Woodkid se livre comme jamais : virilité, identité, homosexualité
Buzz/People

Woodkid se livre comme jamais : virilité, identité, homosexualité


Au micro de Géraldine Sarratia sur Nova, on est entrés « dans le genre de » Woodkid par les oreilles.

À la radio, on prend le temps de peser les mots comme les doigts sur un piano, on ralentit comme lorsque l’on écoute ses symphonies. Provincial en mal de douceur, en questionnement récent sur les genres et son féminisme, l’un des artistes français les plus mondialement demandés dévoile sa partition intime. Il donne les clés pour mieux le comprendre celles qu’il a justement tatouées sur les avant-bras…

Qui est Woodkid ?

De son vrai nom Yoann Lemoine, il est devenu le chouchou de l’underground mélancolique. Woodkid s’est fait connaître en 2011 avec « Iron », un premier single qui faisait entrer en collision l’univers de l’enfance et une hypervirilité guerrière. En 2013, son premier album The Golden Age cartonne. Proche de Lana Del Rey, réalisateur de clips pour Katy Perry (Teenage Dream) mais aussi Yelle et Nolwenn Leroy, il collabore avec  Sidi Larbi Cherkaoui pour « I will fall for you ». Graffiti , sa campagne contre le SIDA par l’association Aides a été vue plus de 10 millions de fois sur YouTube.

 

Dans l’enfance de Woodkid

J’ai une barbe et une grosse barbe, mais qu’appelle t-on la virilité, la masculinité ? Oui je suis viril mais je me trouve souvent très féminin parfois.

J’ai grandi dans une famille très middle-class en province. Je suis un enfant de la campagne, entre les vignes, loin de la civilisation. À l’opposé de ma vie d’aujourd’hui. On partait en Pologne l’été, la seule chose dont je me rappelle c’est qu’à chaque fois que la famille se retrouvait, c’était des effusions de larmes, quelque chose de très slave… Je crois que ça a construit mon identité de drama-queen…

Mon homosexualité vient de mes tous premiers souvenirs. Il n’y a pas eu de déni mais de l’exploration de tous les côtés… Quand je revois des photos de moi enfant, ça se voyait déjà, cette sensibilité là. Ça m’a toujours dérangé cette idée, qu’on puisse voir ça chez les enfants, mais moi j’arrive à lire ça en moi, par rapport à une pose, à l’espace, je comprends ça assez vite…

Ado, j’étais amoureux de David Charvet… et du Dr Green dans Urgences, le chauve à lunettes… Je suis toujours sorti avec des garçons très différents de moi, avec qui on peut lire une vraie gentillesse dans le visage. J’avais besoin d’une tendresse dans le masculin, une douceur.

Je traînais beaucoup avec les filles et quand j’ai assumé ma sexualité, je suis devenu un peu provocateur, j’avais le look du petit gay de province, j’avais envie d’être visible… J’essayais plein de choses. J’ai toujours trouvé les mecs un peu mecs, bagarreurs, qui se concentraient sur des trucs futiles, les joints, les scooters; moi mon intérêt n’était pas là. J’avais envie d’être plus intelligent qu’eux…

Dans mon premier album, je voulais mettre en avant tout ce dont j’aurais pu souffrir, ce qu’on essaie d’imposer aux garçons en tant que forces : la religion, l’imagerie militaire, et de faire émerger l’enfance qui entre en rébellion avec ça…

Être homosexuel, c’est le rejet d’une certaine idée du monde, de refuser ce modèle-là, le désir de construire son identité comme on le désire, de faire son marché dans l’identité, dans le masculin et le féminin, ne pas répondre à une norme. Il y a des milliards de façon d’être homosexuel… L’identité c’est un gros morceau de pâte à modeler, on devient ce qu’on veut…

À l’écoute de « For Today I Am A Boy » (Antony & The Johnsons), Woodkid explique :

C’est quelqu’un d’héroïque, Anohni, depuis qu’elle est une femme… Elle m’a toujours inspiré. J’ai eu des périodes, je sortais à New York, j’avais un personnage féminin, mais ce n’est jamais allé plus loin que les soirées. Ça allait plus loin que le genre, c’était l’incarnation d’un personnage. Rien à voir avec le sentiment profond d’un besoin de transition, qui est de l’ordre de l’instinct, de l’indispensable.

 

Pour ceux qui l’apprendraient aujourd’hui, Woodkid n’a jamais fait mystère de son orientation sexuelle. En 2013, il déclarait déjà au Nouvel Obs :

Je suis gay et c’est important pour moi d’y trouver un sens, notamment dans ma musique. Le morceau « I love you » est destiné à un garçon, c’est explicite. C’est vrai qu’on m’a prêté des liaisons – avec Lana Del Rey par exemple -, mais je n’ai jamais prétendu être avec des filles. S’il y a une chose à propos de laquelle je n’ai jamais menti, c’est bien celle-là. Cela dit, je ne suis pas quelqu’un de très politique, je fais plutôt l’éloge de la modération. Je suis ni un pédé réac ni une folle. Je crois être assez normal.

Même s’il ne se dit pas militant, il n’en est pas pour autant désengagé. Régulièrement, La Manif Pour Tous a utilisé sa musique sans lui demander son accord : « C’est le côté Moyen Âge de ma musique qui a dû leur plaire » twittait-il alors… A minima, mais quand même.

Et côté cœur ?

Je suis très mauvais séducteur, très maladroit, pataud, pas du tout expérimenté. Mais ma vie sentimentale va très bien ! Y’en a qui baisent pour réussir, moi j’ai réussi pour pouvoir serrer…
Je ne suis pas en couple, je ne suis jamais arrivé à rester assez longtemps avec quelqu’un pour envisager d’avoir des enfants… Je crois que je suis pas capable encore…

 

Dans l’horizon de Woodkid

Dans les thématiques très récentes de mon travail, j’ai envie d’explorer la misogynie ambiante, parce que j’ai très vite relié cela à l’homophobie. En quoi ce que quelqu’un fait serait interdit parce que c’est une femme, parce que c’est un gay… Quand on parle au féminin, même entre gays, entre passifs et actifs, la blague de fin c’est toujours un homme déguisé en femme, il y a une transphobie ambiante…  Et même de la part des femmes…

La chanson « Prince Johnny » de Saint Vincent qu’il choisit d’écouter « pose la question de qu’est-ce qu’être un garçon, et qu’est-ce qu’être une fille… des choses qui sont venues récemment dans mon travail »…

Ce siècle sera celui du genre, la grande question de laquelle tout découle…

Woodkid vient de sortir « I Will Fall for You », un clip pour lequel il a collaboré avec le chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui. Il travaille aujourd’hui à l’enregistrement d’un nouvel album.

Réécouter l’émission sur NOVA PLANET ici : http://www.novaplanet.com/radionova/bientot-dans-le-genre-de-dans-le-genre-de-woodkid

ads