Les 15 films qui parlent bien de la vraie sexualité gay
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Les 15 films qui parlent bien de la vraie sexualité gay


La sexualité gay est peu souvent abordée dans la culture. C’est soit le porno qui la met en scène, soit un sujet occulté par les romances sages et sentimentales calibrées pour pouvoir ensuite être diffusées à la télé (surtout en France). Heureusement, il y a des exceptions… Voici 15 films qui parlent – bien – de nos sexualités !

Les gays ne sont pas toujours des victimes ou des pornstars. Les 15 films suivants présentent des personnages qui ont à vivre leurs sexualité gay comme nous tous, de faire ce qu’ils peuvent, d’en jouir ou de s’en accommoder, lorsque par exemple, le VIH passe par là. À l’occasion de la sortie de son nouveau livre, Les années sida à l’écran (Eros Onyx Editions), nous avons demandé à Didier Roth-Bettoni, l’encyclopédie vivante du cinéma LGBT, de nous parler de sexualité gay sur grand écran…

 

Un chant d’amour de Jean Genet (1950)

L’histoire : Jean Genet, qui écrivit beaucoup de scenarii, n’a réalisé qu’un seul film, muet en noir et blanc, tourné en 35 mm… Depuis leurs cellules, deux prisonniers arrivent à communiquer grâce à un trou percé dans le mur qui les sépare. Avec la complicité silencieuse du gardien qui les observe par le judas, ils vont établir un contact amoureux et érotique en utilisant divers objets tels qu’une cigarette, une paille… Au début des années 1950, l’homosexualité était considérée comme une déviance sexuelle et sa manifestation publique était sévèrement réprimée. Tout contrevenant était passible d’emprisonnement. Pour cette raison, le film fut censuré et dut attendre 25 ans avant d’être distribué.

L’avis de Didier Roth-Bettoni : C’est par un écrivain, Jean Genet, que le cinéma trouve le moyen de faire advenir le sexe entre hommes. Pas de manière frontale bien sûr, en 1950, et pas non plus dans un film grand public ! Mais dans les marges de la production, dans ce cinéma underground qui naît alors, dans cette prison qui met face à face un condamné et son gardien, Genet use d’un symbolisme très explicite pour dire la pulsion irrésistible entre eux. Ainsi ce revolver enfoncé dans la gorge du prisonnier par son maton est la plus érotique des pipes !

Cruising de William Friedkin (1980) – ou La Chasse en VF.

L’histoire : Un jeune policier hétéro (Al Pacino) enquête dans le milieu gay SM new-yorkais sur des meurtres d’homosexuels. Il traîne la nuit dans les boîtes homosexuelles à la recherche de quelques indices. Mais sa présence n’empêche pas deux nouveaux meurtres : l’un dans Central Park et l’autre dans une cabine de projection d’un film pornographique…

L’avis de Didier Roth-Bettoni : Longtemps détesté par les gays pour de mauvaises raisons, Cruising apparaît aujourd’hui pour ce qu’il a toujours été : un incroyable documentaire sur les milieux cuir/SM de la fin des seventies, avec en prime une virée ultra-réaliste dans un véritable sexclub. William Friedkin en embauche les habitués comme figurants, et si l’on est attentif, on aperçoit en arrière-plan le premier fist-fucking de l’histoire du cinéma… Autant dire qu’il y a là une représentation incroyable de la sexualité gay la plus hard dans le cadre d’une grosse production hollywoodienne.

 

Querelle de Rainer Werner Fassbinder (1982)

L’histoire : Ce film relate l’histoire d’un jeune marin à la sexualité en mutation, Querelle, qui débarque à Brest. Beau et viril, il attire son supérieur le lieutenant Seblon, fréquente un bar à prostituées (Jeanne Moreau joue la patronne du bordel) où il joue aux dés… Lors d’un pari, il perd volontairement et se donne à Nono et à un policier… Adapté du roman Querelle de Brest de Jean Genet, c’est le dernier film de Rainer Werner Fassbinder.

