Urgence Tchétchénie :
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Urgence Tchétchénie : "Le premier réfugié gay va bien, il est arrivé en famille d'accueil"


Lundi 29 mai, l’Hexagone a accueilli un premier réfugié tchétchène, pourchassé car homosexuel. En France, c’est SOS homophobie et Urgence Tchétchénie qui ont accompagné son arrivée sur le territoire. Guillaume Mélanie, à l’origine de ce jeune collectif, et Benjamin Gauthier, un autre bénévole, nous ont raconté leur rencontre avec celui qu’ils ont baptisé Azamat pour garantir sa sécurité.

Urgence Tchétchénie Guillaume Mélanie Benjamin Gauthier premier réfugié

« La séparation a été très difficile », nous confient chacun Benjamin Gauthier (à gauche) et Guillaume Mélanie (à droite). Mardi, ils ont accueilli le premier exfiltré tchétchène accueilli par la France après avoir formulé une demande de visa d’asile. Ils ont servi de relais depuis l’aéroport Charles de Gaulle jusqu’à sa famille d’accueil. Pourtant, Urgence Tchétchénie est née il y a trois semaines seulement. Guillaume Mélanie, comédien et metteur en scène, a lancé la page Facebook, avec Benjamin et leurs amis issus du théâtre et la musique : Patxi Garat, Cédric Moreau et Camille Cottin devenue marraine avec Vincent Dedienne, parrain du mouvement. On apprend par l’intermédiaire des deux hommes le parcours de cet étudiant tchétchène d’une vingtaine d’année :

Un jour, la police l’a appelé pour venir identifier un corps parce que son numéro se trouvait soi-disant dans le téléphone de la victime. Ils l’ont emmené dans une sorte de forteresse, ce sont ces mots, qui ne correspond pas à un commissariat habituel, et ils l’ont interrogé. Lui, par précaution, s’était procuré le téléphone d’un ami hétéro pour cacher ses relations avec un groupe LGBT clandestin à Moscou. Il est finalement rentré chez lui, mais le lendemain, alors qu’il était en bas de chez lui avec des amis, une troupe d’hommes en uniforme noir est arrivée, et à commencer à vérifier les téléphones. Il savait qu’il était foutu.

C’est en s’écartant millimètre par millimètre, et en profitant d’un moment d’inattention qu’Azamat a saisi l’opportunité de s’enfuir en courant, et de se réfugier chez l’ami le plus proche en prétextant, pour ne pas être dénoncé par ce dernier, qu’il est soupçonné de terrorisme.

« Car en Tchétchénie, il est préférable d’être un terroriste, car contrairement aux homosexuels, la faute est individuelle donc la honte ne s’abat pas sur la famille, mais en plus ça donne le droit à un procès. Or les homosexuels eux, n’ont aucun droit », souligne Benjamin Gauthier. Lui a pris le train avec Azamat pour l’accompagner retrouver sa famille d’accueil. Ce dernier lui a montré une vidéo présentant deux hommes nus, tirée d’une caméra surveillance dans une chambre d’hôtel piégée, un type de manipulation utilisé par les autorités pour faire pression sur les homosexuels mais aussi dans le cas d’adultères. « Ils filment, puis ils diffusent, et ils obligent la famille à tuer eux-même la personne pour se laver de la honte », lui a raconté Azamat.

« On est tombé sur quelqu’un de très fort et d’extrêmement brillant »

Grâce à son ami chez qui il s’est caché, Azamat a réussi à rejoindre Moscou et, grâce aux activistes sur place, à faire une demande de visa. C’est à ce moment-là que SOS homophobie a été alerté.

Une femme russe, lesbienne, fraîchement arrivée en France et connaissant les militants moscovites nous a contactés parce qu’elle cherchait un logement d’accueil pour ce demandeur d’asile. C’est là qu’on a récupéré le destin d’un homme.

SOS homophobie paye le billet d’Azamat pour Paris et Urgence Tchétchénie part le chercher à l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle, mais celui-ci est transféré en zone d’attente pour personnes en instance (ZAPI) et retenu, malgré tous les documents nécessaires et des papiers d’identité en ordre.

Il est peut-être tombé sur un fonctionnaire de police un peu trop zélé. Peut-être qu’il a eu l’air un peu suspect sans le vouloir parce qu’il est terrorisé par l’uniforme… C’est terrible parce qu’il est parti libre de Russie, recherché mais libre, et il arrive et on l’enferme.

Grâce à la cheffe de cabinet et la conseillère diplomatique à la mairie de Paris, à Ian Brossat, à la directrice de cabinet d’Anne Hidalgo et à l’ambassadeur des droits de l’Homme, la situation est finalement débloquée en 24 heures et toute l’équipe d’Urgence Tchétchénie se réunit pour accueillir Azamat dans une chambre d’hôtel, et l’« entourer de tendresse et de calme »; c’est ici qu’il recevra les équipes du Quotidien de Yann Barthès, et qu’il répondra aux questions d’Hugo Clément.

« On est tombé sur quelqu’un de très digne, de très fort et d’extrêmement brillant, féru de littérature, poursuit Guillaume, il faisait des études supérieures en Tchétchénie, il avait situation convenable et n’était pas en manque d’argent. Il n’avait aucune envie de quitter son pays, son seul défaut c’était d’aimer les garçons et pas les femmes. »

La troupe de comédien lui fait visiter Paris accompagnés d’une traductrice russe, bénévole elle aussi, avant son départ pour sa famille d’accueil, un travailleur social russophone, impatient de lui venir en aide selon l’association. « Il veut apprendre le français parce qu’il a peur d’être exclu, il a peur d’être seul, confie de son côté Benjamin, mais il arrive à plaisanter, il va bien et il est entouré.”

« Ça nous a un peu dépassé, admet de son côté Guillaume, ça a été une telle leçon de dignité, d’humanité et de courage. » Le jeune équipe cherche désormais un moyen de simplifier toutes les procédures qu’elle a affronté. Aujourd’hui, les demandes de visas vers la France arrivent malheureusement au compte-goutte car les personnes en danger doivent préalablement atteindre la Russie.

Et maintenant on fait quoi ?

Azamat a ouvert la voie. Urgence Tchétchénie organise un concert au Palace à Paris lundi 19 juin 2017 pour récolter des fonds. Le line-up ne cesse de s’allonger mais l’association appelle tout artiste à se joindre à l’effort avec Camille Cottin et Vincent Dedienne, Amanda Lear, Vincent Delerm, Julie Zenatti, Alex Beaupain, Jeanne Balibar, Camille Chamoux, Christophe Willem, Benjamin Siksou et Joyce Jonathan.

Tous les bénéfices seront utilisés pour financer les billets d’avion et de train, les nuits d’hôtel, les vivres et des produits de première nécessité aux réfugiés.

Il est également possible de faire un don par chèque à l’attention d’Urgence Tchétchénie au 30 avenue Mathurin-Moreau, 75019, Paris (ordre Urgence Tchétchénie).

Pour être famille d’accueil, envoyez un mail à urgence.tchetchenie@gmail.com en précisant votre ville, la durée et la situation d’hébergement (lit, chambre, dépendance…) possible.

 

Retrouvez TÊTU en kiosque :

« Make America Gay Again » : au sommaire du magazine TÊTU n°214

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