Sharleen Spiteri du groupe Texas :
Culture

Sharleen Spiteri du groupe Texas : "Je partage avec la communauté gay le refus d'être jugé"


Sharleen Spiteri et TÊTU, c’est une longue histoire. Nous avons rencontré l’“icône lesbienne” hétéro pour la sortie du nouvel album de Texas : Jump on Board.

Ce jour-là, celle qui, en février 1998, posait en couverture de TÊTU la bouche entrouverte et la langue prête à claquer, a troqué son débardeur de l’époque pour un bonnet noir un ensemble sweat-pantalon assorti. Ses cheveux sont identiques à deux décennie plus tôt, mais elle ne peut s’empêcher de s’exclamer qu’elle préférait son ancienne coupe en revoyant le shooting des années 90.

La Texas girl, comme on l’avait surnommé en Une, est devenue Texas women, dit-elle. Mais le style de son groupe reste inchangé : mélange de country, de disco et de cette douce mélodie qui nous dit que « tout ira bien ».

Vendredi 21 avril 2017 est sorti Jump on Board, le neuvième album du groupe légendaire qui n’a jamais eu peur de signer son propre style. Un entêtement qui a offert une longévité rare au band qui vrombit depuis l’Écosse et la fin des années 80.

Sharleen Spiteri Texas Jump on Board

« Let’s work it out » est le single qui porte ce nouvel album. Pourquoi as-tu choisi de collaborer avec le footballeur français Thierry Henry pour le clip ?

Sharleen Spiteri : Thierry Henry est un très vieil ami. On s’est rencontrés lorsqu’il découvrait Londres pour la première fois. Il est même le parrain de ma fille. Pour célébrer sa naissance, durant un match, il a soulevé son maillot sur le terrain et devant les caméras : sur son débardeur en dessous il avait écrit « POUR LE NOUVEAU NÉ KYD » qui est le second prénom de ma fille.

Concernant le clip vidéo, je lui ai fait écouté le titre dont on venait juste de terminer l’enregistrement. On était dans sa cuisine et il m’a dit qu’il adorait la chanson. Alors une semaine plus tard, on discutait des acteurs… et  je suis dit « et pourquoi pas Thierry ? » C’était un peu bizarre mais je l’ai appelé pendant qu’il était en Belgique à s’entraîner avec son équipe, je l’ai rassuré en lui assurant que je ne serai pas vexée s’il refusait, et il m’a tout simplement répondu « bien-sûr que je vais le faire ! » Au final, on s’est beaucoup amusé à réaliser cette vidéo. C’est un ami, donc c’est facile.

Dans ce nouvel album, on a donc ce single qui est assez disco, comme le titre “Midnight” d’ailleurs. Mais il y a aussi des titres plus folk (“For Everything”), plus rock (“Tell that girl”), plus électro et planant (“Can’t Control”)… Est-ce que cet album est à penser comme une sorte d’hommage à tous les genres qui ont fait Texas ?

Oui c’est un jukebox. Ou plutôt, c’est un hommage au jukebox qu’on a en nous. Et c’est plutôt drôle parce qu’au final, cet album c’est un peu comme si on avait réuni White on Blond (4ème album de Texas sorti en 1997, ndlr) et The Hush (5ème album du groupe sorti en 1999).

Est-ce qu’on peut toujours considérer Texas comme un groupe de rock ?

Qu’est-ce qu’un groupe ? Je ne sais pas… Je ne sais pas si être un groupe de rock relève de l’attitude. On est juste un groupe. Et je suis heureuse qu’on soit toujours un groupe, qu’on nous autorise toujours de faire ce qu’on fait. Je continue de vivre un rêve.

 

« Le son de Texas, c’est tout simplement ce qui se produit lorsqu’on est tous ensemble et qu’on commence à jouer »

 

Pourtant, sur toute l’histoire de Texas, c’est toujours toi qui incarne ce groupe, toi qui posait en couverture des albums…

Ouais… mais t’as vu à quoi ressemble mon groupe ! (rires) C’est surtout que c’est déjà tellement dur, quand tu vas en studio, d’obtenir de relativement bons clichés d’une seule personne. Alors imagine si on est quatre ou cinq… C’est un cauchemar ! On essaie à chaque fois et ça foire toujours. Mais à l’intérieur de l’album on a imprimé des photos du groupe qui viennent d’Instagram. Ce sont des photos que j’ai prises, des moments de groupe, des trucs débiles… Sur mon Insta, il y a par exemple une vidéo de moi dansant dans ma cuisine parce que « Let’s Work It Out » passait à la radio pour la première fois. C’est qui on est !

Sharleen Spiteri Texas Jump on Board

Texas a toujours eu son propre son, indépendamment des tendances musicales. Comment tu expliques ça ?

Ce qui est étonnant c’est que tu peux identifier les différentes références, les différents moments. Mais t’écoutes ça et tu finis toujours pas te dire « ouais, c’est Texas ». Quand les gens me demandent « mais alors, c’est quoi Texas ? », je leur réponds tout bonnement : on est Texas, c’est ce qui se produit quand on se réunit tous ensemble et qu’on joue de la musique; c’est ce qu’on sonne. Peu importe ce qu’on fait, quel pays on visite. On a un son, et en toute honnêteté je suis incapable de le définir. Après tout, est-ce que la musique devrait être définie ? Elle se définit d’elle-même.

