Opinions et débats

"Droits nouveaux !", le programme pour les LGBT de Jean-Luc Mélenchon


Jean-Luc Mélenchon a commandé quarante carnets thématiques pour détailler son programme. Le numéro 36 est intitulé Liberté, égalité, droits nouveaux ! suivi du hashtag #LGBTI. Interview de Jean-Charles Lallemand qui a coordonné le groupe de travail.

Jean-Luc Mélenchon droits nouveaux programme pour les LGBT Jean-Charles Lallemand

Comment vous a-t-on proposé d’écrire ce livret, en compagnie de Camille Barré ?

C’est Charlotte Girard [la co-responsable de l’élaboration du programme de La France insoumise, ndlr] qui me l’a proposé. J’étais moi-même en octobre dernier à la convention programmatique de Lille qui a arrêté le programme et j’avais notamment contribué en ligne sur ces questions, durant l’année 2016, pendant la phase participative d’élaboration de la première version du programme L’Avenir en commun.

Ces livrets thématiques représentent-ils une initiative inédite pour une élection présidentielle ?

Les « fronts thématiques » et, en ce qui nous concerne, le « Front de gauche LGBT » existaient pour la campagne de 2012, mais cette fois il s’agit plus d’un petit groupe autonome. Les questions LGBTI sont l’une des clefs du programme à travers la questions des « nouveaux droits des personnes » dans notre projet de 6e République présenté dans L’Avenir en commun, et ce livret sert à entrer dans les détails.

Jean-Luc Mélenchon s’intéresse-t-il réellement aux problématiques LGBT ou a-t-il besoin de son équipe pour cela ?

Comme pour l’ensemble des quarante livrets, il a évidemment besoin d’experts. En revanche, je vous rappelle qu’il a proposé le partenariat civil dès 1990 donc il maîtrisait parfaitement le contexte des années 80-90 avec l’arrivée du sida. C’était un paramètre très important dans la revendication du pacte civil. Pour les autres sujets liés aux « droits nouveaux », Jean-Luc Mélenchon – comme l’ensemble de la France insoumise – doit s’informer sur les questions invisibilisées des intersexes et des transgenre et nous sommes justement là pour cela, en plus d’être une interface entre le dispositif de campagne de la France insoumise et la société. Et Jean-Luc Mélenchon a été présent sur plusieurs Marches des fiertés LGBT ces dernières années ainsi qu’à toutes les manifestations parisiennes pour l’égalité des droits et contre les LGBTphobies de 2012-2013.

Vous prévoyez de légaliser la PMA sans délai et donc sans prendre en compte l’avis du CCNE, attendu depuis 2013. Si l’avis est défavorable, pensez-vous qu’un mouvement comme la Manif pour tous puisse repartir ?

S’ils veulent manifester, ils manifesteront. Mais la PMA existe déjà pour les couples hétéros. Du seul point de vue de l’égalité des droits, il faut l’étendre aux couples de femmes lesbiennes. Mais tel qu’on le conçoit, ce n’est pas un sujet qui survient d’un coup et cela dépasse la question de l’égalité des droits pour être une question d’émancipation. Nous parlons de « PMA pour toutes » car c’est aussi un pendant à l’IVG quant à la maîtrise par les femmes de leurs corps. Je ne vois pas ce que l’avis du CCNE changerait.

Vous parlez de la mise en place d’une reconnaissance en mairie du statut de parent, comme pour les pères dans les couples non mariés. Ce serait vraiment possible à appliquer ?

Oui, car comme vous le rappelez, c’est un dispositif qui existe déjà pour établir la filiation. Cela réglera la question de ces mères contraintes d’aller en Belgique ou en Espagne pour faire une PMA puis qui doivent adopter leur propre enfant. Nous voulons faire de la reconnaissance de parentalité en mairie une pratique universelle pour établir la filiation d’un enfant.

Dans notre numéro mai/juin 2017 [à paraître le 28 avril, ndlr], nous avons rencontré quatre parents qui ont choisi la coparentalité. Comment permettre de sécuriser ces familles ?

Pour la coparentalité, on retire toute notion différenciant les « parents géniteurs » des « parents sociaux » . Nous étendons et universalisons le concept d’engagement parental avec le mécanisme de la reconnaissance qui est déjà inscrit dans le Code civil pour pouvoir s’appliquer avec plus de deux parents.

Najat Vallaud-Belkacem reconnait [dans une interview à paraître dans TÊTU mai/juin 2017, ndlr] que le gouvernement socialiste a donné le sentiment d’avoir reculé sur de nombreux points, notamment sur les ABCD de l’égalité. Elle se défend en parlant de « se confronter à l’exercice du pouvoir »… Qu’en pensez-vous ?

Le mariage pour tous avait le soutien de la population. Aujourd’hui, trois-quarts de la population est d’accord. Le gouvernement socialiste a mis en scène la possibilité pour que le camp réactionnaire s’exprime. Quand ils arrivent au pouvoir en 2012, prévoir deux longues lectures pour le texte à l’Assemblée alors que d’autres lois passent bien plus vite, c’était laisser à l’opposition le temps de s’organiser. Christiane Taubira s’est en outre exprimée dans La Croix en 2012, ce qui a donné aux opposants la possibilité de sortir du bois. Si la stratégie du gouvernement était de montrer que les opposants n’étaient que des réacs, ils se sont laissés dépasser.

Si François Fillon est élu, il retire l’adoption plénière. Si Marine Le Pen est élue, elle annule le mariage pour tous. La France insoumise sera-t-elle dans la rue sur ces sujets ?

Ce qui compte c’est de mettre l’éclairage sur le programme de ces candidats, de faire réfléchir les personnes LGBTI aux implications d’un tel vote pour leur vie quotidienne. De toute façon, j’ai bon espoir que le programme de la France insoumise soit adopté. Mais si ce n’était pas le cas, nous serions en effet en résistance sur de nombreux sujets.

Comment expliquez-vous qu’autant de gays soient « passés à droite », pour reprendre le titre du livre de Didier Lestrade ?

Le mariage était une revendication en tant que telle. Mais en tant qu’institution sociale, il renvoie plutôt à des formes conservatrices. Rien n’indique donc que les personnes homos qui se marient soient des progressistes. Il y a un vrai travail à faire, pas qu’une loi qui satisfait avant tout les hommes homosexuels comme celle qui est passée et qui oublie des revendications propres aux lesbiennes ou aux personnes transgenres. Ce n’est pas une fin en soi, il faut faire avancer le travail sur l’émancipation, écrire une loi pour les trans qui restent au milieu du gué alors qu’il faut passer au changement d’état civil libre et gratuit devant un officier d’état civil. Tout cela a laissé un sentiment d’amertume.

Lire le livret 36 du programme de Jean-Luc Mélenchon.

 

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