Luc : J’ai fait un coming-out à l’envers
Sexo/Psycho

Luc : J’ai fait un coming-out à l’envers


Luc revient de loin. Quand on est un peu efféminé, on n’est pas populaire. Alors après ses jeunes années de harcèlement scolaire, on le catégorise comme gay à tel point qu’il s’en convainc lui-même. Sauf qu’il découvrira plus tard que ses réels désirs n’étaient pas conformes à ce qu’il aime vraiment … Voilà comment il raconte son « coming-out à l’envers »…

Pour comprendre mon « coming-out à l’envers », il faut replacer le contexte  » social ». J’ai eu une enfance et adolescence instable géographiquement parlant. Beaucoup de déménagements. Se construire un cercle amical est impossible dans ces conditions. Arrivé à l’adolescence, une fois de plus nouveau collège, et ville nouvelle. J’étais un mec timide, en surpoids, donc je suis devenu la tête de turc, de mon lycée. Les seules personnes avec qui j’avais des liens de sympathie furent des filles. Comme j’étais maniéré, les réflexions ont fusé, et puis de fil en aiguille, la rumeur infondée s’est rependue : « Lui, il est PD »…

A 15/16 ans, pour la première fois de ma vie, je pars en colo artistique : je faisais du théâtre, et c’est là qu’est arrivé le moment de première « galoche avec une nana » (et en plus c’était la plus désirable de la troupe, ce qui a un temps faire taire les quolibets), j’étais TROP FIER. Sauf qu’au retour dans la ville où j’étais, je passe et obtiens mon BEPC mais mes parents veulent que je redouble… et c’est reparti pour un an avec les rumeurs … Et ça a continué durant des années où je suis encore seul, puisque tout mon réseau « peu amical » a changé d’établissement. Et à force d’entendre que j’étais le gay du lycée, je me suis dit « Puisque tout le monde le pense, ça doit être vrai»…

A l’époque pour moi, la vie gay se résume au film Pédale douce. Je découvre TÊTU aussi. Et puis je m’inscris sur Caramail et quelques mois plus tard à 18 ans, je passe à l’acte pour la première fois avec Nicolas, qui à mon âge habite dans un bled au milieu de la pampa. Et je me dis OK, c’est sympa cette sensation, même si au départ, je n’avais jamais eu d’attirance pour un homme… J’ai commencé à penser que j’étais ce mec là même si je regardais toujours les seins des filles. Mais j’ai d’abord eu du sexe avec des garçons, c’est plus facile d’en rencontrer. Et puis comme la sensation n’était pas désagréable, je me suis laissé tenté par la facilité d’aller avec ceux qui me désirent, plutôt que d’aller dans la conquête de ce qui ne semblait pas pour moi…

Je matais quand même toujours beaucoup les nanas, tandis que je faisais tout comme un  jeune gay extraverti (Gay pride, bar tendance, extravagance…). J’ai donc fait naturellement un coming-out en tant que gay auprès de mes parents, lors d’une engueulade. J’avais 18ans/19 ans, j’étais en terminale, ça se passait toujours très mal dans mon lycée où je n’étais pas défendu par mes professeurs, c’était infernal. Sur un coup de tête j’ai donc balancé ça à ma mère, plus pour la blesser que pour l’informer. Elle m’a juste dit : « N’en parle pas à ton beau-père ». Je me suis barré de la maison un mois avant le bac , surtout a cause du harcèlement scolaire, et j’ai trouvé un emploi dans la grande ville pas loin, je suis allé vivre ma vie.

Énormément de garçons ont suivi, j’avais vraiment ce besoin de plaire, et de me sentir aimé. J’ai fait beaucoup de conneries d’ailleurs. J’ai toujours eu l’espoir de rencontrer quelqu’un mais au final j’avais toujours l’impression que l’on s’intéressait à moi pour le cul ou alors pour mon âge, mais jamais pour ce que j’étais.

