PL Cloutier, YouTubeur gay :
Témoignages

PL Cloutier, YouTubeur gay : "Je montre des gens heureux et bien dans leur peau"


PL Cloutier est un YouTubeur gay bien connu chez nos cousins québécois. En deux ans, il est passé d’un jeune padawan de la vidéo en ligne à une figure du divertissement au Québec.

« A quoi bon parler d’amour si c’est pas en buvant un bon verre de viiiiiiin ! Ouaiiiis ». Cette douce invitation apéritive clamée avec un accent québécois, c’est la marque de fabrique de Pierre Luc et de sa chaîne YouTube : PL Cloutier. A la sortie de l’université du Québec à Montréal, l’homme aux 215.000 followers n’avait pas prévu de faire le show devant sa webcam, mais derrière la caméra du petit écran. Un diplôme de production en poche, il commence à travailler en télévision, fait un crochet par la Star Ac’, et atterrit sur les ondes d’état de Radio Canada. Une fin de contrat brutale lui invite à se trouver un nouveau travail :

Quand j’ai commencé ma chaîne YouTube, je ne savais même pas ce que c’était un YouTubeur. C’était pas du tout dans mes habitudes de regarder des vidéos sur YouTube. Un soir je prenais un verre avec un ami, et c’est lui qui m’a dit « oh mais tu devrais faire comme Tyler Oakley ». Pis j’étais comme « C’est qui ça ? » J’ai découvert son compte Instagram. J’étais surpris de voir que quelqu’un publiait seulement des selfies. Genre : « On a le droit de faire ça ? » Je suis allé voir sa chaîne YouTube et j’ai eu comme un vrai coup de cœur. J’ai pris plusieurs semaines pour voir ce qu’on trouvait sur YouTube. J’ai vraiment pris le temps de découvrir l’univers. Et trois semaines semaines après j’ai commencé à faire des vidéos.

De l’écran à la scène

A la toile YouTube, PL Cloutier s’accroche, un « bon verre de vin » à la main. Non pas parce qu’il « fou de vin », mais parce qu’il était gêné de se mettre en scène devant l’objectif, et surtout parce qu’il ne sait pas quoi faire de ses mains. « Mais le verre de vin c’est surtout un accessoire. Je n’y touche presque pas. Je crois que ce n’est arrivé que deux fois dans toute ma chaîne qu’on les finisse vraiment, à la demande des invités. » Qu’à cela ne tienne, les abonnés adorent, et Pierre Luc aime à les choyer. Depuis quelques temps, il part même à leur rencontre lors d’une tournée de spectacles : Bonne Fête à moi !!

Ma date d’anniversaire c’est l’été. Et au Québec tout le monde tombe en vacance la dernière semaine du mois de juillet. Ce qui fait que pendant toute mon enfance, mes amis étaient jamais là pour mon anniversaire. Donc je me suis dit que cette année je réglais ça, j’allais faire une tournée mon célébrer mon anniversaire avec les abonnés plusieurs fois. Le but c’est que ce soit une ambiance de fête d’enfant et qu’on puisse tous se rencontrer et prendre des photos.

En passant de son salon blanc et noir aux planches, il a aussi troqué les statistiques pour les gens en chair et en os :

C’est très déstabilisant. Là ça fait trois dates que je fais et je m’habitue tranquillement. La première fois c’est vrai que j’avais écrit mon texte comme si c’était une vidéo pour YouTube. Mais j’avais pas réalisé que les gens me répondraient ou crieraient ou compléteraient mes phrases. Quand je fais une vidéo YouTube, je la tourne, je la monte et puis je passe à la suivante. Là je peux rentrer chez moi, prendre des notes… C’est vraiment un projet que je peux peaufiner. J’apprécie énormément ça.

PL Cloutier YouTubeur gay
Crédit photo Manny Fortin

« Ma chaîne n’est pas officiellement une chaîne LGBT »

« Wadawow ! « comme il le clame souvent, PL Cloutier est aujourd’hui suivi par plus de 215.000 abonnés YouTube – qu’il appelle plus volontiers ses wadawers  – et a lancé une deuxième chaîne : Plus de PL Cloutier. Plus de voyages surtout. En deux ans, sa vie s’est transformée mais son âge n’a pas bougé. « Je continue à dire que j’ai 25 ans depuis deux ans. C’est le plus gros mensonges de l’Histoire. » Au Québec, où la scène YouTube est plus fraîche que chez nous, le chiffre est d’or. Bien qu’il ne rivalise pas avec un Cyprien ou un Norman sur le papier, à Montréal, il est un personnage public qui fait la couverture des magazines et qui est régulièrement l’invité des jeux télévisés ou des émissions de cuisine. Après notre entretien, il partira enregistrer une émission de fin d’année avec Radio Canada, retrouver le gamer Madhi Ba pour sa prochaine vidéo, et préparer ses deux autres interviews de la semaine. Il y a quelques jours encore, il était à Paris à sillonner le marché de Noël des Champs Elysées, à profiter des terrasses avec Andrew Grey, et à assurer un live chez Melty. Alors que les six heures et l’Atlantique qui nous séparent sont condensées par les ondes wifi de notre échange sur Skype, nous arrivons sur ce sujet qui finalement nous rapproche : son homosexualité.

J’en parle mais j’en parle pas. C’est pas officiellement une chaîne LGBT. C’est juste que si je parle de séduction ou autre, je le fais sans détour. Moi je suis gay donc je prends pas quatre chemins pour aborder les sujets. Je parle de séduction de la même façon qu’un hétéro ou une fille en parlerait. Je fait juste pas de distinction. Dès le début de ma chaîne, j’ai pas eu à faire de vidéo comme un coming-out. Ça a pas été caché.

