La Serbie a une nouvelle Première ministre, et elle est lesbienne
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La Serbie a une nouvelle Première ministre, et elle est lesbienne


Jeudi 15 juin, Ana Brnabić a été nommée Première ministre par le nouveau président serbe, Aleksandar Vucic. Une double première et une décision historique dans ce pays des Balkans.

Ana Brnabić va devenir, à 41 ans, la première femme Première ministre de Serbie. Et comme si cela n’était pas assez novateur, elle va aussi être la première cheffe de gouvernement de la région ouvertement lesbienne. Le tout, alors qu’elle était inconnu du public serbe il y a à peine un an. Un parcours politique fulgurant, pour une femme exceptionnelle.

De la société civile au gouvernement

Rentrée au gouvernement en août 2016 à la demande d’Aleksandar Vucic, alors Premier ministre, elle devient ministre de l’Administration et sors de l’ombre.  Avant cela, elle n’avait jamais mis un pied en politique : après des études en marketing et en administration des affaires aux États-Unis puis en Angleterre, Ana Brnabić avait intégré un programme d’aide au développement agricole serbe, puis travaillait à la promotion des énergies renouvelables et des fermes éoliennes.

Il y a un an déjà, son orientation sexuelle avait interloqué et choqué une partie de l’opinion publique et du gouvernement, si bien qu’Aleksandar Vucic avait été obligé de déclarer que « ses orientations personnelles ne m’intéressent pas, seuls les résultats de son travail comptent » après l’annonce de sa nomination. Le pays, très conservateur, compte 80% de chrétiens orthodoxes très croyant et fermement opposés aux droits LGBT. Les marches des fiertés organisées dans la capitale, Belgrade, se sont auparavant terminées dans la violence, comptabilisant parfois des centaines de blessés, et se tiennent désormais sous haute protection.

La nouvelle nomination de Brnabić, cette fois-ci au poste de Première ministre, a entraîné un flot de déclarations homophobes dans la bouche de certains politiques serbes. Dragan Marković, président du parti nationaliste Serbie Unie, a par exemple déclaré qu’elle ne serait « pas [s]a Première ministre. Il aurait mieux valu nommer un père de famille, qui sait ce que c’est que d’avoir des enfants« .

« La situation s’améliore lentement »

Le symbole porté par la nomination de Brnabić n’en est pas moins puissant, et ce bien qu’elle-même ne « (se) considère pas comme une militante LGBT. » Dans un communiqué publié après sa nomination, elle déclarait :

Servir mon pays est pour moi le plus grand honneur. Je travaillerai avec dévouement et de manière responsable avec beaucoup d’amour et d’honnêteté. […] Personnellement, je n’aime pas que l’orientation sexuelle soit utilisée pour décrire mon caractère, pourquoi cela est-il important ? Ce qui est important, c’est la capacité professionnelle à accomplir un travail honnête, à aimer son pays et à travailler dans le plus grand intérêt de son pays.

Dans une autre interview, elle soulignait qu’en Serbie « l’homophobie est toujours un problème mais que la situation s’améliore lentement. »

Après Xavier Bettel au Luxembourg et Leo Varadkar en Irlande, Ana Brnabić sera la troisième cheffe de gouvernement européenne ouvertement homosexuelle.

 

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  • Philippe-Pierre Darras

    Vous avez oublié Jóhanna Sigurðardottir en Islande, la première cheffe de gouvernement au monde ouvertement lesbienne à accéder à cette fonction.

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