Les Mots à la bouche additionnent les addictions
Culture

Les Mots à la bouche additionnent les addictions


Chaque semaine Les Mots à la bouche vous proposent une sélection de leurs coups de cœur littéraires. Vous vous en lécherez les babines !

Cette semaine on explore l’addiction sous toutes ses formes. Avec le premier roman culte de William S. Burroughs d’abord, puis avec la descente aux enfers d’un gay à qui pourtant tout réussi dans le New York des années 2000, et enfin avec un roman drôle et astucieux de Mathieu Lindon.

 

coups de cœur littéraires addiction

 

Junky, roman de William S. Burroughs, Folio, 271p, 7,70€

Synopsis : « On devient drogué parce qu’on n’a pas de fortes motivations dans une autre direction. La came l’emporte par défaut. J’ai essayé par curiosité. Je me piquais comme ça, quand je touchais. Je me suis retrouvé accroché. La plupart des drogués à qui j’ai parlé m’ont fait part d’une expérience semblable. Ils ne s’étaient pas mis à employer des drogues pour une raison dont ils pussent se souvenir. Ils se piquaient comme ça, jusqu’à ce qu’ils accrochent. On ne décide pas d’être drogué. Un matin, on se réveille malade et on est drogué. » Premier ouvrage de Burroughs, Junky décrit la réalité crue d’un héroïnomane en errance, doué du regard terriblement lucide de l’écrivain. de New York à Mexico, William Lee, double romanesque de l’auteur, fait l’expérience de la came, de la privation, de la prison et de la fuite : il apprend « l’équation de la came », qui n’est ni une jouissance ni un plaisir, mais un mode de vie. Un livre qui fit scandale lors de sa première publication, et qui laisse présager l’oeuvre à venir.

Avis du librairie : Les livres de Burroughs, le parrain de la Beat Generation, ont fasciné plusieurs générations de lecteurs, par leur inventivité et leur subversion. Pourquoi ne pas commencer par son premier livre, peut être pas le plus génial, mais qui vous immerge dans la peau d’un héroïnomane, et vous présente le monde à travers le regard halluciné d’un grand dissident sexuel.

Pour aller plus loin : www.motsbouche.com

 

coups de cœur littéraires addiction

Portrait d’un fumeur de crack en jeune homme, récit autobiographique de Bill Clegg, Babel, 253p, 7,80€

Synopsis : Au début des années 2000, Bill Clegg est un jeune agent littéraire new-yorkais montant, heureux en amour comme en amitié. Puis, brusquement, il devient complètement dépendant au crack. Il abandonne son petit ami, l’agence littéraire qu’il avait fondée, et s’enfonce dans une addiction orgiaque et suicidaire. Parallèlement à la relation des deux mois qu’a duré son effroyable dégringolade, Clegg revient sur différents moment de sa vie : malaise de l’enfance, figure complexe du père, découverte de l’homosexualité, entrée dans le milieu de l’édition. Un récit autobiographique saisissant, d’une radicalité rare.

Avis du librairie : Le public français a d’abord découvert cette histoire à travers le superbe film Keep the lights on du réalisateur Ira Sachs, qui était le petit copain abandonné par Bill Clegg. Et puis surprise, quelques mois plus tard, avec la parution du récit de Clegg, qui raconte la même histoire de son point de vue à lui. Deux œuvres complémentaires et inoubliables.

Pour aller plus loin : www.motsbouche.com

 

coups de cœur littéraires addiction

Une vie pornographique, roman de Mathieu Lindon, Folio, 270p, 7,70€

Synopsis : « L’héroïne met un nom sur les choses de sa vie : intoxication, trafic, compulsion. Dépendance et indépendance. Elle n’apporte rien à Perrin de ce qu’il en espère que d’éphémère, et durablement ça qu’il n’attendait pas. » Les premières lignes du nouveau roman de Mathieu Lindon en disent très précisément le sujet et le programme. Le sujet c’est une sérieuse addiction à l’héroïne du personnage principal, Perrin. Le programme c’est la description romancée mais systématique et précise de tous les aspects de cette intoxication : intimes comme sociaux, éthiques comme matériels, physiques comme intellectuels. Ce sont aussi les rencontres qu’elle provoque, ses effets sur l’amour et combien l’amour peut-être aussi intoxicant que l’héroïne. Comme l’héroïne, l’amour ne peut être résumé à calme, luxe, joie et volupté… C’est la mise en scène et en écriture de toutes les ressources de la mauvaise foi pour justifier l’addiction et clamer son caractère provisoire. Avec son extraordinaire sens du paradoxe, l’auteur de Ce qu’aimer veut dire se régale à jouer de cette mauvaise foi.

Avis du librairie : Roman très drôle sur les dépendances, avec un héros gay qui compare sans cesse le sentiment amoureux et son addiction à l’héroïne. Avec une thèse en filigrane, nous sommes tous accroc à quelque chose, et nous ne pouvons pas vivre sans…

Pour aller plus loin : www.motsbouche.com

ads