L’Historia de ces princes homos qu’on nous a longtemps cachée
Culture

L’Historia de ces princes homos qu’on nous a longtemps cachée


Pharaons, empereurs, rois ou princes, ils ont connu le pouvoir « malgré » leur homosexualité. Dominique Fernandez, de l’Académie française, propose un dossier richissime consacré à quelques puissants et à leurs amants à travers les siècles dans le dernier numéro d’Historia. Une foultitude d’anecdotes et de stupre !

Huit histoires d’amour de princes et de leurs amants. Cela montre que nombre de puissants ont assumé leur homosexualité, affiché leurs liaisons, voire favorisé outrageusement leurs favoris en leur attribuant richesses et pouvoir. Un comportement accepté avec plus ou moins de tolérance selon les époques et les lieux.

Si vous suivez la série Versailles, vous connaissez presque tout des amours de Philippe d’Orléans, le frère du roi Louis XIV…  (et du Chevalier de Lorraine, avec lequel il vécut une histoire de plus de trente ans, au vu et au su de tout le monde). Le pouvoir permettait cela. « Selon que vous serez puissant ou misérable… » : le vers de La Fontaine sied à merveille à l’homosexualité des princes, des rois, des régnants. Admise dans l’Antiquité (à condition que l’on soit le dominant), l’homosexualité est tolérée avec plus ou moins de compréhension et de complaisance à travers les siècles. Même à l’heure du mariage pour tous dans les Etats démocratiques, l’homosexualité est toujours perçue comme suspecte, et celle des hommes de pouvoir occultée. Elle redevient vie privée là où la sexualité des dirigeants hétéros est affichée dans l’espace public.

En octobre 2012, Najat Vallaud-Belkacem, dans un entretien à TÊTU, avait regretté :

« Aujourd’hui, ces manuels s’obstinent à passer sous silence l’orientation LGBT [lesbienne, gay, bi et trans] de certains personnages historiques ou auteurs, même quand elle explique une grande partie de leur œuvre, comme Rimbaud ».

Elle avait annoncé sa volonté que les manuels scolaires soient « passés en revue ». Ces déclarations avaient suscité une petite polémique et n’avaient pas été suivies d’effets…  Heureusement les historiens sont là et les livres foisonnent de révélations ! Au fur et à mesure des années, en relisant, en interprétant, en découvrant de nouveaux manuscrits ou en démontant les falsifications, on a découvert les amours gays de Richard Coeur de Lion, Louis XIII, Henri III, Louis XVIII…  Mais aussi d’auteurs comme Montaigne, Shakespeare, Molière, Goethe, Beethoven , Shubert, Balzac, Chopin, Verne, Montaigne ou encore la Boétie…

Des livres d’histoires homosexuelles

Michel Larivière, longtemps chroniqueur dans TÊTU avec « On vous l’avait caché à l’école », avait déjà retracé les histoires des homosexuels et bisexuels célèbres et sorti Alexandre Le Grand et Flaubert du placard, en fouillant et réinterprétant leurs écrits et leurs vies. Retracé même les destins des femmes d’homosexuels ou bisexuels de l’histoire contemporaine.

Femmes d’homosexuels, « drôles » de destins

Henri-Jean Servat et Cyrille Boulay nous avaient délecté de deux tomes des Amours particulières d’Alexandre et Héphaïstion, de Montaigne avec La Boétie, de Lawrence d’Arabie et d’Ahmed, de Flaubert et Maxime du Camp, de Garcia Lorca et Salvador Dali…

Ces princes et leurs amants revivent leur amour au grand jour dans Historia en ce mois de mai. Pour Dominique Fernandez, qui signe l’ouverture du dossier d’Historia :

En Europe, tout n’a été permis aux grands que jusqu’à la fin du XVIIIe siècle : on peut dater de l’essor de la civilisation industrielle l’obligation du secret pour les mœurs dites « contre-nature ». Pour régner, il fallait se soumettre à la morale bourgeoise. Ses goûts personnels, on devait les refouler, en tout cas se garder de les afficher. Un Frédéric II de Prusse, qui ne se donna même pas la peine de faire un héritier, un Gustave III de Suède, qui délaissa ostensiblement son épouse, devinrent impossibles à partir du moment où l’idéologie du « rendement » créa une coupure rigoureuse entre vie publique et vie privée. L’art de Ganymède se mua pour tous en art de se dissimuler.

