Un cinéaste tunisien et son amant arrêtés pour homosexualité risquent 3 ans de prison
Actualité

Un cinéaste tunisien et son amant arrêtés pour homosexualité risquent 3 ans de prison


Plusieurs instances du cinéma français et international demandent la libération immédiate d’un cinéaste tunisien de 38 ans et de son amant, arrêtés pour homosexualité.

Cela fait plus de deux semaines que le cinéaste tunisien Karim Belhaj, diplômé de l’Institut maghrébin de cinéma et de l’École supérieure des études cinématographiques à Paris, a été arrêté par les forces de l’ordre tunisiennes. Il a été interpellé le 13 mars dans son appartement à Tunis en compagnie de son amant, un étudiant de 21 ans qui a également été arrêté. Les deux hommes ont admis avoir eu des relations sexuelles consenties et sont depuis détenus à la prison civile de Mornaguia, au sud-ouest de la capitale, pour « délit d’homosexualité ». En vertu de l’article 230 du code pénal tunisien qui condamne la sodomie entre adultes consentants, ils risquent jusqu’à trois ans d’emprisonnement.

Une nouvelle arrestation poussant l’association Shams, qui défend les minorités sexuelles en Tunisie, a dénoncé cette « persécution des homosexuels » menée par les pouvoirs tunisiens. D’autant que les deux prévenus ont également subi un examen anal imposé bien que cette pratique soit fortement condamnées par les organismes de défense des droits de l’homme. « Personne ne devrait être soumis à des examens pénibles et dégradants qui sont basés sur des théories infirmées et vieilles de 150 ans » défendait ainsi Human Rights Watch en décembre dernier, arguant que les examens anaux étaient le « plus grand mensonge jamais fabriqué dans l’histoire de la médecine » car « on ne peut pas prouver qu’une personne est gay, par aucun de ces examens. »

 

Une contestation à l’international

En France, la Société des réalisateurs de films a annoncé en début de semaine qu’elle dénonçait et condamnait avec fermeté cet « acte de torture » et a appelé à la «libération immédiate des deux hommes ».

Créée en 1968 en pleine contestation du régime gaulliste par des cinéastes tels que René Allio, Claude Berri et bien d’autres, la Société des Réalisateurs de France se donne en effet pour mission de « défendre les libertés artistiques et morales » et se targue de s’engager régulièrement, en France et dans le monde, pour « protéger nos confrères, et tous ceux qui témoignent et qui informent, qui résistent à l’oppression d’où qu’elle vienne ».

Elle est rejoint dans cet effort par l’équipe de la Queer Palm, prix LGBT du Festival de Cannes, ainsi que par l’ARRQ qui défend les intérêts des réalisateurs et réalisatrices du Québec.

 

Karim Belhaj avait réalisé son premier documentaire en 2011 ainsi qu’un premier court-métrage de fiction l’année suivante, Case départ, évoquant la difficulté des étudiants diplômés tunisiens. Selon Les Inrocks, il est un réalisateur engagé et concerné par la situation politique et par la lutte sociale qui s’opère dans son pays. Le jugement devrait être rendu dans un peu plus d’un mois.

ads