L’avis de Didier Roth-Bettoni : Le sexe, le désir sont partout dans Querelle. Pas une des images mordorées signées Fassbinder dans ce qui sera son dernier film, n’est autre chose qu’une célébration de la pulsion sexuelle incarnée par Querelle et son interprète, Brad Davis. Chaque poignard brandit est une bite. Chaque promenade sur le port est une drague sauvage. Chaque regard échangé, chaque effleurement annonce la jouissance à venir. Querelle pourrait se résumer à son affiche, sublime et refusée par le distributeur, où un phare était remplacé au bout du quai par une queue dressée…

 

My own private Idaho de Gus Van Sant (1991)

L’histoire : Michael « Mike » Waters (gay) et Scott Favor (hétéro) sont deux amis toxicomanes contraints de se prostituer pour survivre. Alors que Michael part à la rencontre de sa mère, il confesse à son meilleur ami qu’il l’aime… Réalisateur de Harvey Milk ou d’Elephant et Will Hunting, Gus Van Sant a aussi participé à la série gay When We Rise en 2017.

L’avis de Didier Roth-Bettoni : Deux tapins s’aimaient d’amour tendre, dans ce grand film qui installa Gus Van Sant à la pointe du New Queer Cinema. Il y a la splendeur adolescente de River Phoenix et de Keanu Reeves filmés sous toutes les coutures, des cover de revues porno gay qui s’animent, du sexe en guise de révolte contre la famille, et du sentiment amoureux en pagaille comme dans cette scène inoubliable, à la lumière d’un feu de bois, où Mike/River déclare sa flamme à Scott/Keanu.

 

The Living end de Gregg Araki (1992)

L’histoire : Luke, homosexuel, se prostitue pour survivre. Jon est journaliste critique de films. Tous les deux sont atteints du sida et vont vivre un voyage dangereux et hédoniste, avec pour mot d’ordre « Fuck the World »…

L’avis de Didier Roth-Bettoni : “Je suis séropo et j’accuse la société !”, tel pourrait être le slogan de ce road-movie furibard et sexy, avec la mort en ligne de mire. Séropos à une époque où cela valait condamnation à mort à moyen terme, Luke et Jon n’ont plus rien à perdre, et surtout pas du temps. Alors ils vivent tout à toute allure, en particulier leur relation intensément, urgemment sexuelle…

 

Zero Patience de John Greyson (1993)

L’histoire : Sir Richard Francis Burton, fameux explorateur du XIXè siècle, est toujours en vie et est devenu le taxidermiste du Musée d’histoire naturelle. Il veut capturer Patient Zero pour sa « galerie de la contagion ». Ce dénommé Zero serait le premier porteur du sida à avoir amené la maladie en Amérique du Nord. Le fantôme de Zero, décédé, erre dans la ville sans pouvoir entrer en contact avec sa mère ou ses amis. Ils ne vont pas tarder à tomber amoureux…

L’avis de Didier Roth-Bettoni : Sans doute le plus queer, le plus décalé et l’un des plus politiques des films sur le sida, Zero Patience est une incroyable comédie musicale bricolée et audacieuse, où apparaissent Act Up et Miss HIV, où des gardiens de musée se dessapent et se fouettent, où les bouc-émissaires de la maladie se révoltent contre les pouvoirs, où deux anus se lancent dans un drôle de duo chanté, etc. Quant aux deux héros de ce film canadien sans tabous, ils entament une folle idylle libératrice.

> Ce film est offert avec le livre de Didier Roth-Bettoni  « Les années sida à l’écran » ‘Eros Onyx Editions »

 

Jeffrey de Christopher Ashley (1995)

L’histoire : Jeffrey, un jeune gay new-yorkais qui s’assume, face au problème du sida décide de renoncer au sexe mais dans une salle de sport il fait la rencontre de Steve… qui est séropositif (joué par Michael T. Weiss, connu pour la série Le Caméléon). Le film est basé sur une pièce de théâtre de Paul Rudnick. Elle a été adaptée en France par Christian Bordeleau sous le titre Sexe, paillettes et ruban rouge en 1996, puis en 2007.

L’avis de Didier Roth-Bettoni : Si Jeffrey n’est à l’évidence pas un grand film, cette comédie bienveillante n’en est pas moins emblématique de cette « sex panic » qui gagna nombre de gays pendant l’épidémie. Au détour des expériences de Jeffrey pour échapper au virus, le film égrène avec légèreté différentes stratégies : préservatifs obligatoire, jack-off parties, ou abstinence… Au final, l’amour finira heureusement par triompher de la peur et de la sérodiscordance.

