« Il est temps d’être sympa les uns avec les autres dans la communauté gay »
Sexo/Psycho

« Il est temps d’être sympa les uns avec les autres dans la communauté gay »


Y-a-t’il une solidarité dans la communauté gay ? Ou est-ce que nous n’aurions pas développé une fâcheuse tendance à se faire du mal les uns aux autres, enfermant nombre d’entre nous dans la solitude ?  Reproduction des nos années de bullying ou communauté tendue sur la défensive ?

Chacun semble nous renvoyer, soit à des images qui ne nous plaisent pas ou que nous n’assumons pas, soit à des horizons inatteignables que nous maudissons. La communauté gay est-elle malade de son mauvais esprit ?

C’est la tribune d’Alexis Caught sur le site du magazine gay Attitude qui nous a particulièrement alerté sur l’un des clichés majeurs que l’on a sur les minorités : la solidarité. Si elle existe, on pourrait dire que tout autant, l’attitude de défiance tient bien le haut du pavé.

Bien sûr, plus qu’ailleurs, les LGBTQI ont développé des systèmes d’auto-support, des groupes de discussion, des vraies houses parfois (comme dans le voguing, particulièrement par/pour les LGBT racisées), des amitiés indéfectibles (ou que l’on croit telles), des associations d’entraides… Mais c’est parfois entre associations que la concurrence est la plus féroce, car être LGBTQI ne veut pas dire pour autant avoir les mêmes idées politiques, religieuses ou les mêmes stratégies de défense de nos droits. Quitte parfois à se tirer chacune une balle dans le pied de l’autre. LGBTQI unis pour l’égalité, mais jamais caporalisées : combien de divisions ? Il reste même encore à prouver que les gays sont vraiment largement intéressés par la défense des droits LBTQI… Et inversement.

La concurrence acharnée des uns contre les autres pour imposer leurs modèles, idéaux ou remporter les regards de leurs proies sexuelles fait des ravages. Mais que veut dire notre attitude prompte à tout prendre à la blague, notre propension à « shader » notre prochain telle des drags-queens si mal dans leurs peaux qu’elles se sentent obligées d’attaquer, de cracher leur clichés, de parfois blesser pour mieux briller ?

Si on aime plus ou moins tous les ragots et les histoires de vies privées mouvementées, est-on à ce point incapable de voir le positif en tout et chacun avant tout, tant nous héritons d’une vision hétéro-cis-centrée-bourgeoise de la société et du couple, que chaque personne qui vit dans la frivolité, la liberté, l’hédonisme, soit maltraitée ? Le dernier exemple probant en date touche les « Truvada whore », les gays qui se protègent sciemment du VIH avec un médicament préventif. On les traite de pute. En langage féministe, on dit que c’est du slut shaming : pourquoi attaquer les personnes libres de gérer leur sexualité et leur prévention comme elles veulent ?

Qui plus est, les réseaux sociaux ont libéré une trollitude acharnée, qui généralise, qui hystérise, qui vitupère en libérant un fiel dont on ne sait bien à quoi il sert, car c’est rarement pour élever le débat d’idées… C’est la cour de justice permanente, nos avis non-sollicités déversés sur tous les écrans, pour mieux palier à un manque de démocratie, de liens réels, de débats qu’une société normalement en marche doit permettre ? Où, aujourd’hui, peut-on donner son avis ailleurs que là ? On a fait croire, aussi, que tous les avis se valent et sont requis.

Alexis Caught raconte quelques anecdotes de soirées cancans, pas méchants mais récurrents, dans lesquelles mine de rien, on distille normativité et désir de bien paraître, tels les salons de la cour. On veut être du côté majoritaire de la soirée en jouant à désigner un ou plusieurs moutons noirs, on ne regarde même pas ce garçon seul qui a du mal à s’intégrer, on boit pour se donner du courage social, on joue la comédie de l’entre-soi contre les autres… On se moque du petit gros, de la vieille drag queen, de la grande folle qui en rajoute pour paraître intouchable à la bave des crapauds… Jusqu’à ce que les bavardages se retournent contre soi…

 

Shine bright like a diamond

L’auteur avance le concept de la Shine Theory, qu’il a découvert sur le podcast « Call Your Girlfriend » d’Ann Friedman. C’est un principe féministe qui met l’accent sur l’importance de se soutenir entre femmes,  qui refusent de se concurrencer et célèbrent les succès de leurs amies. En un mot, si vos amis ne brillent pas, vous ne brillerez pas, et plus leur lumière brillera, plus cette lueur se réfléchira sur vous. Cercle vertueux.

Il raconte aussi tout le bien qu’il a trouvé dans son équipe de rugby gay inclusive, The Kings Cross Steelers. Même s’ils ont perdu match après match, les célébrations de camaraderie lors de l’après-match lui ont redonné ce sentiment d’être chanceux, d’être entouré d’un groupe aussi fort et positif  d’hommes homosexuels.

