Opinions et débats

"40 ans de Marches"... Mais au fait, qui organise la Pride ?


À l’occasion de la Marche des fiertés qui aura lieu ce samedi 24 juin, nous avons rencontré la porte-parole de l’Inter-LGBT, Clémence Zamora-Cruz. Elle nous explique comment l’inter-associative s’organise.

Crédit photo Aylau Tik

1977-2017

TÊTU : 40 ans, cela rend cette Marche plus importante que les autres ?

Clémence Zamora-Cruz : Elle illustre les 40 ans de la construction et de la consolidation d’un mouvement qui s’est mis en route pour obtenir des droits aux personnes LGBT. 40 ans, ça veut dire qu’on a déjà un historique. Et nous avons obtenu quelques avancées !

Comment cette date a-t-elle été retenue ? 1977 était-elle réellement la première Marche ?

Elle a changé plusieurs fois de nom. Elle s’est appelée « Gay pride », « Pride », etc. On est allé vers plus d’inclusivité en se posant des questions sur l’intersectionnalité de nos luttes.

Cet anniversaire ne risque-il pas d’invisibiliser le mot d’ordre consacré à l’ouverture de la PMA (« PMA sans condition ni restriction, c’est maintenant ! ») ?

Pas du tout, notre mot d’ordre politique est très clair. La Marche est un moment revendicatif qui nous permet d’installer le débat public, de poser un agenda. C’est l’essence de la Marche des fiertés, de réclamer des droits qui nous sont dus.

L’année dernière, le parcours avait été raccourci. Il reprend une taille standard et surtout un parcours inédit en traversant le centre de Paris (de la place de la Concorde à la place de la République). Est-ce pour marquer le coup des 40 ans ?

Les questions de sécurité sont l’élément central de la Marche. Depuis que l’état d’urgence est décrété, la tâche est encore plus compliquée. On a essayé de nous faire décaler la date en prétextant que la mairie de Paris doit gérer deux événements en même temps… Mais pour nous c’était inconcevable, car nous sommes dans une année anniversaire et qu’il est important de faire référence au mouvement new-yorkais [les émeutes de Stonewall, le 28 juin 1969, ndlr]. Cela n’a plus de sens de le faire en juillet !

 

Rôle et image de l’Inter-LGBT

Une question plus personnelle : comment t’es-tu retrouvée à militer à l’Inter LGBT ?

J’étais membre d’une asso adhérente à l’Inter. J’avais le rôle de faire le lien. L’Inter-LGBT est très particulière car elle englobe environ une cinquantaine d’associations par an. Le lien qui doit se faire est aussi avec l’ensemble des associations membres.

On est donc amené à travailler avec beaucoup plus de monde que dans une association classique ? Est-ce que cela requiert un travail plus lourd ?

Je ne dirais pas plus lourd, mais beaucoup plus politique. Les représentants des assos qui sont à l’Inter-LGBT ont des mandats et cela implique de la concertation, de la discussion, de l’écoute. Il faut sortir du personnel pour aller vers le bien commun, ce qui est différent d’une association classique où le côté personnel prend le dessus à travers le vécu des personnes.

Et en effet, il est naturel que plusieurs groupes aient des intérêts divergents…

Il y a un grand travail de concertation car on doit refléter la diversité de notre monde associatif. Il y a des assos tournées vers la convivialité, le monde sportif, d’autres le politique, et donc il y a une confrontation d’idée, à la fois très lourde et très saine. Il faut pouvoir se dégager de son vécu propre. Tout le monde n’est pas au même niveau politique dans l’association, il faut donc faire de la pédagogie.

Certains vous accusent d’être trop militants pour celles et ceux qui estiment que le mariage suffit… Comment vous situez-vous dans cet échiquier ?

Ce sont des choses que l’on n’entend pas à l’Inter car les gens sont engagés et font un travail de réflexion. Mais dans la rue, parmi ceux qui ne sont pas militants, on entend en effet ce discours. Or il ne faut jamais oublier que les droits peuvent être remis en cause. On l’a vu pendant la présidentielle : des candidats se positionnaient pour revoir la loi.

Inversement, d’autres vous reprochent d’être trop proches du pouvoir et complaisants. Que répondez-vous à cela ?

On a tous de bonnes raisons d’être en colère, on a tous raison de réclamer des droits, de se positionner de manière incisive. Nous ne sommes pas en concurrence avec les gens qui ne se reconnaissent pas dans notre travail. Nos assos sont libres de travailler avec la Pride de nuit par exemple, nous ne sommes pas sectaires ! Heureusement que cette partie se mobilise. Mais la seule chose qu’on va gagner, eux comme nous, c’est de faire avancer les droits LGBT.

Pendant le quinquennat Hollande, certaines assos sont parties en vous accusant d’accointances avec le PS.

Tous les ans certaines partent, d’autres arrivent… Très souvent les accusations envers nous ne sont pas fondées : on dit que nous sommes pro-PS or nous ne sommes engagés dans aucun parti.

 

L’Inter sous l’ère Macron

A-t-on une idée de l’agenda politique ?

C’est notre rôle d’inscrire ces questions dans l’agenda politique. On fait un travail de contact, de plaidoyer. C’est un travail conséquent car il faut faire des recherches. On a besoin d’arguments solides, pas seulement au niveau de nos opinions mais au niveau du droit et de la santé.

Marlène Schiappa (la secrétaire d’État à l’égalité entre les femmes et les hommes) a l’air très en accord avec les revendications de l’Inter.

L’Inter fait en sorte que la communauté soit informée des positions des personnalités politiques. On le voit avec les questionnaires qui ont été mis en ligne pendant la présidentielle et les législatives. Pour le nouveau gouvernement, on peut être d’accord sur plein de choses mais ce qui nous importe, ce sont les faits. Il faut des actes. Dans le mandat de François Hollande, on a eu des promesses, et les actions ont manqué. Sur la question d’En Marche, on l’a bien vu avec notre questionnaire envoyé aux candidats : son placement n’était pas bon car Emmanuel Macron n’a pas souhaité y répondre. À la place, il a tenu à nous envoyer une lettre qui ne correspondait pas à nos questions…

 

Pour plus d’informations sur cet anniversaire de la Marche des fiertés parisienne, lisez le texte de Denis Quinqueton, président de HES (Homosexualité et socialisme), qui vient d’être publié sur le site de la Fondation Jean Jaurès.

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