Haïti interdit tout de go le mariage pour tous et la
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Haïti interdit tout de go le mariage pour tous et la "promotion" de l'homosexualité


Les associations LGBT locales dénoncent un « attentat contre la communauté LGBT haïtienne ».

Jamais l’idée du mariage pour tous n’a effleuré les textes de loi haïtiens, le Code civil du pays restreignant catégoriquement cette union à celle d’une femme et d’un homme, mais sa pénalisation est en passe d’être appliquée dans l’ancienne colonie française. « Les auteurs, coauteurs et complices » d’un mariage entre personnes de même sexe risqueront une amende de 500.000 gourdes (environ 6.800 euros) et une peine de trois ans de prison, stipule la proposition de loi adoptée par le Sénat haïtien le 1er août 2017. Impossible également, pour les ressortissants étrangers, de célébrer une telle cérémonie sur le territoire.

Des termes comme « abomination » ou « dépravation d’émanation étrangère », voire des allusions à Sodome et Gomorrhe et d’autres arguments religieux, ont sans complexe rythmé le débat des sénateurs à Port-au-prince.

Ce vote donne raison aux plusieurs milliers de personnes qui avaient battu le pavé de la capitale haïtienne, en 2013, pour interdire formellement le mariage pour tous, bien qu’aucun projet de loi dans ce sens n’ait été évoqué.

Une homophobie d’État

Surtout, un article du texte adopté mardi veut bannir « toute promotion [de l’homosexualité] sous quelque forme et par quelque moyen que ce soit » en la qualifiant de « délit d’outrage aux bonnes mœurs et à la pudeur publique ». Cette formulation souple inquiète fortement les deux seules associations LGBT reconnues dans le pays.

« C’est un attentat du Sénat haïtien à l’égard de la communauté LGBTI », regrette le responsable de l’association Kouraj qui se bat pour le droit et le respect des minorités sexuelles en Haïti. « Nous craignons que ces lois contribuent à faire augmenter la discrimination, l’exclusion, la stigmatisation qui caractérise notre société » poursuit l’organisation dans un communiqué. En 2016, plusieurs personnes avaient menacé de mettre le feu aux lieux accueillant un festival LGBT organisé par Kouraj, lequel avait finalement été annulé par mesure de sécurité.

Difficile de ne pas y voir un parallèle avec la Russie où les homos vivent avec la menace permanente de la loi contre la « propagande des relations non-traditionnelles auprès des mineurs » adoptée à l’échelle fédérale en 2013.

Plusieurs recours envisagés

Les militants de Kouraj dénoncent un texte de loi anticonstitutionnel car violant la liberté individuelle et les droits fondamentaux de la personne « dont le principe de l’égalité des droits, de la non-discrimination, le droit à l’association, à la réunion, à l’information et à la liberté d’expression », et allant aussi à l’encontre des différentes conventions internationales adoptée par Haïti à l’instar de la Déclaration universelle des droits humains.

La proposition de loi devra désormais être soumise au vote à l’Assemblée nationale mais les médias locaux son adoption laisse peu de place au doute.

L’association LGBT envisage déjà de demander le rejet de cette loi aux députés et au gouvernement, ainsi que de porter l’affaire devant les instances internationales de défense des droits humains.

 

Couverture : Photographie d’un drag show organisé à Port-au-Prince en novembre 2014. Crédit photo Katie Orlinsky pour Al Jazeera America

  • Cédric Legrand

    Dramatique. L’ancienne puissance coloniale qu’est la France n’a plus de lien avec Haïti, et donc de pouvoir de pression à exercer sur ce pays ? Ou cette décision de pénaliser l’homosexualité est-elle une manière de se démarquer un peu plus de l’ancien envahisseur ?

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