Toujours aussi difficile de faire son coming-out au travail
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Toujours aussi difficile de faire son coming-out au travail


Alors que la Journée internationale de lutte contre l’homophobie a lieu mercredi 17 mai, une étude sur l’inclusion des jeunes LGBT dans la sphère professionnelle, menée par le Boston Consulting Group (BCG), a été rendue publique vendredi 12 mai.

S’assumer au travail, un frein à la réussite professionnelle ? Pour un jeune LGBT sur trois, la réponse est oui. Le Boston Consulting Group, un cabinet international de conseil en management, a mené l’enquête. Dans son baromètre annuel* dévoilé vendredi 12 mai,  le cabinet a mis en lumière la façon dont les jeunes LGBT français, allemands et britanniques perçoivent le coming-out au travail. C’est la première fois qu’une telle étude est menée dans trois pays différents, ce qui constitue un moyen efficace de cerner la position des entreprises françaises par rapport à celles de nos deux voisins européens.

Si la moitié des jeunes LGBT français estimait en 2015 que le coming-out en entreprise constituait un désavantage potentiel pour leur carrière, ils ne sont plus « que » un sur trois en 2017, soit une baisse de 20%. Une évolution positive de la perception qu’ont les jeunes LGBT des entreprises françaises, mais le chemin à parcourir est encore long. Et pour cause : 25% des Français sondés considèrent qu’être out dans son milieu professionnel constitue un avantage (c’est nettement mieux qu’en 2015 où ils n’étaient que 14%) contre 40% au Royaume-Uni et 46% en Allemagne. On est donc loin, très loin de nos voisins européens à ce sujet. De même, si un quart des Français estiment que les entreprises tricolores sont en avance sur leurs voisines européennes, ils sont 45% en Allemagne et 70% au Royaume-Uni.

L’étude révèle que, dans les trois pays confondus, un jeune LGBT sur cinq (20%) n’est pas out au travail. Une proportion quasi stable depuis le premier baromètre mais qui bénéficie d’une légère progression. La donnée est sensiblement la même au sein de la famille (20%) mais tombe à 5% lorsqu’il s’agit d’être dans le placard auprès de ses amis. Des résultats analysés par Gontran Bagard, le responsable du réseau LGBT du BCG à Paris :

Il est très encourageant de constater que les jeunes LGBT ont moins d’appréhension à assumer leur sexualité dans le cadre professionnel. Cependant, ils demeurent moins convaincus des bénéfices d’un coming-out en entreprise. Au BCG, nous pensons que l’important est avant tout que chacun puisse être lui-même au quotidien, sans être perturbé par des problèmes personnels.

La crainte du manager

L’étude fait également apparaître qu’il est nettement plus facile pour un jeune LGBT de s’assumer auprès de ses collègues. En revanche, c’est nettement moins le cas auprès des managers : les répondants français soulignent qu’ils ne sont pas sereins de répondre à des questions sur leur couple. De même, toujours en France, 25% des jeunes LGBT ont confié ne pas être à l’aise à l’idée de refuser un projet dans un pays où l’homosexualité est criminalisée. Une donnée qui, elle aussi, est en progression : ils étaient un peu plus de 33% en 2015 à assumer cette crainte.

La finance, bête noire des jeunes LGBT

Lorsque l’on s’intéresse à la perception des jeunes LGBT sur le fait de s’assumer dans le monde du travail en fonction des secteurs, la finance figure toujours en première place des domaines les plus hostiles. Si 50% des sondés affirment ne pas être prêts à assumer leur homosexualité dans l’industrie, ils sont près de 66% à être dans ce cas dans le milieu de la finance. Sans grande surprise, comme c’est le cas depuis la parution de ce baromètre, le secteur public ainsi que le domaine de la culture et des médias constituent les secteurs que l’on peut considérer comme les plus gay-friendly.

Au-delà d’établir une photographie intéressante de la perception qu’ont les jeunes LGBT du fait de s’assumer dans le milieu de l’entreprise, ce baromètre identifie les politiques de ressources humaines à mettre en place et à rendre visible pour mieux répondre aux attentes de ces jeunes. Les sondés ont été interrogés sur les outils à développer de façon prioritaires pour instaurer un climat LGBT-friendly dans l’entreprise. Voilà ce qu’attendent les jeunes en priorité de la part des entreprises :

  • Intégration aux valeurs de l’entreprise
  • Garantie de ne pas avoir à travailler dans un pays hostile aux LGBT
  • Égalité dans les avantages entre LGBT et hétérosexuels
  • Signature d’une charte

De la nécessité de s’afficher « pour »

Cette étude nous enseigne que si les jeunes LGBT confient avoir des réticences à faire leur coming-out en entreprise, il appartient en premier lieu à la structure d’exploiter les différents moyens disponibles pour instaurer un climat propice au fait de s’assumer. Comme l’a très justement développé la chroniqueuse Annie Khan dans une tribune pour Le Monde :

Il ne suffit pas de n’avoir « rien contre », comme on l’entend souvent. Mais qu’il leur faut aussi être « pour », ­afficher leur ouverture à la différence, aux homos – bi ou trans –, afin que ces derniers puissent travailler plus sereinement (…) Les entreprises qui ne le comprennent pas s’exposent à de gros risques. Celui de voir leur réputation mise à mal par les réseaux sociaux. Et ­celui de perdre des marchés dans le cas d’appels d’offres où les agences de notation sociales ont leur mot à dire. De quoi les inciter à évoluer. On peut en tout cas l’espérer. »

En somme, la balle est dans le camp des entreprises et une chose est sûre : les choses ont souvent tendance à bouger plus rapidement lorsque l’on touche au portefeuille.

 

*Baromètre réalisé une fois par an depuis maintenant trois ans sur les étudiants et diplômés LGBT et le monde du travail sous forme d’un questionnaire soumis à 1.636 répondants entre mars et avril 2017. 

 

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