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"Par ma simple candidature, je milite", estime Hélène Hardy, candidate transgenre aux législatives


Rencontre avec Hélène Hardy, la première femme transgenre candidate aux législatives dans le Nord, pour le Parti Europe Écologie-Les Verts.

Elle est la première femme transgenre à se présenter aux élections législatives, dix ans après la candidature communiste de Camille Barré, première candidate trans à ces élections, dans les Hauts-de-Seine. À 64 ans, Hélène Hardy est candidate dans la 2e circonscription du Nord sous l’étiquette d’Europe Écologie-Les Verts, dans un fief historiquement acquis au Parti socialiste.

Cela fait 50 ans qu’Hélène Hardy est impliquée dans la vie politique de son département. Celle qui a dirigé la Mission locale de Villeneuve d’Ascq, près de Lille, depuis 1990 jusqu’à son départ à la retraite il y a six mois, n’a assumé sa transidentité que tardivement, à l’âge de 55 ans.

Se montrer

Si la candidate EELV a toujours été très active dans les mouvements politiques d’extrême gauche et a fait de la lutte contre l’exclusion professionnelle et sociale son cheval de bataille, la défense des droits des personnes LGBTI n’a pas toujours été au cœur de ses combats. Depuis son coming-out, outre sa participation à la création d’une association dédiée aux personnes trans dans le Nord, Hélène Hardy explique avoir eu peu de temps jusqu’à présent, entre sa vie professionnelle et sa vie de militante contre les inégalités, pour s’investir dans la défense des droits des personnes LGBTI. Mais aux yeux de cette écologiste de la première heure, sa candidature aux législatives incarne une forme de militantisme :

Quand il a été question de savoir qui serait candidat, plusieurs personnes se sont tournées vers moi et ont souligné que ma transidentité constituait une raison de l’être. Je ne suis pas la candidate transgenre qui ne s’occupe que de ça mais cela sert la cause transgenre. C’est un peu facile à dire mais par ma simple candidature, je milite.

Facile à dire, peut-être. À faire, nettement moins. Une candidature comme celle d’Hélène Hardy constitue un acte courageux tant la transphobie demeure encore très présente aujourd’hui dans notre société.

Je me suis dit « Il faut que je me montre ». Mon militantisme s’est construit sur le fait que la première envie d’une personne transgenre est d’être reconnue comme une personne normale et d’être invisible. Mais il faut que les gens comprennent qu’il y a des individus cisgenres et des individus transgenres. Le combat consiste à l’expliquer à la société et ainsi qu’elle accepte l’existence de la transidentité. Pour cela, il faut donc faire tout l’inverse de la recherche de l’invisibilité, à savoir se montrer pour que ça devienne banal.

Faire face

Dès lors, Hélène Hardy a estimé qu’en se portant candidate aux législatives, elle ne pouvait pas mieux répondre à cette exigence de “se montrer”. Elle mène sa campagne en assumant fièrement sa transidentité, sans pour autant en faire un argument mais simplement pour participer au processus de banalisation.

Partout où je vais, dans toutes les situations, j’assume totalement le fait que je suis une femme transgenre, ça ne me gêne plus de le dire. Je pense que c’est un vrai combat à mener et qui me concerne très directement, même si j’essaye de ne pas être réduite qu’à ça. Sur les marchés où je distribue ma profession de foi, plusieurs personnes sont revenues me voir pour me dire que j’étais courageuse d’y avoir indiqué que je suis une femme transgenre.

Seulement, du côté de l’administration, c’est beaucoup plus complexe. Dans les registres d’état civil, c’est Xavier Hardy, son prénom de naissance, qui est candidat. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir déjà lancé une procédure de changement de prénom il y a plus de six mois mais, pour des raisons de circulaires d’application non publiée et autres méandres administratives, la demande n’a toujours pas aboutie. Ce que redoute la Villeneuvoise : que quelqu’un conteste le scrutin, arguant qu’Hélène Hardy n’existe pas.

J’avais demandé à la mairie de faire en sorte que lorsque je serai candidate et le jour du vote mon prénom soit changé pour que personne ne puisse dire que mon bulletin n’existe pas. La mairie m’a indiqué que ça ne serait effectif que le 12 juin, soit le lendemain du premier tour. Après réflexion, je me suis dit que, finalement, ce n’était pas plus mal parce que j’assume jusqu’au bout que je suis une femme, quoi qu’il soit écrit sur mon état civil. N’importe qui peut m’embêter avec ça, je suis prête à faire face.

Se battre

Autre anomalie non difficile à dénicher, celle du genre. Il suffit de faire un tour sur le site du ministère de l’Intérieur pour se rendre compte que dans la 2e circonscription du Nord, celle où elle est candidate, elle est inscrite en tant que Monsieur Hélène Hardy.

Ce n’est pas normal. Il faut que l’on puisse déterminer son genre soi-même par simple déclaration à la mairie, point barre. Pour l’instant, la loi de la modernisation de la justice votée au mois de novembre a permis certaines avancées mais c’est largement insuffisant. Le changement de genre au tribunal de grande instance demande des moyens financiers. Il faut faire en sorte que ça coûte le moins d’argent possible.

L’autodétermination du genre en mairie, la simplification du changement d’état civil ou encore la lutte contre les discriminations sont parmi les principales mesures que la candidate espère pouvoir porter au devant des députés à l’Assemblée nationale. De même, si la loi permet enfin de ne pas recourir à un avocat pour changer de genre, l’écologiste s’inquiète que certains juges n’acceptent pas que cela se passe comme ça dans la pratique.

Autant de contraintes juridiques qu’Hélène Hardy espère rapidement balayer mais qu’elle a beaucoup de mal à accepter, alors même que les socialistes auraient pu s’en emparer. “Je trouve insupportable cette majorité qui avait à portée de main de faciliter le changement de genre et qui n’a pas été jusqu’au bout. J’ai une réelle colère quand je repense à ça, c’est impardonnable. On va continuer à se battre”, promet la candidate.

 

Couverture : Facebook.com/HeleneHARDYMichelIFRILegislatives2017

 

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« Make America Gay Again » : au sommaire du magazine TÊTU n°214

  • Stephanie Martin

    Hélène dit beaucoup de choses pertinentes sur la nécessité d’être visible pour faire reculer les préjugés : avant les personnes transgenres, les gays et les lesbiennes en ont fait la démonstration par leurs luttes.
    Je corrigerai juste un détail : l’utilisation de la civilité « monsieur » par le ministère de l’Intérieur est un acte de transphobie pure et simple, la civilité étant déclarative. Je propose à Hélène de prendre contact avec l’Association nationale transgenre (ANT), l’Inter-Trans et la fédération LGBT afin de faire un signalement urgent au Défenseur des droits.
    Ceci dit, Gérard Collomb, le ministre de l’Intérieur « En marche », ex-maire PS de Lyon, est bien connu pour sa LGBT-phobie ! Néanmoins, même un transphobe doit respecter la loi.

  • Ozelian .

    Pascale Ourbih s’est présentée avant, dans le 16ème à Paris. Chère Pascale, je me souviens, de Cannes, de tous les lieux où nous avons traîné…

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