4 ans de mariage pour tous : 4 gays nous racontent leur « grand jour » !
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4 ans de mariage pour tous : 4 gays nous racontent leur « grand jour » !


Pour eux, ce fût l’aboutissement d’un rêve, parfois semé d’embûches. Avoir l’amoureux, les moyens et le bon moment ne suffit parfois pas ! Voici comment s’est déroulé leur « grand jour » !

Vous avez dit « mariage gay » ? Christiane Taubira et Dominique Bertinotti ont porté la loi d’ouverture du mariage à tous les couples. Malgré une vague de protestation et la naissance de l’hydre « Manif pour tous », la loi fut adoptée le 23 avril 2013 par 331 voix pour et 225 contre (10 abstentions) en deuxième lecture à l’Assemblée nationale. Dans l’article 143, elle stipule : « Le mariage est contracté par deux personnes de sexe différent ou de même sexe. » Le 29 mai 2013, douze jours après la promulgation de la loi Taubira (17 mai, Journée internationale de lutte contre l’homophobie), Vincent Autin et Bruno Boileau ont échangé leur consentement à la mairie de Montpellier. Trois ans après, 25.900 unions entre personnes de même sexe étaient célébrées (environ 4 % de l’ensemble des mariages); à peu près 7.000 mariages entre hommes ou entre femmes de plus auraient depuis eu lieu. Cela revient à un total de plus de 65.000 personnes homosexuelles aujourd’hui unies par les liens du mariage (sans compter celles et ceux qui ont déjà divorcé !)…

 

Jean-Marie (et Fabien)

 

Nous nous sommes mariés le 13 juillet 2013. Très vite après le décret, nous pensions le faire en toute intimité mais nous nous sommes retrouvés avec 270 invités pour la réception et plus de 400 pour la cérémonie à la mairie de notre petit village où nous vivons depuis plus de 20 ans. Car ici, la Manif pour tous était très présente, encouragée par le maire de l’époque qui a fait partie des 6 maires ayant intenté un recours auprès du Conseil constitutionnel…. Ce fût son premier adjoint, un lointain cousin de mon mari, qui nous a uni pensant ainsi établir un putsch pour les élections suivantes… Mais lui non plus n’a pu se représenter ! Je suis aussi une « sœur de la perpétuelle indulgence » et Le Figaro s’en est donné à cœur joie… L’évêque a fait fermer l’église du village, ce fut un mariage sous haute protection policière. Folles de chez folles, nous nous sommes mariés tels que les gens nous connaissent : Fabien en bleu et moi en rose. Il y avait des personnes de toutes nationalités et de tous genres, de toutes classes sociales. La grande surprise fut les quelques 30 enfants habillés en blanc qui nous attendaient pour nous accompagner à la mairie. Nos connaissances s’étaient connectés pour nous faire cette surprise car nous sommes leurs tontons/tatas !

Au final nous avons été très soutenus et célébrés, j’ai pleuré plus de 3 heures mais nos invités se sont bien amusés au son du disco dans un château du XVIIIème siècle, une des familles aristo du coin nous ayant proposé de nous y recevoir….

Nos familles sont heureuses aussi car nous ne vivons plus dans le péché (sic.). Fort de tout ce tintamarre, la Manif pour tous a disparu de nos horizons et nous savons via des membres de leurs familles qu’un certains nombres de gars et de filles se sont unis en toute tranquillité dans ce Haut-Anjou si traditionnel ! Malgré pas mal de remarques de nos voisins, selon qui il ne nous manquerait plus que des enfants, nous ne souhaitons pas adopter jugeant que nous sommes hélas trop vieux pour cela…

 

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Nicolas (et Tony)

C’est un souvenir immense, chargé de beaucoup d’émotions et de joie. Un acte fort mais aussi militant à une époque où tout cela est parfois incompris. Le mariage, honoré par le maire de Nice en personne, a démontré une fois de plus combien il est important que la société moderne avance et surtout accepte. Nous vivons ensemble depuis 15 ans et n’avons plus grand chose à prouver. À titre personnel, c’est d’abord un engagement de la pensée, plus qu’un acte. Entouré de nos familles (presque) complètes, ce jour reste pour nous un marqueur important pour tout ce qu’il représente et pour les combats qui ont été menés pour l’obtenir.

