Sexo/Psycho

"Nudes" : un court métrage sur l'importance de se photographier nu


Le « selfie nu » est-il une arme d’acceptation de son propre corps ? À force de se prendre en photo, change-t-on l’image qu’on a de ce véhicule, jamais assez apprécié dans le regard des autres ?

Le nude (photo de soi-même, mais nuE) est-il un art, une thérapie même, qui permet de se donner du pouvoir au quotidien, face à la pression des normes et des conventions ? Le cinéaste Maxime Grandjean vient de poster un court-métrage sur YouTube où des personnages apprennent à s’aimer un peu plus grâce à leurs appareils photos. Nus.

Nous lui avons demandé de nous expliquer sa démarche.

TÊTU : Qui es-tu et de quel univers viens-tu ?
Je m’appelle Maxime, je suis vidéaste sur Youtube depuis 2013 et je réalise des courts métrages sur des thèmes comme l’acceptation de soi, de son corps, la lutte contre le harcèlement scolaire ou celle des droits LGBT.
Qu’as-tu fait avant ce film-là ? 
J’ai fait du cadrage vidéo pour plusieurs vidéastes (Hardisk, Mr Yéyé). En 2015, j’ai publié mon premier court métrage, Sans Honte, avec des images de la Gay Pride de Paris. J’ai continué à faire de petits courts métrages en solo avant de vouloir aller plus loin et de commencer à travailler avec une équipe qui m’aide sur chaque projet (pour la musique, le son, l’organisation, etc.), d’abord pour Papa avec Victor Bonnefoy (Inthepanda) puis pour Nudes.
Pourquoi ce sujet t’intéresse-t-il particulièrement (personnellement ?) ?
Pour répondre sans tabou, les nudes j’en fait depuis que je suis ado. Ça m’a énormément aidé à une période de ma vie où j’étais complexé déjà par mon corps et ensuite par mon orientation sexuelle. Ça m’a par exemple aidé à accepter mon torse qui a gardé des marques d’une opération de naissance au cœur. J’ai écrit sur les nudes car c’est comme le harcèlement scolaire, c’est quelque chose que j’ai vécu et donc sur lequel j’ai un ressenti et une opinion. Mon prochain court métrage traitera d’un sujet beaucoup plus sombre mais que j’ai besoin de raconter…
Pourquoi avoir choisi ces personnes pour tourner dans la film ? 
Le projet devait se faire à la base avec Andrew Grey (ndlr : youtubeur gay dont nous parlions ici) seulement. Mais rapidement le projet a évolué et l’envie de ne pas montrer qu’un seul protagoniste et son expérience des nudes mais plusieurs personnages avec chacun son histoire est devenu essentiel. J’ai proposé le projet à Pouhiou et Yéyé Liquini, deux vidéastes que je connais depuis longtemps et avec qui j’avais une envie folle de travailler. Adèle Labo et Mawi ont rejoint le projet ensuite. Ils pouvaient tous apporter quelque chose simplement par ce que raconte leur corps, leur visage. Sans un mot, ils pouvaient se raconter à l’image et j’ai écrit une histoire pour chacun d’eux.
Qui a écrit le texte ? Que voulais-tu dire avec ce texte avant tout ? 
J’ai écrit le texte sur le tournage avec Pouhiou, je me suis isolé dans une chambre avec un paquet de clopes et j’en suis ressorti une heure plus tard avec le texte fini et le paquet vide. Je voulais exprimer mon ressenti de ce que peuvent apporter les nudes, de ce que ça m’a apporté, et essayé de briser ce tabou qui entoure le sujet et qui n’a pas lieu d’être. Aujourd’hui tout le monde a un téléphone donc tout le monde peut faire des nudes, nos collègues de travail, notre boulangère et même nos mamans. Il ne faut pas en nier l’existence et dénigrer ceux qui en font pour le plaisir, dans le cadre d’un jeu photographique entre deux personnes ou tout simplement parce que ça peut leur apporter quelque chose.
Comment s’est déroulé le tournage ?
Le plus compliqué c’est que chaque acteur se trouvait à un endroit différent en France et il fallait tourner quand ils étaient disponibles. Cinq tournages sur plus d’un mois et demi, à Amiens, à Toulouse ou à Lille pour pouvoir tout filmer. C’est le plus dur quand on fait un film chorale comme ceux de Cédric Klapisch par exemple, vous devez être patient, saisir les disponibilités de chacun et surtout être sûr de votre histoire alors que vous en racontez cinq en même temps.
Certaines conditions étaient-elles nécessaires ? 
Le plus important pour moi c’était de travailler sans équipe technique pour que chacun soit le plus naturel à l’écran. Il n’y avait que l’acteur et moi pour chaque tournage, pas d’assistant réalisateur ni même de preneur de son sur les décors. Même si on lui trouve des ancêtres dans la peinture, le nude est maintenant principalement lié à la photographie et c’est ce que je voulais retrouver : ce lien entre une personne et un objectif. Ça a rendu les choses compliquées pour la post-production. Vu qu’il n’y avait pas de prise de son,  Nicolas Martigne (mon sound designer) a dû créer absolument chaque son pour accompagner la voix et la musique. Il a l’habitude avec moi mais c’était sûrement notre plus gros travail ensemble jusqu’ici.

CertainEs ont-ils eu du mal à se dénuder ? À s’assumer devant la caméra ? Andrew Grey dit qu’il avait vraiment repoussé ses propres limites… 
C’était vraiment ma peur. Les tournages d’Andrew et de Mawi étaient d’ailleurs pensés de la même manière : d’abord des plans en sous vêtements pour qu’ils s’habituent à la caméra, puis on passait aux plans nus. Pour Yéyé ou Pouhiou, ils étaient nus dès la première scène. J’ai bombardé certains acteurs de textos après leur tournage pour être sûr que pour eux ça s’était bien passé… mais qu’un acteur soit nu ou pas, je suis comme ça à chaque projet. Chacun a dû jouer avec une énorme caméra le filmant dans son intimité et c’était donc le rapport de confiance avec l’acteur qui était la clé.
N’as tu pas peur d’encourager les jeunes à s’envoyer des nudes et qu’ils/elles le regrettent plus tard ? Qu’on s’en serve contre eux par exemple ? Autrement dit, le message de la vidéo n’est il pas un peu trop positif ?
Franchement je ne penses pas. Envoyer des nudes repose sur deux bases essentielles : c’est une question de confiance et surtout c’est un choix. Tu peux tout à fait en penser du bien sans avoir envie d’en faire. C’est un outil qui fait quasiment partie intégrante de notre société, que certains découvrent parfois jeune parfois plus tard, et dont il faut comprendre les mécanismes. Savoir que la personne à qui on les envoie et l’endroit où on les publie (Twitter, Tumblr, etc.) sont des choix importants à toujours peser. Ça peut amener du positif comme du très négatif.
J’ai bien conscience que les nudes peuvent être utilisés à des fins détournées comme le slutshaming ou l’humiliation, qu’ils peuvent par exemple devenir un outil de harcèlement scolaire, mais tout ne pouvait pas être traité dans un seul court métrage. J’ai voulu parler de ce que ça peut apporter sur l’acception du corps, un autre parlera un jour de ce que ça apporte dans un cadre purement sexuel. Cyrus North a d’ailleurs fait une vidéo pour parler du consentement, du cas des dick pics, etc. Ce court métrage c’est ma petite pierre à l’édifice.
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