Les princes et leurs amants

Soliman dans les bras d’Ibrahim

On méconnaît ainsi l’histoire de Soliman le Magnifique (1520-1566), dixième sultan ottoman, héritier d’un vaste empire et conquérant victorieux de nombreux bastions chrétiens. En privé, il était déchiré entre sa passion pour Roxelane, et celle d’un homme, Ibrahim, que l’Histoire a bien essayé de faire oublier. Amoureux de cet orphelin grec depuis l’enfance, Soliman (devenu Le Magnifique), le nomme serviteur, « Grand fauconnier », puis en fait son favori. Plus tard, lors de conflits avec l’Égypte et la Syrie, il l’enverra même diriger les armées à sa place, puis le nommera en 1523 Grand vizir, la fonction suprême directement sous les ordres du sultan. Pour être lié à tout jamais à celui qu’il aime, Soliman demande Ibrahim d’épouser sa soeur Hadice Hanim. De cette union naîtra Selim, qui succèdera à Soliman sur le trône, comme s’il était le fils indirect de l’amour infertile entre son père et son oncle…

 

Henri III et ses mignons : Ronsard disait-il vrai ?

L’histoire d’Henri III et de ses mignons avait été éventée par le « prince des poètes », j’ai nommé Ronsard :

Le Roi, comme l’on dit, accole, baise et lèche / De ses poupins mignons le teint frais nuit et jour /Eux, pour avoir argent, lui prêtent tour à tour / Leurs fessiers rebondis et endurent la brèche

Le dernier des Valois est accusé explicitement d’entretenir des relations intimes avec les jeunes gens de son entourage. En 1580, l’ambassadeur de Savoie, René de Lucinge n’hésite pas à affirmer que le cabinet du roi est un « vrai sérail de toute lubricité et paillardise, une école de sodomie ». Même s’il eut (aussi) de nombreuses femmes, son goût pour les belles étoffes et les jeunes gens en feront un homosexuel aux yeux de l’Histoire.

Dans Henriquet, l’homme-reine (Editions Delcourt), Richard Guérineau raconte le règne d’Henri III, ses fraises extra-larges, ses jabots de dentelles qui vont si bien aux nobles dames et tristes sires qui ne cessent d’ourdir des complots pour prendre le pouvoir ou le conserver.

 

Le cercle versaillais des adeptes du « vice italien »

Si l’homosexualité d’Henri III, de Louis XIII ou de Louis XVIII fait encore débat tant les preuves tangibles manquent, celle de Philippe d’Orléans, frère de Louis XIV, dit « Monsieur », est accréditée par ses contemporains. Son portrait par Saint-Simon vers 1700 (il a alors 60 ans) est éloquent :

Un petit homme ventru, monté sur des échasses tant ses souliers étaient hauts, toujours paré comme une femme, plein de bagues, de bracelets et de pierreries partout, avec une longue perruque tout étalée devant, noire et poudrée, et des rubans partout où il en pouvait mettre, plein de toutes sortes de parfums et en toutes choses la propreté même.

 

La rumeur de l’Histoire

Le magazine revient aussi sur les rumeurs d’homosexualité de Jules César qui resta « la reine de Bithynie », le giton du roi Nicomède IV pour ses ennemis. C’est aussi une arme politique : « On ne décrédibilise pas mieux un citoyen romain qu’en niant sa virilité. Quand on s’offre comme une femme à un roi étranger, on n’est pas digne de diriger Rome ! » rappelle Virgine Giraud… On n’aurait pas dit mieux sur les rumeurs d’homosexualité d’Emmanuel Macron.

On connait aussi des cas d’ »homosexualisation » de certaines histoires. Il était très courant à l’époque féodale que des amis partagent la même couche… Ainsi de Niankhkhnoum et Khnoumhotep, tous deux directeurs des manucures du palais royal sous le règne de Nyouserrâ (vers 2400 av. J.-C.) en Egypte ancienne. Empruntant un répertoire généralement réservé au pharaon, ils se font représenter dans leur sépulture, enlacés, s’embrassant et se tenant par la taille, mais les études menées sur le décor de l’ensemble du mastaba tendent plutôt à faire de ces deux êtres des jumeaux, et non des amants. Un peu comme les amants de Pompéi…

Amants de Pompéi : Pourquoi pense-t-on tout de suite qu’ils étaient homos ?

 

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