Ces expressions étrangères pour parler d’homosexualité sont étonnantes
Culture

Ces expressions étrangères pour parler d’homosexualité sont étonnantes


En français, quand on veut « qualifier » les homosexuels, la langue est fleurie. Un peu trop verte même, souvent. On les ramène soit à des femmes, des prostituées, ou des déviants sexuels. Et ailleurs ?

Gay ?

Aux États-Unis, les jeunes s’exclament « It’s so gay » pour critiquer un pantalon trop fashion, une réaction trop émotive ou un sandwich au goût trop sophistiqué. C’est devenu une insulte. Sans trop comprendre le côté homophobe de leur expression…

Au XVIIème siècle, le mot gay signifie joyeux, comme en français, mais aussi insouciant, immoral, adonné au plaisir. Toujours à la même époque, c’est un mot d’argot pour « pénis ». Au XIXème, to gay signifie « baiser ». Et de fait, une gayhouse est un bordel. Dans les années 1890, gaycat signifie vagabond. Plus précisément : un vagabond débutant, un jeune qui rejoint la zone. Dans les cambriolages, les gaycats faisaient le guet pendant que les durs agissaient. Au repos, ils servaient de femelles aux anciens… dans le sens que vous imaginez ! Ces mœurs grossières « homo-sexualisent » le mot et lui donnent sa signification moderne. Le terme commence à être utilisé en référence aux relations entre personnes de même sexe vers 1947, faisant la différence avec le terme trop médical d’homosexualité, inventé vers 1848. Progressivement, gay en est venu à être utilisé comme adjectif et parfois comme nom, en rapport aux personnes, aux pratiques et à la culture associées à ladite l’homosexualité.

Gay vous semble réducteur ? Pas de panique, il y a une multitude de synonymes à « homosexuel », en français aussi :

Il est de la fanfare, il est de Montauban ou de la jaquette ou de la Machette, pédé comme un foc (la voile arrière d’un bateau, pas l’animal), c’est un Achrien , un Androphile, un Bardache, un Bougre, un Corydon ou même un Évêque de Clogher, Un Philopède, un Socratique, un Truqueur, un Uraniste ou même un Unisexuel …

Vous avez le choix du roi (ou de la queen) pour vous déterminer si ni homo, ni gay, ni pédé ne vous conviennent…

Un panorama très exhaustif de ces expressions est détaillé dans le livre : Espadons, mignons et autres monstres, vocabulaire de l’homosexualité masculine sous l’Ancien Régime (Jean-Luc Hennig, éd. du Cherche Midi)… Les « frères, bardaches, Ganymèdes, fols et extravagants » recensés dans de très nombreux textes anciens n’auront plus de secrets pour vous !

Pédé est-il une insulte ?

Les injures homophobes ne prennent pas une ride : on utilise les mêmes depuis plus d’un siècle, et elles viennent bien souvent d’expressions datant du Moyen Âge. Non pas parce que le style des homophobes est le reflet d’une créativité atemporelle venue du fond des âges, mais simplement parce que les obsessions des homophobes à l’égard des homosexuels n’ont pas bougé d’un iota depuis des siècles.

L’insulte la plus répandue à l’encontre des hommes homosexuels est le mot pédé, version courte de pédéraste, mot désignant un homme qui a des relations sexuelles avec de jeunes garçons, dans la Grèce antique. Apparu en langue française au XVIe siècle au sens d’« amour des garçons », c’est au XIXe siècle que le terme de pédéraste se diffuse plus largement en prenant la valeur erronée d’« homosexuel ». Aujourd’hui l’homosexualité est légale, la pédophilie illégale. La pédérastie est autre chose : historiquement révolue et culturellement étrangère à nos us et coutumes.

Le diminutif pédé apparaît quant à lui vers 1836, suivi de sa féminisation pédale afin d’accentuation davantage sa signification dépréciative vers 1935, puis pédoque en 1953 2 et péd’ en 1972. Le mépris porté à des choses manquant de virilité se déporte automatiquement vers cette expression « c’est pas un truc de pédé » ou, « on n’est pas des pédés »…

L’injure, aujourd’hui banalisée à force d’avoir été entendue, est reprise par les homosexuels eux-mêmes (dans le titre du film Pédale douce par exemple…) pour se la réapproprier de façon ironique, même si l’usage de cette insulte est passible de condamnation…

Oui, le mot pédé est donc toujours une insulte (et l’homophobie passible d’amende pouvant aller jusque 50.000 € et jusqu’à un an de prison avec sursis) même si elle est devenue très banale. Et revendiquée par de fiers homosexuels.

 

Et ailleurs, comment surnomme-t-on des homosexuels ?

Aux États-Unis :

On dit « Gay comme un geai » (Gay as a jay bird) ou « Gay comme une trompette » (Gay as a trumpet).