« Nous étions si brillants dans notre soutien l’un de l’autre que peu importe que nous avions perdu le match, parce que nous avions perdu ensemble. Notre connaissance de cela nous a rapprochés, et finalement nous avons fini par gagner… »

Nous avons souvent construit nos adolescences dans l’insécurité, la solitude, loin des principes de solidarités, mais davantage de la préservation qui passait parfois par l’attaque. Face à des gens plus accomplis, plus attrayants ou plus intelligents, on prend parfois pour défense de ne pas les aimer immédiatement pour quelque raison que ce soit, pour diminuer leur succès et la façon dont il nous affecte.

« Vraiment, leur seule faute était que j’avais l’impression que leur succès était une loupe, soulignant tout ce dont j’étais mécontent. Il a fallu que je respecte mes forces et mes faiblesses, que je me sente mieux dans ma peau, de reconnaître la raison de mon comportement et de le changer ».

Sur le Huffington Post, l’article « l’épidémie de solitude gay » donne quelques clés pour comprendre ce qui mène notamment les gays à se dénigrer les uns les autres (plus que les hétéros). Paul dit qu’il a été «retraumatisé» :

« Vous grandissez dans la solitude, accumulant tout ce bagage, puis vous atterrissez à Chelsea ou Boystown avec l’espoir d’être enfin accepté pour qui vous êtes. Puis vous constatez que tous ceux qui s’y trouvent ont eux aussi le même bagage que vous. Soudainement, on vous rejette, mais pas parce que vous êtes gay. On vous rejette à cause de votre poids, de votre revenu ou de votre race. «Les enfants harcelés ont grandi et ils sont devenus des intimidateurs à leur tour».

Pour John Pachankis de l’Ecole de santé publique de Yale :

«Dans la culture populaire, les drag queens sont reconnues pour leurs blagues méchantes et tout le monde trouve ça bien drôle. Mais cette méchanceté est presque pathologique. Durant la majeure partie de notre adolescence, nous étions tous profondément confus et dans le déni. Et ce n’est pas facile de montrer ce côté de nous aux autres. Alors, nous projetons dans le monde ce que le monde nous montre : de la méchanceté.»

 

Quelles conséquences ?

Plusieurs études ont démontré que le fait de vivre dans des quartiers à prédominance gay est un indicateur d’une plus grande prévalence de comportements sexuels à risque, d’utilisation de méthamphétamine, et de moins de temps passé dans des activités communautaires telles que le bénévolat ou le sport. Une étude de 2009 suggérait que les hommes gays qui ont des liens plus forts avec leur communauté sont aussi ceux qui sont les moins satisfaits de leurs relations « amoureuses ». Pour Pachankis :

«Les hommes gays et bisexuels décrivent souvent la communauté gay comme une source importante de stress dans leur vie. La raison fondamentale qui explique cela, selon lui, est que la «discrimination au sein du groupe» fait plus de mal à la psyché que le fait d’être rejeté par le groupe majoritaire. Il est simple d’ignorer, de rouler des yeux et de faire un doigt d’honneur aux hétéros qui ne vous aiment pas, parce que, de toute façon, vous n’en avez rien à foutre de leur approbation. Mais être rejeté par d’autres gays donne l’impression de perdre la seule façon que vous avez de vous faire des amis et de trouver l’amour. Être exclu de son propre clan fait d’autant plus mal que vous avez besoin de celui-ci ».

 

Comment alors expliquer cette épidémie de « mauvaises » ?

Pour Hobbes :

« La première, et celle que j’ai entendue le plus souvent, est que les hommes gays se traitent comme de la merde entre eux simplement parce que ce sont… des hommes ».

Pour Pachankis :

«Les défis de la masculinité sont amplifiés dans une communauté d’hommes. La masculinité est une chose précaire. Elle doit constamment être mise en avant, défendue ou contenue. On le voit également dans les études sur le sujet : menacez leur masculinité, puis observez toutes les choses stupides que les hommes feront. Ils deviennent agressifs, prennent des risques financiers, veulent frapper. Cela explique en partie la stigmatisation répandue des mecs efféminés au sein de la communauté gay ».

Une habitude, alors, de dénigrer l’homo qui est en chacun de nous… en passant par les folles, les passifs, les non-conformes, les marginaux, les prudes…

La seconde est une accélération des NO-NO. Au cours des 10 dernières années, les espaces traditionnellement gays —bars, boîtes de nuit, saunas— ont commencé à disparaître et ont graduellement été remplacés par les réseaux sociaux. Les filtres par ethnies, poids, pratiques et les « No Fat, No Fem, No Asian, No black, Discrets », ont rappelé à tous qu’on était plus sujet au rejet qu’aux rencontres magiques au quotidien… Cercle vicieux qui aura fini par braquer tout le monde, de faire monter les sensibles sur leur ergot, d’ «ouvrir la librairie » comme on dit dans RuPaul Drag Race… On a un peu oublié la différence entre l’humour camp, « because reading is fundamental », avec l’attaque grossière et la bassesse discriminante…. Si le retournement des insultes à nos avantages est une récupération fière des piques lancé par le système hétéro-patriarcal (folle, pédé, connasse…), la sélection de nos partenaires sexuels ou amicaux n’a pas vocation à être le théâtre des exclusions les plus violentes.