 

Hustler white de Bruce LaBruce (1997)

L’histoire : Arrivé depuis peu à Los Angeles, Jürgen Anger est un écrivain très sûr de lui qui mène une enquête sur le milieu du proxénétisme gay. Il croise le somptueux Monty Ward, qui se prostitue entre Sunset Boulevard et Santa Monica, et se lance à sa poursuite…

L’avis de Didier Roth-Bettoni : Bruce LaBruce, trublion inclassable du cinéma pédé canadien, inventeur du porno d’auteur toujours prêt à mettre les tabous cul-par-dessus-tête, joue lui même le virevoltant et précieux Jürgen. Sa quête du divin Monty va le conduire dans toutes les arrière-cours du fantasme gay le plus débridé, body art, gang bang, foot-fucking, asphyxie érotique… on en oublie. Le reste de la filmo de Bruce est de la même eau transgressive, entre pornos zombiesques et vampiriques (Otto, or up with dead people ; LA Zombies) et romance entre un ado et un vieillard (Gerontophilia).

 

O fantasma de Joao Pedro Rodrigues (2000)

L’histoire : Un jeune homme qui travaille comme éboueur à Lisbonne, Sergio, erre la nuit à la recherche de partenaires sexuels. Un jeune homme aperçu par hasard l’attire, mais ce dernier n’est pas intéressé. Ce rejet exacerbe encore plus le désir de Sergio…  Les premiers plans montrent un homme sanglé et recouvert d’une combinaison noir luisant. Le film, presque muet, contient plusieurs scènes érotiques, notamment une fellation non simulée.

L’avis de Didier Roth-Bettoni : Voilà bien l’un des films les plus sidérants de cette sélection, la pure errance fétichiste d’un très beau jeune homme qui, chaque nuit,  laisse libre-cours à ses fantasmes : mateur, consommateur de corps, de cuir, de latex, de flics abandonnés dans leur bagnole, de slips de bain jetés à la poubelle, d’humiliations SM, de dog training… O fantasma est quelque chose comme l’exploration la plus absolue du désir et du plaisir, de l’obsession (homo)sexuelle.

 

Shortbus de John Cameron Mitchell (2006)

L’histoire : Sofia, une femme mariée, thérapeute de couple et sexologue, qui n’a jamais elle-même eu d’orgasme,  rencontre un couple d’homosexuels, Jamie et James ; ce dernier, ancien prostitué, suggère qu’ils ouvrent leur couple à d’autres partenaires. À l’exception d’une scène selon le réalisateur, les scènes sexuelles du film ne sont pas simulées, y compris les scènes d’orgie. Lors du développement du projet, le titre provisoire était The Sex Film Project.

L’avis de Didier Roth-Bettoni : S’il fallait désigner un film pour illustrer la liberté sexuelle et le polyamour, Shortbus aurait de fortes chances d’être élu tant le sexe (homo, hétéro, bi, etc.) est présent dans chaque recoin de ce récit choral en forme de comédie, le sexe (à deux, à trois, en orgie, ou en auto-fellation) comme révolution, comme libération, comme utopie sociale.

 

Le secret de Brokeback Mountain d’Ang Lee (2007)

L’histoire : Adapté de la nouvelle Brokeback Mountain d’Annie Proulx, le film raconte la passion secrète vécue pendant vingt ans par deux hommes, Ennis del Mar et Jack Twist qui « avaient grandi dans deux misérables petits ranchs aux deux extrémités de l’État du Wyoming ». Cette intense idylle dans la montagne est interrompue quatre ans, période pendant laquelle ils font leur vie chacun de leur côté, se marient, ont des enfants, et se rencontrent épisodiquement entre le Wyoming et le Texas avant que Jack Twist ne soit tué dans des circonstances dramatiques et douteuses…

L’avis de Didier Roth-Bettoni : Il faut voir les corps de Jake Gyllenhaal et Heath Ledger s’attirer irrésistiblement, se fracasser l’un contre l’autre, dès leur première nuit dans la montagne et à chacune de leurs fugaces retrouvailles au fil des ans, pour mesurer à quel point Brokeback Mountain, histoire d’amour tragique s’il en est, est aussi une histoire de sexualité. Sexualité empêchée par l’époque où l’action se déroule, par la société, par les conventions sociales, par la haine de soi, où la chair ne peut exulter que secrètement, par éclats.

 

Week end d’Andrew Haigh (2012)

L’histoire : Juste après une bonne soirée chez ses amis, Russell sort dans un club gay et rencontre Glen avant de rentrer avec lui. Tout change dans la vie de Russell entre confidences et sexe.

