Tarek, l'intersexe expulsé de France,
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Tarek, l'intersexe expulsé de France, "risque de se faire lyncher au Maroc"


Son histoire a été relayée sur  les réseaux sociaux la semaine dernière et rappelle que, dans de nombreux pays, il ne fait pas bon naître intersexe.

Tarek est né il y a 40 ans à Casablanca. Dès le début les choses s’annoncent compliquées pour lui : il a des attributs génitaux masculins et féminins à la fois. Né hermaphrodite, mais déclaré comme fille à l’état civil, Tarek a immédiatement été rejeté par sa famille à cause son intersexuation. Abandonné par sa mère, il est élevé par sa grand mère pendant les premières années de sa vie. Le reste de sa famille le traite comme un « monstre », et bien qu’il ait été médicalement déclaré intersexe, personne ne lui explique son hermaphrodisme.

Il reste gravement maltraité par certains membres de sa famille, dont son oncle, qui le viole dès ses 3 ans. Il fait ses premières tentatives de suicide à l’âge de 9 ans, et doit être placé en service psychiatrique à l’hôpital. Vers ses 10 ans, il arrive en France, où sa mère le reprend en charge et le scolarise.

En 2005, il est condamné à 12 ans de prison pour viol aggravé sur mineure. Il est maltraité par les gardiens de prison, qui selon lui le laisse nu pendant des heures dans les douches afin de se moquer de lui et d’exposer « le monstre » à la vue de tous. Il se mutile.

C’est aussi le moment où il commence un traitement hormonal pour se masculiniser. Son suivi sera pourtant très chaotique : Tarek est régulièrement transféré de maison d’arrêt en maison d’arrêt, et ne prend pas ses hormones de manière régulière.

« Il court un vrai danger au Maroc »

Quand il sort de prison après avoir purgé sa peine en 2015, il fait sa demande de régularisation. Elle n’aboutira jamais car il est dans l’incapacité de fournir certains documents, comme son acte de naissance ou son passeport. En début d’année, la préfecture de Strasbourg, où il vit, engage une procédure d’expulsion, pour « protéger l’ordre public« , selon son avocate, Me Rudloff, contactée par TÊTU.

Tous les recours déposés pour suspendre la décision d’expulsion essuient un refus de la part des autorités, malgré des risques médicaux avérés. Pour Benjamin Pitcho, un avocat spécialisé dans le droit des personnes intersexes qui a aidé Me Rudloff à fournir les preuves de la nécessité de traitement hormonal pour Tarek, cette décision « est une comédie tragique« . « Les juges savaient parfaitement ce qui l’attendait au Maroc si jamais ils l’expulsaient, et ils l’ont quand même fait, parce qu’il a fait de la prison. »

Ibtissame Lachgar, une militante marocaine des droits de l’homme qui a publié un communiqué de presse afin de médiatiser l’histoire de Tarek, en rajoute une couche : « Le juge a estimé que « le traitement entrepris ne correspond pas à une indication thérapeutique, mais à un choix personnel de l’intéressée ». Cela dénote une méconnaissance totale de la réalité des personnes intersexuées malgré les efforts menés en termes de sensibilisation autour de la question, notamment lorsque celles-ci sont en danger.«  Elle ajoute : « Au Maroc, il ne pourra pas compter sur la protection des forces de l’ordre. Au contraire, sa vie y est constamment mise en danger. »

Benjamin Pitcho abonde dans ce sens :

Il ne va pas avoir accès à son traitement hormonal, [qui n’est pas disponible au Maroc, ndlr], ni à celui contre son épilepsie. Par le passé, des personnes intersexes comme lui ont été lynchées.  Il court un vrai danger.

Et maintenant ?

La Cour Européenne des Droits de l’Homme de Strasbourg a refusé la demande d’aide d’urgence, et les recours devant la justice n’ont pour l’instant rien donné. La demande d’annulation de la décision d’expulsion pourrait ne pas recevoir de réponse avant 2 ans.

Tarek, qui est arrivé la semaine dernière à l’aéroport de Casablanca, a été placé en garde à vue par la police marocaine avant d’être relâché. Sans argent ni affaire, il a vécu à proximité de l’aéroport pendant quelques jours, pendant lesquels il s’est fait agressé. Me Rudloff a informé TÊTU que le réseau LGBT marocain l’a rencontré ce matin, et qu’il est hébergé par le collectif M.A.L.I. (Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles), dont Ibtissame Lachgar est la présidente.

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