Témoignages

"Être ouvertement gay est une force en politique", défend Patrick Comoy, candidat aux législatives


Qui a dit que la visibilité politique renvoyait au placard ? Les législatives à l’horizon, TÊTU a rencontré Patrick Comoy, activiste LGBTI devenu candidat Insoumis dans le Paris conservateur.

Patrick Comoy se présente dans la 1ère circonscription parisienne, laquelle englobe les deux premiers arrondissements, ainsi que le 8ème et le 9ème. Les mêmes lieux qui abritent Sens Commun, s’inquiète-t-il, mais aussi ceux qui ont accueilli 12% de vote Insoumis aux dernières élections. C’est pourtant tout près de Pigalle que l’on se donne rendez-vous, près de son domicile. L’homme qui a migré du ministère de la Culture à celui des Affaires étrangères accuse tout juste la quarantaine mais son visage n’a gardé que la trace des deux premières décennies. L’âge qui coïncide à ses premiers pas dans l’univers militant, lorsque durant les années 1990 il est des premières associations LGBT qui naissent à HEC (In&Out) puis à Science Po (Mousse).

À ce moment-là, le coming-out était vraiment un enjeu de visibilité: : un enjeu personnel très lourd et un enjeu politique car rien que le fait de dire de dire “bah oui, la même personne, dans la même école, est pédé, lesbienne, bi…” Ça forçait tout le monde à changer. C’était transformateur de soi mais aussi des univers dans lesquels on se trouvait.

Avec des amis, il crée aussi l’inter associative LGBT Moules-Frites et fréquente rapidement les premiers d’Act Up-Paris et de l’inter-LGBT qui porte encore le nom de Lesbian & Gay Pride Île-de-France. Patrick, militant, défile aux Marche des fiertés et brandit des cartons dans les manifs. En 2012, il se retrouve, un peu par hasard et par amitié, à tracter pour Jean-Luc Mélenchon avec un ancien d’Act Up; il a succombé aux charmes du plébéien lors de son discours aux Folies Bergères la même année :

À l’époque, le sujet qui surplombait tout c’était le mariage et cette idée d’égalité, mais Mélenchon est parti de la situation des trans. Il n’a pas emprunté le prisme des mêmes droits mais de l’émancipation. C’est disposer de soi-même, comme pour le droit à l’avortement. Ce n’est pas à la société, aux autres ou à l’état de dire pour elle, mieux qu’elle, qui elle est. Et ça avait ramassé tout le monde.

Pousser les murs

Adhérent au Parti de Gauche, Patrick Comoy suit son leader dans la France Insoumise, et participe à l’élaboration du livret culture et sa promesse de gratuité des musées pour tous chaque dimanche lors de la campagne présidentielle de 2017. Il devine l’importance de son « passé et présent militant » dans son investiture de la France insoumise « parce qu’en venant de l’ENA je n’incarne pas tellement le renouvellement ! » La semaine passée, il tractait dans la rue des Martyrs avec sa suppléante Camille Alava, dont ni l’un ni l’autre n’a le visage imprimé sur leurs flyers. La figure et la verve de Jean-Luc Mélenchon se dessinent sur les tracts comme dans l’argumentaire du candidat, fier de rappeler que c’est l’homme de gauche qui a proposé une première version du contrat d’union civile (CUCS) en 1990, que L’Avenir en commun est le seul programme à s’intéresser aux droits des intersexes, à vouloir écrire dans la Constitution la non-discrimination en fonction du genre et du mode de naissance, et instaurer le changement d’état civil libre et gratuit en mairie. Il est tout aussi volubile quand il défend la révolution citoyenne, le changement des institutions, et la « remise en cause de deux milles ans de droit romain » en érigeant la filiation par reconnaissance, celle du projet parental et de l’intention, comme mode normal de filiation.

 

Patrick Comoy candidat insoumis
Patrick Comoy et Camille Alava – ©Facebook

 

Des influences act up-piennes, Patrick a gardé l’envie d’utiliser des images positives pour bousculer efficacement, l’idée de faire des happening devant la cour de l’Elysée, d’organiser une journée des poussettes LGBT, de ne pas se contenter des jolies phrases des stars, « mais de dire : moi je suis lesbienne, dans 5 ans c’est la ménopause donc la PMA c’est maintenant. »

Il y a cinq ans, il rejoint le collectif Oui Oui Oui né d’un sitting qui s’était installé face à la Manif pour tous pour emmerder les familles bleu-blanc-rose et occuper le terrain médiatique pris d’assaut par Frigide Barjot. Beaucoup de femmes venues du collectif féministe La Barbe, de l’équipe de foot lesbienne des Dégommeuses ou des anciennes fêtardes du Pulp y militent. Patrick fait partie des quelques hommes à porter lui aussi tous ses efforts sur l’ouverture de la PMA, qu’il voit déjà oubliée des débats parlementaires, et les droits des trans :

Je pense que c’est essentiel d’être un bon allié. D’être un pédé qui reconnaît que le sujet là c’est pas le droit des pédés ou même des homos mais les droits des trans. D’être un allié loyal et – c’est pas évident parce que c’est pas dans la culture militante – de savoir fermer sa gueule. D’être là mais c’est la lesbienne qui parle. C’est à ça que sert le collectif.

« C’est beaucoup plus simple d’aller au devant des électeurs en disant : bah oui, je suis gay »

Opposé à la frilosité du PS devant le QG duquel il a manifesté pour défendre ces mêmes droits, mais surtout à la France du vieux monde. Un an après le passage de la loi Taubira, il se présentait déjà dans des rues conquises à la droite et aux autocollants de la Manif pour tous pour les municipales du 8ème arrondissement de Paris. Au marché des Batignolles, il interpelle le candidat de la droite mais une militante se mêle à la discussion et assène à Patrick : « si vous voulez vous marier, vous n’avez qu’à épouser votre chien. »

Faisant mauvaise fortune bon cœur, Patrick affiche clairement ses couleurs de militant LGBTI dans ses prises de position, lors de ses tractages, dans ses vidéos de campagne. Selon lui, « être out c’est une force en politique. Pas dans le sens où ça me rapporte des voix, mais dans le sens où je suis en accord avec moi-même. Être député c’est représenter tout le peuple français, ça suppose d’être au clair avec soi-même. De savoir pourquoi j’y vais, pourquoi je m’engage. C’est beaucoup plus simple d’aller au devant des électeurs en disant : bah oui, je suis gay, je peux vous en parler. C’est aussi beaucoup plus simple avec les militants ou encore les collègues. »

Le Parisien reste pragmatique. Il sait les risques à être injustement accusé d’opportunisme politique et, à l’opposé, d’être réduit à l’étiquette de candidat gay. Il regarde, amer, comment les engagements de Sergio Coronado ont été restreint au mariage pour tous. Mais estime les aînés qui se sont mouillés avant lui.

Qu’est-ce qu’on peut, dans une vie, changer à la situation politique de son pays ? Pas grand chose. Par rapport à Bertrand Delanoë par exemple, et même si je suis en désaccord avec lui, je me rappelle très bien ce que ça fait d’être un jeune pédé et de voir un type passer à la télévision aux heures de grande écoute dire “je suis candidat à la mairie de Paris et je suis gay.” À l’époque ça faisait une différence. C’était important.

 

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« Make America Gay Again » : au sommaire du magazine TÊTU n°214

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