1943 : La lettre d’amour déchirante d’un marin gay à son amant perdu…
Témoignages

1943 : La lettre d’amour déchirante d’un marin gay à son amant perdu…


Pendant la Seconde Guerre mondiale, un marin gay s’énamoura d’un compagnon d’armes. La lettre d’amour qu’il lui adressa et qui nous parvient aujourd’hui est particulièrement belle et émouvante.

Brian Keith était soldat en 1943 pendant la Seconde Guerre mondiale, posté en Afrique du Nord pour le compte de la puissance américaine. Alors que certains rêvaient de trouver leur Shéhérazade ou se lamentaient d’être séparés de leur Sharon, Brian s’énamoura de Dave, un compagnon d’armes. On n’en sait pas plus sur ces deux là. Seulement que le premier écrivit au second une sublime lettre d’amour, attendant, comme un « homme de marin », le retour improbable de son amant…

C’est une bouteille à la mer comme savent en jeter les marins esseulés. Un témoignage que l’amour unit parfois des êtres si forts que seuls les ballottements inexplicables de la vie peuvent, in fine, les séparer. Une lettre d’amour culte qui refait surface. Elle fût déjà publiée par le magazine ONE, en septembre 1961 – un précurseur de la presse gay démarré en 1953 (jusqu’en 1969), vendu 25 centimes dans les rues de Los Angeles, impulsé par la Mattachine Society, l’une des premières associations LGBT américaines.

L’original de la missive est aujourd’hui consigné à la librairie du Congrès. Repartagée sur Tumblr et les réseaux sociaux, nouveaux réceptacles et vecteurs de notre histoire communautaire et des intimités oubliées, elle essaime. Elle a même inspiré le groupe anglais Goldfrapp, pour la chanson Clay de son album Tales of Us, en 2013. Et arrive jusqu’ à vous aujourd’hui : en voici la première traduction en français sur TÊTU. Pour que jamais les amours ne meurent…

 

Cher Dave,
C’est en mémoire d’un anniversaire – l’anniversaire du 27 octobre 1943, quand je t’ai entendu chanter en Afrique du Nord. Cette chanson me ramène vers les moments les plus heureux que j’ai jamais connus. Les souvenirs d’un spectacle avec des soldats – des rideaux fabriqués à partir de ballons de barrage – des projecteurs faits de boîtes de cacao – des répétitions qui se sont déroulées tard dans la soirée – et un beau garçon avec une belle voix de ténor. Cette soirée d’ouverture dans un théâtre à Canastel – peut-être un peu trop de muscat, et quelqu’un qui a compris. Des jours passionnants à jouer dans la belle et imposante salle de l’Opéra Municipal d’Oran – un malentendu – une compréhension dans les coulisses juste avant l’ouverture du chœur.
Des verres au « Coq d’or » – un dîner à l’Auberge – un anneau et une promesse faite. Le spectacle était complet – muscat, scotch, vin – quelqu’un qui a dû être transporté du camion au lit dans sa tente. Une nuit de pluie torrentielle et deux GI très trempés sous un arbre solitaire sur une plaine africaine. Un cabriolet français emprunté – une source de soufre chaude, la Méditerranée fraîche, et un pique-nique fait de « rations» et de coca-cola chauds. Deux lieutenants qui étaient assez intelligents pour connaître le but de ces moments, mais pas assez intelligents pour réaliser que nous voulions être seuls. Un joueur de piano cinglé, des jours misérables et des nuits solitaires. Dans la nuit froide et venteuse, nous nous sommes glissés à travers la fenêtre d’un théâtre GI et nous sommes endormis sur un lit en coulisses, enfermés dans les bras l’un de l’autre – le choc quand nous nous sommes réveillés et que nous avons réalisé que miraculeusement nous n’avions pas été découverts. Une virée rapide jusqu’à une falaise au-dessus de la mer – des photos prises, et un arrêt au milieu des raisins pourpres et des feuilles fraîches d’un vignoble.
Le bonheur quand on nous a dit que nous rentrions à la maison – et la misère quand nous avons appris que nous ne pourrions pas y aller ensemble. Un au revoir sur une plage isolée sous le velours étoilé d’une nuit africaine et les larmes qui ne seraient pas arrêtées alors que je me tenais sur le mur de la mer et que je voyais ton convoi disparaître à l’horizon.
On s’est juré que nous serions ensemble de nouveau, « à la maison, » mais le destin savait mieux que nous ce qu’il adviendrait – tu n’es jamais arrivé jusqu’ici. Alors, Dave, j’espère que où que tu sois, ces souvenirs te sont aussi précieux qu’ils me le sont.

Bonne nuit, dors bien mon amour
Brian Keith

 

Nos réactions en live à la rédaction de TÊTU :

Résultat de recherche d'images pour "gif crying"

cry

crying

Résultat de recherche d'images pour "gif crying"

Résultat de recherche d'images pour "gif crying"

  • Oba Kami Franck

    C’est émouvant comme lettre et ça déchire vraiment le coeur néanmoins c’est une lettre remplie d’espoir

  • Patricia L

    Triste en pensant que dans certaines parties du monde, cette lettre serait encore d’actualité.

ads