Une célèbre émission de TF1 a souhaité nous associer à son programme vedette (Quatre mariage et une lune de miel) : nous n’avons hélas pas gagné mais sommes arrivés second et avons jusqu’à aujourd’hui conservé une réelle amitié avec le couple gagnant.

Aujourd’hui, notre vie de mariés se poursuit sagement avec en plus un petit bonhomme au milieu. Que demander de plus…

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Arnaud (et Christian)

En fait, nous ne voulions pas nous marier. Mais lorsque Christian a obtenu son poste au Japon, c’était la seule solution pour moi d’obtenir un visa afin d’y rester aussi longtemps que lui. Les anti-mariage ont tendance à ne voir que l’aspect « bourgeois » et symbolique, mais c’était une chance énorme pour nous, sinon cette aventure aurait été plus compliquée, je n’aurais pu être sur le territoire que 6 mois par an, faire des allers-retours…. On n’a donc pas réfléchi une seconde, on a demandé à deux amis d’être témoins (j’ai tout de même choisi un de mes meilleurs amis, histoire de mettre un peu de forme et de symbole) et zou… car il fallait faire vite. Hasard du calendrier, c’était le 23 avril, un an après le vote de la loi.

Au Japon, cela surprend certaines personnes, qui parfois mettent un peu de temps à comprendre, mais ils en rient eux-mêmes. Un employé de la sécurité sociale locale m’a dit que… c’était trop compliqué pour lui. Par défaut, on dit plutôt qu’on est partners, les gens ont plus l’habitude. Le résultat, c’est que les gays étrangers ont plus de droit que les gays japonais ! (Bon, relativisons, je n’ai pas le même visa que si j’étais sa femme…).
En tout cas, le mariage pour tous a eu un impact indéniable sur ma vie.

 

Johnny et Grégory

Nous sommes Johnny (32 ans) et Gregory (44 ans), nous sommes ensemble depuis 11 ans et mariés depuis presque un an aujourd’hui. Nous habitons en Gironde, près de Bordeaux, mais mon mari voulait se marier en Charente-Maritime, la région où vivent encore ses parents et celle de son enfance. Alors nous avons décidé de joindre l’utile à l’agréable, quitte à se marier là-bas, autant qu’on le fasse sur la plage ! Je vous épargne les interminables préparatifs, les prises de têtes (il en faut toujours un peu)… Gérer un mariage à distance n’est pas une chose facile, je vous le promets ! Nous avions loué et privatisé un centre de vacances sur l’Île d’Oléron, directement sur la plage, pour que tout le monde dorme sur place, le top ! Nous devions donc tout emmener là bas : déco, sono, gâteaux (étant pâtissiers, nous ne voulions pas que quelqu’un d’autre s’en occupe).  La veille du départ, ma voiture nous lâche, il nous restait celle de mon mari et celle de ma témoin : passer d’un break à une Clio n’a pas été facile pour tout caser ! Mais une fois la voiture chargée et ma super témoin, coincée entre une fontaine à punch et un projecteur, c’était parti !

La mairie s’est déroulée sans problème et la cérémonie laïque sur la plage était sublime. Beaucoup de choses nous ont amusés, entre les personnes qui n’ont pas osées nous envoyer de fleurs car pour deux hommes « c’est pas top  » ! Nos amis hommes hétéros s’étaient entraînés à nous faire une chorégraphie et un striptease sur YMCA : fous rires garantis. Rien de tout ça n’aurait pu arriver sans nos 4 témoins qui ont été formidables de bout en bout.

Aujourd’hui on savoure chaque jour le fait d’être marié l’un à l’autre, de pouvoir dire avec fierté que « oui, c’est mon mari  » et on pense déjà à la fête mémorable qu’il va falloir organiser pour nos 10 ans de mariage !

 

Couverture : Crédit photo Zum Artikel/swr.de

 

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