Et un jour, tout a changé

J’avais 25 ans, et je voulais me faire un sauna à Nîmes. Manque de bol, il s’avère que le lieu a changé de proprio et qu’il est devenu mixte. J’y vais quand même parce que les saunas, pour moi, c’est vraiment pour le bien-être plutôt que pour le cul. Et là : un couple homme/ femme super gaulé me rejoint dans le jacuzzi. Je suis un peu gêné parce que la dame n’arrêtait pas de grimper sur son bonhomme. Comme je ne voulais pas les déranger, je m’éloigne d’eux. Mais à chaque fois que je me déplace, la dame me suit ! Et là j’ai senti une main arriver entre mes cuisses. CHAPITEAU DIRECT !

Elle m’a vraiment fait peur, je me suis levé assez rapidement, et je me  suis barré dans le hammam. Le couple revient me voir et le mec me propose de sauter sa nana. J’ai dit merci mais qu’en fait je devais partir. Et depuis cette période, gros chamboulement dans ma tête, parce que j’avais vraiment envie d’elle !

Ensuite, il n’y a pas si longtemps que ça, je me retrouve muté à l’étranger, et mon bureau se trouve juste à coté d’un club libertin qui a besoin d’aide pour sa visibilité digitale. Je vais donc sur des sites libertins et échangiste pour me renseigner. Et sur un de ces sites, un politicien italien me contacte et me dit qu’il organise des soirées privées, il me dit : « Tu pourrais plaire à certaines femmes, veux-tu qu’on se rencontre ? ». BANCO ! A l’époque, je n’étais pas très bien dans mon corps et dans mon boulot, et surtout j’étais tellement seul à vivre dans cet hôtel que je n’avais rien à perdre, et je trouvais cette rencontre tellement insolite. Alors j’y vais, le mec me pose les questions de base : taille/ pratique, etc. Et il me demande : « Tu es un peu efféminé, es-tu bi ? ». Ne sachant pas quoi répondre j’ai dit oui, et que je sautais des nanas régulièrement. Ça semble le gêner, mais finalement il me met dans son catalogue. Dix jours plus tard, je reçois un texto dans lequel on me demande de venir dans un « très bel hôtel », avec un itinéraire, et on me demande de passer par les issues de secours.

J’arrive à l’hôtel. Dans la chambre, il y a cinq mecs très CSP+ et une superbe nana, blonde, avec l’accent de chez moi. La quarantaine, une très belle femme. C’était un gang bang. Et comme j’étais en retard, ils avaient déjà tous fait l’amour avec elle, du coup il a fallu assurer devant tout le monde : et c’est là que j’ai eu mon premier rapport, vaginal buccal et anal avec une femme, la totale pour une première fois.

En sortant de là, j’ai appelé mon meilleur ami parce que j’étais terrorisé, ça remettait beaucoup de choses en question, tout s’est mélangé dans ma tête. J’avais honte d’avoir pris du plaisir, et surtout d’avoir envie d’y retourner. Mon pote était mort de rire car lui est gay, et il me dit : « Mais c’est pas grave, je m’en doutais… »

En fait c’est exactement comme des mecs qui ont connus des femmes et qui découvrent les hommes, mais dans l’autre sens. Dans ma tête, il a fallu faire tout le cheminement inverse. Et j’en ai même parlé à mes parents : ils m’ont dit : « Si jamais cet été tu veux passer avec ton ami(e) ne te gêne pas ». J’ai fait un deuxième coming-out, à l’envers, donc.

Aujourd’hui, je me définis comme bisexuel, même si c’est toujours compliqué à gérer : un homo me juge toujours comme un mec qui ne s’assume pas, et une femme aura tendance à avoir peur ou à me voir comme « une pratique sexuelle », un fantasme, ou une bête curieuse. Alors qu’en fait, je suis tout l’inverse, j’assume parfaitement cette faculté d’adaptation et les sentiments que je peux avoir et l’attirance pour X et Y. Pour XX ou XY même.

 

Lire d’autres témoignages de nos « impudiques » :

  • Nileju Oo

    Ouais moi aussi, ça fait des années que je dis à tout le monde que je suis gay, et je crois qu’en fait je suis bi…

  • Nileju Oo

    On se connait ?

    • Melos

      Oui via Yagg.

      • Nileju Oo

        Désolé me souvient plus de toi.

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