Arrestation massive d'hommes soupçonnés
Actualité

Arrestation massive d'hommes soupçonnés "d'actes homosexuels" au Nigéria


Plus de 40 hommes, supposés homosexuels par la police nigériane, ont été arrêtés samedi dans la capitale du pays. Ils risquent jusqu’à 14 ans de prison.

Samedi 29 juillet, en pleine après-midi, 42 hommes ont été arrêtés par la police à Lagos, la capitale du pays. Alors qu’ils participaient à un événement privé dans un hôtel de la ville, leur arrestation a été motivée, selon le porte-parole de la police, par leurs « actes homosexuels ». Ils seront « rapidement transférés devant les juges », a-t-il affirmé au journal local Punch.

« Ces hommes tentaient de sauver leurs vies »

Selon Bisi Alimi, un activiste LGBT nigérian réfugié au Royaume-Uni, cet événement était dédié à la lutte contre le virus du sida. Dans une logique de prévention, des tests et des conseils étaient donnés aux participants. Contacté par Reuters, Bisi Alimi a affirmé :

Ces hommes tentaient de sauver leurs vies et de rendre leur pays meilleur en luttant contre la propagation du VIH.

Le Nigéria est le pays d’Afrique de l’Ouest et Centrale où le VIH connait son taux le plus élevé. Selon l’ONUSIDA, 1 Nigérian sur 30 est porteur du VIH, soit quelque 3,5 millions de personnes.

Des lois criminalisant l’homosexualité

Malgré quelques nuances régionales, le Nigéria est confessionnellement divisé en deux. Au sud du pays, les catholiques évangélistes; au nord, une grande majorité de musulmans. Mais du nord au sud, tous partagent une opposition aux droits des personnes LGBT. Dans ce contexte, en 2014, le désormais ex-président Goodluck Jonathan a fait voter une loi criminalisant les relations entre personnes de même sexe. Même si depuis 1901 le pays prohibait déjà ces relations, la nouvelle loi a ajouté l’interdiction de se marier et pénalise désormais de 14 ans de prison les relations amoureuses homosexuelles, tout comme le fait d’appartenir à un groupe de défense des droits LGBT. Il est écrit dans la loi :

Les personnes qui contractent un mariage entre conjoints de même sexe, ou une union civile, commettent une infraction et sont passibles d’une condamnation pour une peine de 14 ans de prison (…) Toute personne qui s’inscrit, exerce ou participe à des clubs, associations et organisations homosexuels ou, directement ou indirectement, rend publique une relation amoureuse homosexuelle commet une infraction et tous sont passibles d’une condamnation pour une peine de dix ans de prison.

Des précédents à travers le pays

Dans certains États du nord du pays, la charia (loi canonique islamique) est appliquée. Ainsi, ceux qui y sont jugés pour homosexualité risquent la peine de mort. En 2014, 14 hommes avaient été arrêtés et présentés devant la Cour islamique du Bauchi (au nord-est du pays) pour soupçon d’homosexualité. Certains habitants du village avaient alors manifesté devant le tribunal pour réclamer leur mise à mort. Les hommes arrêtés ont fini par être libérés sous caution et l’affaire étouffée.

Le 15 avril 2017, 53 homosexuels avaient quant à eux été arrêtés dans un motel de l’État de Kaduna (nord du pays). Ils étaient soupçonnés d’organiser un « mariage gay ». La directrice de l’ONG OutRight avait alors affirmé qu’il s’agissait d’une « excuse » de la police visant à « empêcher l’émergence d’un mouvement LGBT sur place. »

ads