Plages, cruising et crustacés : comment les gays draguent l’été ?
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Plages, cruising et crustacés : comment les gays draguent l’été ?


Avec les plages gays, le cliché « sea, sex and sun » a la vie dure. Pourtant, son ingrédient principal – le beau gosse dans la fleur de l’âge – semble déserter la plage.

Photographies par Amélie Landry

Chez les vingtenaires, on bitche sur la beach : « Je ne vois pas pourquoi j’aurais droit à mes propres plages. Qu’on ne s’étonne pas de l’homophobie », dit l’un. « Ce n’est pas ma sexualité qui me définit. En général, je ne drague pas sur les plages, j’y vais pour me détendre », dit l’autre. Signe d’une meilleure acceptation sociale des LGBT ? Peut-être. Mais est-ce une raison pour snober la plage, arrêter le naturisme, délaisser le cruising ? Débat.

Sous les clichés, la plage

Attirer les touristes gays : le défi intéresse de nombreux offices du tourisme. Avec un pouvoir d’achat plutôt fort et une plus grande facilité à partir hors saison, les voyageurs homos sont du pain bénit pour les lieux de vacances, qui n’hésitent pas à leur dérouler le tapis arc-en-ciel. Nice, pionnière française en la matière, possède ainsi depuis 2011 le label Nice Irisée Naturellement. Accordé aux lieux qui savent accueillir les LGBT, il s’organise autour d’un mot d’ordre, « le droit à la différence et à l’indifférence » pour reprendre les mots de Denis Zanon, directeur général de l’office du tourisme et des congrès.

Les gays sont donc les bienvenus auprès de leurs congénères : « Nous avons labellisé des plages privées comme celle du Castel, où il y a autant d’homos que d’hétéros », indique-t-il avant d’évoquer le guide qui recense restaurants, saunas ou hôtels labellisés. Mais évidemment, point de plage gay à l’horizon : pas question de promouvoir ces lieux publics où l’on fornique à la vue des curieux. Ceux qui les fréquentent savent où les trouver. Quant aux autres, ils goûtent au plaisir des vacances pour tous, loin des lieux pour eux.

La plage, abandonnée ?

Pourtant, la plage gay garde ses adeptes. Marc Dedonder, rédacteur en chef du site mister10.com spécialisé dans le tourisme gay, le confirme : « Les plages gays ont gardé leur attrait comme lieux de liberté. Nos articles sur le sujet sont parmi les plus lus du site. Evidemment, on pense à des destinations emblématiques comme Ibiza, Mykonos, Barcelone, Tel Aviv ou Rio, toujours très fréquentées. Mais notre guide des plages gays françaises est dans notre top 3 à chaque mise à jour ». Même constat pour l’anthropologue Laurent Gaissad, qui a beaucoup travaillé sur la drague dans les espaces publics :

Ces espaces ne sont pas en train de disparaître.

 

Alors, qui les fréquente ? Certains habitués, évidemment. Mais n’oublions pas qu’ils accueillent aussi les vacanciers à bras ouverts, comme l’explique Laurent Gaissad : « Être à la plage, c’est prendre un temps de vacance (sans s, ndlr), c’est-à-dire de vide. Cela renvoie à une forme d’envie, à laquelle on pense peu quand il s’agit de désir et de sexualité. C’est une forme de disponibilité à soi-même et à l’événement ». Finie la rationalité des applis, le choix ici et maintenant. Aller à la plage, c’est s’autoriser toutes les surprises, de la relation sexuelle imprévue au plaisir insoupçonné de rester seul à chercher et de ne pas trouver. Voici donc ce qu’on appelle le cruising : un grand écart entre deux profondeurs…

Les vertus du naturisme

Conséquence : et si la plage n’était pas gay, mais plutôt gay friendly ? L’idée se vérifie notamment dans les lieux de transition entre la plage gay et la plage naturiste, qui se retrouvent souvent côte à côte sur le littoral. Ces entre-deux marquent une forme de cohabitation qui plaît beaucoup. C’est le cas de William, 54 ans, originaire de Toulon :

