Vaiana enfonce-t-elle les portes du placard LGBT chez Disney ?
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Vaiana enfonce-t-elle les portes du placard LGBT chez Disney ?


Héroïne indépendante et désexualisée, Vaiana nourrit l’espoir d’une princesse homo dans les films Disney. Et les réalisateurs partagent cet avis. Ça s’agite chez Mickey.

Du balais les princesses maigrichonnes et bonnes à marier ! L’ère Disney est à la diversité, ou tente tout du moins d’en avoir l’acabit. On avait déjà remarqué certains personnages féminins quelque peu « badass » depuis Mulan, comme la Rebelle Mérida refusant d’épouser ses prétendants écossais, ou les indépendantes (bien que filiformes) sœurs Elsa et Anna dans La Reine des neiges. Avec la dernière production des écuries Disney-Pixar, la tendance semble se confirmer.

Vaiana, la légende du bout du monde ne suit pas les pérégrinations d’une fille des champs en mal d’amour, mais l’expédition d’une adolescente polynésienne à la morphologie (enfin) réaliste qui s’oppose au patriarcat pour sauver son île. Aventures en mer, acrobaties musclées et message écologiste aux allures de Pocahontas. Sauf que cette fois-ci, exit le beau colonisateur à l’horizon pour ravir le cœur de l’héroïne. « Il n’y a jamais eu de romance dans cette histoire. C’était la Véritable Histoire d’une jeune fille prise dans une quête, et l’équilibre entre la nature et son destin est en jeu » confirme la réalisation. Exit aussi les corps de nymphes, « on voulait qu’elle ait des jambes et des hanches plus fortes pour qu’elle soit capable de réaliser les cascades qu’on a imaginées pour elle, comme plonger du haut d’une falaise ou ce genre de chose. »

Bientôt une princesse lesbienne ? « Les possibilités sont ouvertes »

En plus de faire fi des romances à l’eau de rose et d’une représentation stéréotypée des femmes, la production mettrait-elle aussi fin à l’hétérosexualité exclusive des films Disney ? Jon Musker et Ron Clements, qui ont réalisé Vaiana – mais aussi les plus célèbres dessins-animés de la firme comme La petite Sirène, Aladdin, Hercule ou La Princesse et la grenouille – ne sont pas opposés à cette idée. Mieux encore, ils assurent que Disney est désormais prêt pour cette idée.

On dirait que les possibilités sont plutôt ouvertes à ce sujet, a expliqué Ron Clements au Huffington Post. Il faudrait qu’un réalisateur ou une équipe de réalisation veuille vraiment soutenir ce point et que John Lasseter [le directeur artistique des studios Pixar et Disney] aime l’idée. Mais je dirais que nous n’avons jamais vraiment eu de restrictions dans notre travail.

Ce premier volet LGBT pourrait-il être La Reine des Neiges 2 qui est actuellement en production ? Depuis plusieurs mois, les internautes urgent en effet les studios de donner à Elsa une petite amie (#GiveElsaAGirlfriend) dans le deuxième opus du film d’animation qui file déjà indéniablement la métaphore LGBT. Une telle inclusion serait une véritable révolution chez Disney, même si on peut d’ores et déjà deviner qu’elle affrontera son lot de critiques.

La place de « l’empire Disney » dans la construction des représentations

Vaiana n’est pas exempte du Disney-bashing. Bien que l’équipe de production se soit entourée d’un panel d’historiens, d’anthropologues et de spécialistes locaux pour apporter une représentation fidèle de la culture polynésienne, d’aucuns trouvent le film réducteur voire raciste. La Pacific Island Media Association a même jugé que l’embonpoint dont est affublé le demi-dieu Maui est le « reflet d’un stéréotype typiquement américain ».

Or, comme l’expliquait l’universitaire Henry Giroux, « l’empire Disney doit être vu comme une entreprise pédagogique et politique activement engagée dans la construction de l’identité nationale et le modelage de l’esprit des enfants. Il n’y a pas qu’au box-office que Disney doit rendre des comptes. » Va-t-il donc suivre la direction de la diversité ?

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