Interview : Premier marié homo de France, et maintenant candidat aux législatives
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Interview : Premier marié homo de France, et maintenant candidat aux législatives


Candidat pour les élections législatives de juin 2017, Vincent Boileau-Autin veut conjuguer militantisme LGBT et initiative citoyenne, à l’échelle internationale.

C’était un « oui » très médiatique qui avait résonné dans la mairie socialiste de Montpellier, sous le pépiement des flash de journalistes et les applaudissements retentissant des proches, politiques et activistes présents à la cérémonie. Le mercredi 29 mai 2013, Vincent Autin épousait Bruno Boileau en direct des chaînes d’information en continue, et sous haute protection policière, onze jours seulement après l’adoption définitive de la loi Taubira issue de deux ans de bataille idéologique et politique. C’est le premier mariage de deux personnes de même sexe en France (« mariage de Bègles » mis à part). L’histoire du couple rencontrait celle de tout un pays, soulevait d’ailleurs la mairesse Hélène Mandroux qui officiait. Près de quatre ans plus tard, Vincent Boileau-Autin veut transformer son engagement militant et en une fonction représentative : il présente sa candidature aux législatives 2017. Lui qui passe sa vie entre Montpellier et le Québec – son mari travaille actuellement pour l’association LGBT Fierté Montréal – veut représenter la première circonscription des Français de l’étranger qui englobe le Canada et les Etats-Unis. C’est d’ailleurs depuis la métropole québécoise qu’il a répondu à nos questions sur son ambition politique…

À 20 Minutes vous avez expliqué que votre candidature sonnait « presque comme une suite logique » à votre engagement militant. Quel rapport voyez-vous entre « Fierté Montpellier Tignes Pride » – association LGBT dont vous êtes président depuis plus d’une dizaine d’années – et le rôle d’élu de la première circonscription des Français de l’étranger ?

Quand on est militant, on porte et on défend des causes. Notre vocation est de faire en sorte que ce que l’on constate sur le terrain et dans les conditions qui sont les nôtres se transcrivent dans une réalité. Et cette réalité passe par le droit. Les militants, bien qu’ils s’emparent de questions spécifiques, sont des combattants de l’intérêt général. Comme tous ces militants et militantes qui ont permis au mariage de couples de même sexe d’exister. Tout ça remonte à des années de mobilisation. Donc ce rapport-là est similaire : s’engager au sens large pour l’intérêt général sans se restreindre aux questions LGBT, même si celles-ci resteront évidemment une préoccupation pour moi puisque j’y suis sensible. Finalement, je continue d’être militant, mais je m’engage vers cette législative car j’espère qu’elle me donnera plus de poids pour faire avancer certains sujets. On vit aujourd’hui dans un pays où, globalement, la démocratie est assez malade. Malade de comportements politiques plus que discutables, malade parce que nos élites politiques ne se renouvellent pas, malade parce que la société civile y est sous-représentée voire pas représentée. Pour toutes ces raisons, ma candidature est aussi un acte militant citoyen : en tant que citoyens, j’ai décidé de porter une candidature 100% citoyenne parce que je pense nous devons impérativement nous ré-emparer de la démocratie française, de la vie publique et des idées. Car la France est riche de pleins d’idées, mais les politiques en place n’en sont pas de bons relais. La politique c’est pas que la droite, c’est pas que la gauche; c’est aussi citoyen.

Si vous êtes élus, vous représenterez donc des Français qui vivent sous la gouvernance d’un Donald Trump inquiétant, et d’un Justin Trudeau très « friendly » au regard des questions LGBT. Quels seront vos chantiers si vous remportez cette élection ?

Il est certain qu’on a le Yin et le Yang. J’ai d’ailleurs eu le grand honneur de rencontrer Justin Trudeau l’été dernier. Et effectivement, cette notion progressiste, d’ouverture vers les autres, où la diversité est promue comme une vraie richesse du pays et non pas pointée du doigt comme des différences à combattre, c’est une conception du monde extrêmement différente des Etats-Unis. Il est certain que sur la question des LGBT je serai particulièrement attentif et actif, mais il ne faut pas réduire ma candidature à cette dimension-là. Bien-sûr je me battrai pour la PMA, la GPA, les droits des trans. En 2012, avec d’autres associations LGBT on avait porté 39 revendications au moment de la campagne présidentielle; il en reste 36. Donc si demain je devais être député, c’est 36 revendications que je porterai. Je me battrai également pour les associations – et notamment les petites structures qui font le quotidien des individus – car elles souffrent aujourd’hui de beaucoup de maux… Mais je communiquerai plus précisément sur mon programme dans les prochains jours.

La notoriété qui est la vôtre en tant que « premier marié homo de France » sera selon vous un atout dans cette campagne ? Ou alors un obstacle ?

En tout état de cause, je ne me suis pas marié pour que ça devienne un atout. Je me suis marié parce que j’aimais mon compagnon de l’époque qui est aujourd’hui mon mari à la ville. Après, il est certain qu’être le premier marié – avec ce symbole que je porte et avec cette loi Taubira dont j’ai été l’un de ceux qui l’ont inauguré – donne un écho particulier à cette candidature. Il suffit de voir le ramassis de commentaires homophobes sous mon interview pour 20Minutes.fr… C’est bien pour le bon, mais c’est bien pour le pire aussi. Être le premier marié amène de la communication, et fait que même si je ne m’épanche pas dans la presse, on parle de cette candidature. Ce qui est plutôt bien parce que je vais défendre des choses particulièrement progressistes et qui sont, je l’espère, des choses novatrices dans la vie publique et la vie politique. Donc tant mieux pour ces idées-là. Je ne le fais pas pour ma notoriété mais parce que je pense que c’est important que les citoyens aujourd’hui s’engagent et se ré-accaparent la force publique et la force politique de notre pays. Un atout ? Peut-être, et à côté de ça, ça ouvre la boîte de Pandore de l’homophobie. 20 Minutes a par exemple été obligé de fermer les commentaires et de tout effacer. C’est très révélateur… Eh bien tant mieux ! Au moins, ces commentaires démontrent qu’on a encore du chemin à parcourir. Ça contribue à poursuivre la lutte contre l’homophobie, d’avoir un homosexuel qui ose vouloir faire une campagne législative. Il faut arrêter de stigmatiser les gens et surtout de montrer les « communautés » les unes contre les autres. C’est le grand sport national du moment et ça fait trop longtemps que ça dure.

Parallèlement à son engagement politique, Vincent Boileau-Autin a décidé de quitter la présidence de Fierté Montpellier à la fin de son mandat. Il accompagne actuellement les équipes pour qu’elles puissent prendre le relais dans les meilleures conditions, « et après, Fierté Montpellier sera ce qu’ils en font, et ça fera partie de l’histoire qu’ils vont écrire. »

 

Couverture : © Artway Studios 2015/Facebook

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