On est pas loin de l’expression « gai comme un pinson » en français, qui n’a pas de lien avec l’homosexualité, mais juste avec le bonheur. Le glissement entre les langues explique cette parenté…

En Angleterre :

On dit « Pédé comme une rangée de tentes » (Camp as a row of tents).

Il y a un jeu de mots avec « Camp » déjà, qui en anglais veut à la fois dire « un campement » et qualifie aussi les homos (cf. humour camp, qui est un humour queer et décalé). Alignés comme une rangée de tentes… on n’a pas d’explication logique, si ce n’est le côté « rang d’oignon »…

En Angleterre, on dit aussi :

« Aussi tordu qu’un billet de neuf shillings » (As bent as a nine-bob note)

« Aussi courbé que la jambe arrière d’un chien » (As bent as a dog’s hind leg)

« Aussi bizarre qu’un billet de 2 livres » (As queer as a £2 note)

Tordu, courbé, bizarre, on a toujours considéré l’homo comme un « déviant », en marge, en décalage, mais parce que c’est surtout à cause de l’hétérosexualité des personnes qui ont inventé ces expressions, incapables de penser l’homosexualité en termes positifs.

En Espagne :

On dit « Pédé comme un canard » (Maricón como un pato).

Allez savoir pourquoi les canards, qui ne sont pas plus gays que les pinsons, sont affublés de ce qualificatif. En fait, en espagnol pato signifie aussi quelqu’un de négatif, sans grâce, risible. C’est par connexion avec son autre sens que les gens pensent maintenant dire pato dans le sens du canard… Alors que c’est à la base très injurieux.

Et aussi :

On dit « Plus pédé qu’un pigeon boiteux… » (Más maricon que un palomo cojo).

C’est une référence un peu grossière à la façon de marcher parfois un peu appuyé de certains garçons, mais c’est également un peu dépréciatif.

En Argentine :

On dit « Être plus pédé que les volailles » (Ser más puto que las gallinas).

Là aussi, on est parti du mot pato, proche de puto, pour désigner les homosexuels. On a mélangé le tout avec les volatiles et hop, nous voilà encore qualifiés de galinacées.

Au Pays-Bas :

On dit « C’est une véritable cousine » (Hij is een echte nicht)

C’est très proche de notre français « c’est une tante ». Cette façon de désigner un homosexuel apparaît au XIXème siècle dans le vocabulaire des prisons. Il désigne alors un homme qui accepte des relations homosexuelles pour de l’argent. Le terme est néanmoins affectueux, familial, presque intime… Tout comme le mot tapette, qui semblerait être la féminisation de tapin, c’est la présomption qu’on ne peut être homosexuel que par autre intérêt que pur plaisir, ou identité.

Au Canada (Québec) :

On dit « Un senteux de pet » (on ne rentre pas dans les détails) pour qualifier un « fif » (abréviation de fifille – dit de façon péjorative).

Les insultes comme « folle », « fiotte » ou « tante » sont donc à la fois homophobes et sexistes : elles sous-entendent que les hommes homosexuels seraient en fait des femmes, et par là, sous-entendent aussi qu’il est honteux d’être une femme.

 

 

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« Make America Gay Again » : au sommaire du magazine TÊTU n°214

  • Ricardo Fernandes

    Plus pédé que moi !

  • Fanfan 16

    Article très intéressant que je me permets de compléter. En russe, les homosexuels sont appelés голубые (goloubye), ce qui signifie « les bleus ». L’origine de cette expression est incertaine. Une théorie dit qu’elle provient du français « sang bleu », qui désigne les aristocrates, parmi lesquels ce penchant paraissait répandu. Selon une autre, elle serait dérivée de мой голубь, « mon pigeon », petit nom tendre que les homos russes se donnent entre eux.

  • G Lang

    Bonjour, j’ai posé la question à deux amies, l’une Espagnole et l’autre Mexicaine, elles connaissent « Más maricon que un palomo cojo » mais n’ont jamais entendu « Maricón como un pato ». En cherchant un peu j’ai l’impression que pato est plutôt utilisé en Amérique du Sud comme synonyme de « gay », « homme effeminé » ou ,comme vous le dites dans l’article, « canard boiteux » de façon assez injurieuse. Cependant l’expression toute faite, impossible de la trouver. Vous confirmez?

  • Helene Hazera

    chevalier de la manchette, ma tante turlurlu, race d’ep… follasse, et en allemagne et en suède et en pologne et en russe et en arabe (artai) et en chinois ( »manche coupée)…

  • Helene Hazera

    et les gouines, les gousses, les goudous,

  • Pierre Morin

    Désolé de vous contredire, mais le foc, c’est la voile devant le mât d’un bateau et non derrière qui elle, est la grand-voile.

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