Santé : Il est temps d'en savoir plus sur le sexe entre femmes
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Santé : Il est temps d'en savoir plus sur le sexe entre femmes


En 2017, le milieu médical ne connaît toujours pas les risques exacts auxquels sont confrontées les femmes qui couchent avec des femmes. Comblons ces lacunes.

Nous sommes depuis trop longtemps mises de côtés dans le milieu de la santé sexuelle.

Candice Thiaudière-Calendré est une militante de 24 ans. Elle est chargée de mission « prévention jeunes » à l’Association de lutte contre le sida et la santé sexuelle de Lyon. De jour, elle intervient auprès de jeunes âgés de 12 à 25 ans sur l’éducation à la sexualité, le respect de soi, la lutte contre les discriminations. De nuit, elle traîne souvent au Feuillants 2.0. dans le premier arrondissement lyonnais. C’est dans ce bar queer tenu par sa compagne, en discutant avec des homos, des bis, des pans… dont les expériences résonnent avec la sienne, qu’elle se décide à creuser le sujet :

Trouver un·e professionnel·le de santé qui ne soit pas jugeant·e et qui prenne en compte – c’est-à-dire qui connaisse – la sexualité entre femmes relève d’un véritable parcours de la combattante.

Même constat dans le secteur de la prévention où elle travaille :

Tout au mieux, et aux vues de nos connaissances sur les moyens de transmission des IST, on peut supposer quelles infections sont susceptibles de se transmettre entre femmes. Mais concrètement nous n’avons pas de données épidémiologiques sur les cas de transmissions réelles entre femmes.

Pourquoi en sait-on si peu ?

Quelques études ont bien été menées – par Nathalis Bajos et Michel Bozon (Enquête sur la sexualité en France), Céline Perrin, etc. – mais intègrent systématiquement des rapports hétéros, comme si celles que la recherche désigne comme les FSF (femmes ayant des relations sexuelles avec des femmes) n’auraient de légitimité, pour le corps médical, qu’à la rencontre de partenaires masculins.

« D’un point de vue social, cela renvoie la question de l’homosexualité féminine au rang de sexualité secondaire pour ne pas dire sans intérêt », fulmine Candice.

Déconsidération, ignorance voire postulats basés sur leurs propres fantasmes tirés du porno (douceur, caresses, sextoys, etc.)… « Beaucoup de femmes semblent avoir vécu des violences, symboliques ou physiques, au cours de consultations. » Sans compter ces practicien·ne·s qui renvoient tout simplement les patientes chez elles sous prétexte qu’elles n’ont pas besoin de suivi gynécologique, soi-disant qu’elles n’auraient, de fait, pas de relations sexuelles. La sexualité lesbienne peine somme toute à sortir des clichés du porno pour hétéros ou de l’union Sarandon-Deneuve dans Les prédateurs. Cette mécompréhension n’est pas sans répercussions sur l’accompagnement, le bien-être et les pratiques des femmes couchant avec d’autres femmes. « Cette invisibilisation accentue-t-elle la prise de risque ? », s’inquiète Candice, et plus largement « quel est notre rapport à la notion de risque ? » Combien se sont laissées porter par un coup d’un soir sans s’interroger le moindre instant sur une quelconque protection ? Ont renoncé à la digue dentaire après un premier essai peu concluant, voire ne l’ont même jamais essayée ?

Recueillir le plus de témoignages possible

Afin d’améliorer les conditions d’accueil, le suivi et la prise en charge des FSF, mais aussi nos propres connaissances sur le sujet, Candice réalise une étude fondée sur les expériences de chacune. Son objectif est de recueillir le plus de témoignages possibles, avec une diversité maximum de répondantes, afin de combler les lacunes de la littérature scientifique sur le sujet.

Le questionnaire, anonyme, se trouve ici et dure de 5 à 15 minutes. À vous de jouer ! 🙂

 

Couverture : Sense8/Netflix

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