« Je trouve ça plus efficace de faire des vidéos où on me voit être heureux »

Si PL Cloutier a près de 400 vidéos au compteur, celles qui abordent les thématiques LGBT se comptent ainsi sur les doigts d’une main, car le militantisme et le communautaire, ce n’est pas son monde. La plus célèbre, sa collaboration avec la YouTubeuse trans Gabrielle Marion, pour parler de transidentité sans en parler.

J’ai connu Gabrielle il y a un an quand c’était encore un gars. C’est la première trans que je connais. Souvent on a l’impression que les gays sont plus ouverts mais même au sein de mes amis gays il y a des préjugés envers les trans. Je n’avais pas envie de faire ma vidéo en prétendant que j’étais mieux que tout le monde. Donc j’appréhendais, j’étais curieux de savoir le processus, tout le côté médical aussi. Mais je ne voulais pas que ça devienne une interview ou une vidéo lourde. Je voulais que ça reste ludique, qu’on voit des gens heureux et bien dans leur peau.

Parmi ses fans, beaucoup de jeunes à qui ses vidéos apportent quelque chose à leur vie quotidienne.

Je suis toujours surpris quand des ados ou des jeunes viennent à mon spectacle. Moi quand j’avais leur âge, il n’y avait personne de médiatisé qui était ouvertement gay, et qui n’était pas cantonné au créneau LGBT. J’aurais aimé ça d’avoir quelqu’un que je peux suivre, proche de moi en âge. Donc tant mieux si peux contribuer à quelque chose mais c’est vraiment pas ma démarche. C’est pas le rôle que je veux me donner. Je trouve ça plus efficace de faire des vidéos où on me voit être heureux, être en voyage, avoir des amis hétéros, des amis gays…

« Certains trouvent que je suis trop exubérant, pas assez masculin… »

Un positionnement plutôt curieux quand on compare au pedigree d’un Tristan Lopin ou d’un Andrew Grey. « Je ne suis pas là pour changer le monde » se défend-t-il quand on lui parle de son rôle de modèle auprès des plus jeunes. Surement qu’il ne sent pas les épaules. Lui dit plutôt qu’il n’est pas « outillé » quand les associations LGBT lui proposent un rôle de porte-parole, quand les écoles lui demandent de venir parler aux élèves, ou plus simplement quand ses abonnés lui réclament des vidéos de conseils. « Je ne suis pas psychologue. Il y a des gens formés pour ça et qui sont bien meilleurs que moi. Je leur laisse le micro. » À une occasion néanmoins, Pierre-Luc a consenti à utiliser sa notoriété pour aider le milieu associatif LGBT. C’était la Wadacause, et c’était cet été.

Quand on a 100.000 abonnés, YouTube nous donne un trophée. Et quand je reçu le mien par la poste et que je l’ai déballé, c’était un autre nom qui était écrit dessus. C’était pas le mien ! Alors j’ai écrit à YouTube et ils m’ont dit « bah garde celui-là ou mets le à la poubelle, on va t’en envoyer un autre. » Mais moi je ne voulais pas juste le mettre aux vidanges. Alors j’ai fait une levée de fond sur ulule : pour chaque 5 dollars donné à trois organismes LGBT – Le Refuge, Gay Ecoute et Astérisk – on avait une chance de gagner la fameuse plaque que j’avais fait autographier par une dizaine de Youtubeurs québécois et français. Au final, on a accumulé 10.000 dollars. Un peu moins de la moitié venait de la France.

Une belle action qui ne lui permet cependant pas de gagner des points en séduction. S’il rigole volontiers du milliard de critères qu’il réclame chez son futur « cheum », PL Cloutier constate avec désarroi que sa célébrité numérique n’aide pas sa vie amoureuse.

Je crois qu’il y a en a beaucoup que ça énerve. Souvent, quand je passe à la télévision, j’ai l’impression que les commentaires les plus méchants que je reçois viennent des gays. Parce que je suis trop exubérant, trop extraverti, pas assez masculin, etc. Qui n’aiment pas les gays médiatisés qui ne cassent pas les stéréotypes. Mais moi je n’ai jamais prétendu devoir quoique ce soit aux autres gays.

« Barbada va être en drag-queen. On va ramener des gens saouls à la maison. Ça va être la soirée la plus drôle de ma vie »

En revanche, du côté des jeunes filles qui constituent la majeure partie de ses abonnés, son succès ne désemplit pas. Il nous raconte mi paniqué mi amusé que deux de ses fans se sont un jour fait tatouer des petits mots qu’il leur avait écrits sur un bout de papier. Mais globalement, il salue la tolérance qui se dégage du web, et surtout des plus jeunes, cette « génération qui sait que tout existe parce qu’ils l’ont vu sur internet. Il n’y a rien pour les surprendre. Je trouve ça super encourageant. »

Ce soir, PL Cloutier sillonnera les rues de Montréal avec son amie drag-queen Barbada. Bénévoles pour l’association Nez Rouge, ils raccompagneront les personnes trop alcoolisées pour prendre le volant. Pour résumer : « Barbada va être en drag-queen. Moi je vais être là, et on va ramener des gens saouls à la maison. Je pense que ça va être la soirée la plus drôle de ma vie. »

Couverture : crédit photo Amélie Cousineau

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