Dans cet album on retrouve le thème de l’amour dans plusieurs titres… Qu’est-ce qui vous a inspiré lorsque vous enregistriez l’album à Glasgow ?

Moi c’est l’être humain qui m’inspire. Les notions d’amour et de respect aussi. Les émotions et les sentiments. La nature humaine est extrêmement importante pour moi, les interactions entre chacun… Même si j’aime être seule par moment.

 

« Être une icone gay ou lesbienne c’est le summum pour moi »

 

 

En faisant quelques recherches, j’ai retrouvé la couverture de TÊTU pour le numéro de février 1998… Qu’est-ce que tu en penses presque vingt ans plus tard ?

Sharleen Spiteri Texas Jump on BoardJ’ai l’impression que c’était hier, je me rappelle de tout ! Je me rappelle où j’ai acheté la veste que je porte sur cette photo. D’ailleurs j’ai toujours le magazine chez moi. Je ne jette absolument rien. J’ai tous les magazines, toutes les coupures de presse, hormis ce dont j’ai fait don à des œuvres de charité. Mais je suis obligée de tout garder pour que ma fille me croit quand je lui raconterai que j’ai fait la couverture des magazines.

Dans les médias tu as souvent été qualifiée d’icône lesbienne bien que tu sois hétéro. Comment tu vis cette désignation qui provient des regards extérieurs ?

Je pense que ça relève d’une attitude et d’un état d’esprit. Je pense que la communauté LGBT sent que j’exprime le fond de ma pensée et que je me bats pour ce en quoi je crois. On parle là d’une communauté qui s’est battue pour sa vie qui continue de se battre sans arrêt parce qu’il y a encore tellement de préjudices. Quand j’étais encore une fille – maintenant je suis plutôt une femme – j’étais très androgyne et on avait fait des suppositions à mon sujet. Et je pense que ce contre quoi la communauté gay ou lesbienne s’élève, c’est contre le fait d’être jugé. Être une icône gay ou lesbienne c’est le summum pour moi. J’en suis très heureuse et très fière.

 

« Les gens croient que je m’habille comme ça car je ne veux pas être sexy. C’est faux ! »

 

La question du genre est omniprésente aujourd’hui. Penses-tu qu’il soit plus facile de cultiver un look androgyne, comme tu l’as fait à l’époque, aujourd’hui que ça ne l’était avant ?

Je pense qu’on est au-dessus de ça oui. C’est définitivement plus accepté. Quand je grandissais et que j’étais vraiment très androgyne, je me rappelle avoir entendu des gars cracher « pfff… lesbienne » sur mon passage. Simplement à cause du look que j’avais. Ok, et si je suis lesbienne ? Et si je ne le suis pas ? Tu me dis ça parce que tu penses que je ressemble un peu à un garçon ? C’est ça que tu vas me dire ? Je pense en fait que ça rendait les gens nerveux… Maintenant il y a beaucoup plus de filles et de femmes qui portent des costumes ou ce qu’on pourrait appeler des fringues de mec.

Mais en fait je ne suis jamais posée la question parce que c’est juste la manière dont je m’habille. Je ne me sentais pas bizarre. Les gens pense que je m’habille comme ça parce que je ne veux pas être sexy. C’est faux ! Pour moi, c’est ça être sexy. Depuis que je suis toute petite, je suis persuadée que ce que tu ne vois pas, c’est ça qui est sexy. Même sur la couverture de White on Blond où je porte un gros sweat noir et où tu ne vois que mes yeux… Moi je me fiche de savoir si on m’aime ou non car moi je m’aime et c’est bien plus fort. La force c’est bien plus sexy que d’être dans le besoin. Je déteste les femmes dans le besoin.

Être sexy est selon toi une question de confiance en soi ?

Absolument ! La confiance en soi est meilleure que tout. Attention, je ne parle pas d’arrogance. Mais être sûr de soi, de soi-même, et avoir une idée précise de ce qu’on est et de ce qu’on veut devenir.

 

Huit ans se sont écoulés entre Red Book et The Conversation. Quatre années séparent ce dernier de Jump on Board. Est-ce que ça signifie une reprise de vitesse pour le groupe ?

On ne pense pas en terme de temporalité, on fait juste ce qu’on sait faire. Cet album est arrivé très vite et très facilement. On a vraiment pris du bon temps. Et je crois que le succès de The Conversation y est peut-être pour beaucoup. Quand quelque chose est si bien reçu, tu te dis que les gens n’en ont peut-être pas marre de Texas, et qu’ils ont encore envie de t’entendre.

Ta grand-mère paternelle est française. Est-ce que t’aurais un petit mot en français pour nos lecteurs ?

Il n’y a qu’un mot que je puisse dire aux lecteurs… Je t’aime. Comme Jane [Birkin, ndlr] le chantait. Il n’y a rien d’autre à dire.

Merci Sharleen !

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