L’avis de Didier Roth-Bettoni : L’histoire de Week-end, c’est l’histoire que l’on a tous vécue d’une brève rencontre. Un mec levé dans un bar, une nuit d’amour, un petit déjeuner, deux jours ensemble, confidences, caresses, on se découvre, on se séduit, on se projette, on s’imagine la suite… Et puis voilà le moment de la séparation… Génial créateur de la série Looking qui fonctionne elle aussi sur ce talent à happer les petits riens du quotidien amoureux et sexuel gay, Andrew Haigh signe là un film sexy, tendre et déchirant.

 

L’inconnu du lac d’Alain Guiraudie (2015)

L’histoire : Durant l’été, des baigneurs masculins, en majorité naturistes et homosexuels, se font bronzer au bord d’un lac ceinturé de collines et de forêts et loin de toute habitation. Les sous-bois abritent des rencontres sexuelles furtives, dans un climat de promiscuité. Chaque jour, Franck pose sa serviette sur la plage de cailloux blancs. Là, il fait la connaissance d’Henri (que sa femme vient de quitter) et de Michel, plutôt bel homme qui lui plaît au premier regard. Mais qui est un assassin…

L’avis de Didier Roth-Bettoni : Alain Guiraudie n’a jamais été farouche à filmer le plaisir gay. Il le fait à nouveau dans cet Inconnu du lac au succès public inattendu, dessinant le ballet erratique des corps nus autour du lac et dans les sous-bois, les branlettes (et plus si affinités) entre inconnus, les pulsions physiques d’un instant, et cette passion charnelle qui pousse Franck à chercher Michel, à ses risques et périls… Le sexe chez Guiraudie est, à cet égard, sans protection…

 

Théo et Hugo dans le même bateau d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau (2016)

L’histoire : Deux hommes se rencontrent dans un club libertin, et c’est un coup de foudre : ils apprennent à se connaître dans les premières heures matinales, se reconnaissent que l’un est séropositif et l’autre ne met pas de préservatif. Ducastel et Martineau ont aussi réalisé Jeanne et le Garçon formidable et Crustacés et Coquillages

L’avis de Didier Roth-Bettoni : On a rarement vu, en dehors des pornos, une séquence comme celle qui ouvre Théo et Hugo : 20 minutes dans une backroom, 20 minutes sidérantes de frontalité où des corps anonymes se mêlent, se baisent, se sucent, 20 minutes au terme desquelles Théo et Hugo décident d’aller ailleurs prolonger ce désir qui a jailli entre eux. Et sur la route, ils se rendent compte qu’ils ne sont pas protégés, qu’ils ont pris des risques. Hôpital en pleine nuit. Une interne leur donne des conseils et leur fournit un traitement post-exposition… Ducastel et Martineau filment le sida et la sexualité gay dans leurs acceptions les plus contemporaines.

 

G’O Clock (court-métrage)

L’histoire : G’O Clock est un court-métrage sur les dangers du Chemsex, l’utilisation de drogues (plus particulièrement la méthamphétamine) pendant le sexe, à deux ou en groupe.

L’avis de Didier Roth-Bettoni : Si on peut reconnaître à ce court métrage le mérite d’exister et d’être l’une des très rares illustrations du phénomène chemsex et de ses dangers, ses limites n’en sont pas moins évidentes, tant pour ce qui est de la représentation des risques encourus à prendre en surdose différentes drogues (ici du GHB), que pour celle de la sexualité. Car les partouzes de plusieurs jours qui sont la marque des plans chem semblent ici bien fades, limitées à quelques paluchages en slips et jockstraps…

À LIRE : 

Chemsex : la nouvelle et dangereuse tendance du sexe gay

 

 

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« Make America Gay Again » : au sommaire du magazine TÊTU n°214

  • Jérôme Thomas Levy Burkhardt

    il manque « l’homme blessé »

  • momom

    Ah oui, c’est vrai, il manque l’homme blessé, mais il en manque aussi plein, mais peut-on faire une liste exhaustive des films gays ?

  • Walladoox

    Théo et Hugo dans le même bateau, quelle belle surprise quand j’ai découvert ce film qui dépeint les débuts d’un amour d’un façon si jolie paradoxalement.

  • Quelle triste sélection. On pourrait s’éclater un peu plus ??

  • Quelle triste sélection. On pourrait s’éclater un peu plus ??

  • Alternatives Cmr

    très intéressant, une liste plus exhaustive sera la bienvenue

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