait son emploi principal :

Les gens sont vraiment passionnés. J’ai commencé il y a 15 ans, c’était surtout un site pour les fétichistes de pieds de garçons, mais c’est quand j’ai ajouté les chatouilles que ça a vraiment décollé !

La chatouille, un métier d’avenir ?

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