Mais taper – quand on ne l’est pas – sur les folles, les lesbiennes, les trans, sur les LGBT handicapés, et même aussi, sur les gays bodybuildés qui y trouvent leurs bonheurs ou les « salopes » qui vivent leur sexualité librement, c’est si facile, et c’est aller dans le sens des discriminations rebattues depuis si longtemps… par les hétérosexuels cisgenres avant tout. C’est comme taper sur les LGBT immigrés, se moquer des asiatiques ou trouver que les lesbiennes ne sont pas assez comme ça ou trop comme ça, c’est reproduire, au sein d’une groupe discriminé, des discriminations (dont certaines réprimées par la loi)….

Taper sur les minorités de la minorité, même en pensant faire rire, peut rassurer. Mais cela ne nous rend-il pas plus fort personnellement en même temps que plus faibles collectivement ? Bienvenue dans le monde des Bisounours, où l’on prend conscience des combats qui méritent d’être livrés et de nos complicités avec ceux qui essaient de nous diviser pour mieux régner…

Il semble dont qu’est arrivé le temps d’être vraiment inclusif et réfléchi, de ne pas reproduire les clichés : « Il est temps d’être sympa les uns avec les autres dans la communauté gay »…

 

  • Berezai

    Il y a aucune solidarité entres nous, il y a ausi de la discrimination.

  • le vicomte

    Franchement bravo et merci pour cet article.

  • Philippe Fauvet

    Tres bon article, bonne analyse félicitations !

  • Helm

    Il n’y a aucune solidarité parmi les LGBT, la seule existante est celle se cantonnant au sexe… Aucune organisation, aucune intelligence, des vies débridées, aucun pouvoir, juste des victimes qui ont finis bourreaux.

    Les quelques LGBT qui ont les moyens sont dédaigneux
    ignorant que dans leur grande majorité les gays sont miséreux.
    Juste des regards de travers entre les travers de la sociétés…

    A part les distributions de préservatifs, de lubrifiants, les orgies bestiales, les
    croisières, les soirées bien arrosées, et les autres futilités mondaines. La dictature de l’image, l’idolâtrie d’une minorité parmi la minorité, le reste n’étant que des restes de corps brisés par la vie.

    Ô commun des mortels, il ne vous reste plus qu’à être un animal solitaire marqué du sceau de la bête. Subissez l’opprobre de ce bas monde dans la solitude totale (au travail, à la banque, des voisins …) Ne comptez sur personne et espérer en la douceur du funeste destin qui vous ait réservé.

    Voilà ce qu’est l’âme de l’hypothétique « communauté LGBT ». Cela aura de fâcheuses conséquences, comme dirait Camus : « le mal d’un homme devient vite une peste collective ».

    • Claude Lecomte

      bien vrai …une communauté cloisonnée…avec de faux air de fête..

  • Philippe Crottaz

    Cet article tombe à pic, car je me suis fait la même réflexion depuis longtemps. Dans ma vie professionnelle, je n’ai jamais été soutenu par d’autres gays, c’est du chacun pour soi. Dans ma vie privée, c’est un peu pareil, j’ai le sentiment qu’à part quelques exceptions, les gays vivent une grande solitude. Petit rectificatif, cependant, lorsque nous devons nous mobiliser pour une cause, ou défiler dans la rue lors d’une Gay Pride, il peut se passer quelque chose, ce sentiment d’appartenir à une communauté. Mais je rêve d’une société plus solidaire, où nous pourrions nous tenir les pouces et nous entraider. C’est beau de rêver…

  • Walladoox

    Je ne suis pas pour une solidarité entre gens qui n’ont pas forcement les meme problématiques ou les même attentes. Cet acronyme de LGBT, auquel on rajoute des lettres sans cesse, n’est qu’un sac four tout bien pratique pour les détracteurs pour caser tout les gens qu’on veux stigmatiser alors qu’ils n’ont rien de commun, ou si peu.
    Pour autant il est clair que les gays sont souvent assez méfiant et du coup se livrent souvent a une attitudes hautaines et vacharde pour se prémunir d’en devenir victime. Ou « L’attaque est la meilleur défense ». Vouloir être accepter et anonymisé ne veux pas dire rejeter toutes les excentricités, le fun, les différences et le hors norme qui constitue l’homosexualité notamment.

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