J’ai d’abord fréquenté les plages gays, vers 17 ou 18 ans. Le naturisme est venu dans la vingtaine. Entretemps, j’ai rencontré le milieu de la nuit gay parisien, qui m’a permis de sentir une liberté d’être. Chemin faisant, je suis allé vers des espaces qui sont plus gay friendly […] Le naturisme amène un regard qui est complètement autre : il n’empêche pas le désir, mais il permet aussi de vivre un corps social nu.

Vincent, bouleversé dans son enfance par un abus sexuel, confirme que la plage et le naturisme lui ont permis de se construire, en tant que gay et en tant qu’homme.

J’ai grandi devant une plage naturiste du pays basque, où il y avait pas mal de gays. Aller là-bas, nu, c’était m’évader, avoir un lieu légitime pour mon homosexualité, où je ne me souciais pas du regard des autres. Je pense que le naturisme m’a aidé à passer un cap énorme et à accepter qui j’étais.

Avec le naturisme, beaucoup de gays délaissent donc visiblement les plages trop « exclusives ». Ils se font alors artisans de lieux marqués par une plus grande diversité. Sur l’île du Levant, haut lieu du naturisme en France, la cohabitation se déroule au mieux, comme en témoigne Gilles, propriétaire d’une résidence : « L’île a toujours été assez gay friendly. Mais depuis cinq ou six ans, il y a eu plusieurs rachats de lieux d’hébergement par des homos. Cela fait venir des garçons, puis le bouche à oreille se met en place. On ne sélectionne pas notre clientèle, mais petit à petit, nous accueillons plus d’homos. »

Ces lieux de grande mixité rendent parfois certains gays plutôt indésirables. Du côté de la plage naturiste de Saint-Aygulf, Yann commente :

On est sur une plage naturiste. Pourtant, beaucoup de gays sont un peu show off, fiers d’arborer leur nouveau maillot. La proportion de garçons naturistes sur la plage gay est de plus en plus faible au fil des années, ce qui fait grincer des dents les vrais naturistes.

La plage, militante ?

Derrière l’appellation de « plages gays », on trouve donc surtout des espaces de sociabilité et de liberté. Ce sont sans doute les meilleures raisons de continuer à les fréquenter. Peut-on y ajouter un enjeu plus militant ? Laurent Gaissad le pense :

Il y a un danger à penser la sexualité dans l’espace public comme un résidu dans l’histoire du désir homosexuel. Notre sexualité a fait l’objet d’une emprise territoriale de plus en plus concentrée sur les commerces gays : des comptoirs du sexe sans convivialité, payants. Plages, parcs ou jardins sont des lieux où peut se manifester l’attachement à la possibilité d’avoir des relations sexuelles dans l’espace public, ainsi que des rapports sexuels moins joués d’avance.

L’amour à la plage, ce serait donc un acte militant, pour défendre un espace de liberté. Liberté… c’est sans doute là le maître-mot : bronzer ou baiser, rêver ou mater… Après tout, vous ferez bien ce que vous voudrez.

Il vous reste 75% du dossier cruising à lire. Pour lire la suite de cet article, retrouvez le TêtuMag de l’été en kiosque !

« Promenons-nous… » : Au sommaire du numéro de l’été 2017 de TÊTU !

Photographies extraites de l’ouvrage d’Amélie Landry Les chemins égarés
  • benji

    Je ne me retrouve pas du tout dans cet article. Les gays sont 90% des baigneurs chez moi (le WE la plage est disputées par les familles hétéros à 50% ) et les appli sont très utilisées. Il n’y a aucun acte militant lol. Le naturisme c’est variable, plutôt le soir et en semaine mais c’est toujours partagé.

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