Après la Marche des fiertés, la Trans Pride réprimée à Istanbul
Actualité

Après la Marche des fiertés, la Trans Pride réprimée à Istanbul


La huitième Trans Pride d’Istanbul a été malmenée par les autorités, qui l’ont d’abord interdite puis réprimée.

Deux marches, deux interdictions, deux répressions. Après la Marche des fiertés le dimanche 25 juin, la Trans Pride prévue samedi 1er juillet a elle aussi été prohibée puis étouffée. De quoi inspirer les organisateurs·trices, qui ont renommé leur événement Game of Trans, en référence à la série à succès Game of Thrones. En effet, l’organisation de cette marche s’est révélée tourmentée. Comme pour la Marche des fiertés, les autorités ont annoncé son interdiction seulement la veille de l’événement. Au bureau du gouverneur d’Istanbul, deux arguments ont été avancés : le lieu choisi pour le rassemblement a été jugé inapproprié, et la demande n’aurait pas été déposée dans les règles.

Après avoir étudié la situation (…) il a été décidé de ne pas délivrer d’autorisation pour la tenue de cet événement. (…) Nous demandons donc à nos chers habitants de ne pas céder aux appels [à manifester, NDLR] et d’aider nos forces de l’ordre en se confortant [à cette interdiction, NDLR]

Faire face à la répression

Samedi 1er juillet, l’accès à la place Taksim, haut lieu de la contestation stambouliote, a été préventivement bloquée par des forces de l’ordre munis de canons à eau. Malgré ce dispositif, les manifestant·e·s se sont réunis dans le quartier de Pangalti. Les organisateurs y ont lu un communiqué. Ceylan Cagdas, l’un d’entre eux, a fait part de leur détermination :

Nous sommes toujours là, nous continuerons à protéger nos vies. Nous sommes trans, nous sommes là ! Faites-vous une raison, nous ne partirons pas.

 

Dans le quartier de Harbiye, alors qu’ils tentaient de rallier Taksim, les manifestants ont été stoppés par la police. Sept d’entre eux ont été arrêtés, puis relâchés, selon l’association Istanbul LGBTI+.

La Trans Pride fêtait sa huitième édition. Les précédentes éditions ont connu un sort relativement similaire.

Trois années consécutives d’interdiction

Depuis 2003, les Marches des fiertés successives se tenaient sans heurts. À Istanbul, la manifestation constituait d’ailleurs l’un des plus grands rassemblements LGBT dans un pays musulman du Moyen-Orient. Pourtant, depuis trois ans, les marches LGBT sont malmenées par les autorités. En 2015, la Marche des fiertés a été annulée en raison de sa concomitance avec le ramadan. Les LGBT stambouliotes n’avaient pas cédé et avaient manifesté. Une image avait alors retenu l’attention, celle d’Hande Kader, jeune femme trans, qui s’était interposée face à la police. En août 2016, elle était retrouvée assassinée, brûlée.

Pour les éditions 2016 de la Pride et de la Trans Pride, les autorités avaient utilisé, pour la première fois, la menace sécuritaire comme justification à leur interdiction. Depuis plusieurs années maintenant, la Turquie, et notamment Istanbul, est en effet la cible d’attentats revendiqués par le groupe État islamique ou par les séparatistes kurdes. Le même argument a été utilisé une nouvelle fois cette année pour interdire la Marche. À chaque fois, le même sort est réservé aux marcheurs récalcitrants : tirs de balles en caoutchouc et dispersion au gaz lacrymogènes.

Pour autant, les militant·e·s ne se découragent pas. Le dernier message posté par l’association Istanbul LGBT Dayanışma Derneği va dans ce sens.

Toute les personnes arrêtées ont été libérées. À l’année prochaine !

 

Photo couverture : Istanbul LGBT Dayanışma Derneği/Facebook

ads