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Culture

Dans "Lola Pater", Fanny Ardant joue une femme trans, une femme comme les autres


Lola Pater, le 9 août au cinéma, voit Fanny Ardant camper le rôle d’une femme trans. Un choix clivant mais assumé par le réalisateur.

Zino est accordeur de piano. Il vient de perdre sa mère. Il recherche son père, qu’il connaissait sous le prénom de Farid; il rencontre Lola, « hétéro devenu lesbienne » et professeure de danse orientale. Canevas du dernier long métrage de Nadir Moknèche, la famille a aussi largement sa place dans la genèse du film. La figure du pater absent ? Celle de son propre père décédé, qui applaudissait régulièrement l’artiste Coccinelle dans le cabaret de Madame Arthur. Son choix de casting porté sur Fanny Ardant ? Une idée de sa mère lancée au cours d’un déjeuner.

« Je voulais à tout prix m’éloigner des thèmes généralement associés aux transsexuels : l’homosexualité, la prostitution, la drogue, le cabaret », précise le réalisateur de Goodbye Morocco et Viva Laldjérie qui se rappelle honteusement ses a priori juvéniles contre des prostituées trans qu’il croisait à Pigalle dans les années 80. Nadir Moknèche s’est depuis approprié les combats de toutes ces autres « Lola » qui ont traversé sa vie, qu’elles soient avocates, admiratrices ou immigrées. « Tant que le transsexuel reste marginal, évoluant dans un milieu interlope, il est accepté, voire adulé. S’il aspire à une vie ordinaire, a fortiori celle d’un père, il devient encombrant pour la société », dénonce celui dont les scénarios accueillent toujours des personnages ouvertement homos.

Dessiner une femme

En guise de porte-voix, le choix de Fanny Ardant détonne. Fin juillet, les réponses de l’actrice à Télérama semblent encore pétries de certains préjugés, comme lorsqu’elle affirme que « le premier souci d’une transsexuelle est sa coiffure. » Mais celle qui reconnait être « bourrée de préjugés » a parcouru du chemin pendant la préparation du film : « [Nadir] m’a montré des photos de transsexuelles : dans le tas, il y avait des Dalida, mais aussi de jeunes blondes qui ressemblaient à des profs de piano provinciales. J’ai compris que pour interpréter Lola, en fait, je devais dessiner une femme comme les autres. » Elle qui obtint le César de la meilleure actrice pour Pédale douce se plonge 21 ans en arrière :

J’ai connu beaucoup [de femmes trans] sur le tournage [de Pédale douce]. Je ne connais pas la souffrance de vivre dans un corps qui n’est pas le sien, donc je leur avais posé plein de questions. Indiscrètes, parfois. Mais la barbe avec la discrétion ! Bref, elles m’avaient répondu, et avec une grande liberté, ce qui avait renforcé mon admiration.

Consciente que pour les minorités visibles ou invisibles, « rien ne s’est arrangé avec l’époque étriquée, moralisatrice, abjecte que nous vivons aujourd’hui », celle qui a été dirigée par François Ozon ou François Truffaut n’est pas étrangère aux limites imposées par la législation française. Et grâce à son aura, la promotion du film résonne étrangement avec les discours militants :

Agir comme un homme, comme une femme, qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ? Et pourtant, sur votre passeport, les éléments que la société vous somme de fournir, outre votre nom et votre âge, sont votre nationalité et votre sexe. Est-ce que cela vous définit pour autant ? Absolument pas…

S’approprier le sujet trans

Mais dans Lola Pater résonne également la tendance générale des comédies françaises à retirer aux principales intéressées l’occasion de fournir leurs propres représentations.

À l’instar de la série Louis(e) qui explore elle-aussi paternité et transidentité, ou de la mini-série chorale Paris qui croise le parcours d’Alixia sur Arte, le casting de Lola Pater emprunte le corps d’une femme cisgenre. « Pourquoi pas algérienne, arabe ? se défend le réalisateur. Devrait-on faire jouer Shakespeare uniquement par des aristocrates britanniques ? L’identité de l’acteur et du rôle serait la fin de la représentation. Le jeu théâtral ou cinématographique permet tout à la fois de questionner des identités et de les explorer – on aurait tort de s’en priver. »

Au Chili, on prend pourtant l’exemple américain initié par Orange is the new black ou encore Sense8. La femme fantastique contée par Sebastián Lelio dans son dernier film sorti en juillet est trans, depuis les lignes du scénario jusqu’au choix du casting en la personne de Daniela Vega, dont l’interprétation fut saluée lors de la 67e Berlinale.

Découvrez la bande annonce de Lola Pater :

  • Helene Hazera

    Pourquoi les jeunes maghrébins hétéros au cinéma sont toujours (au début) homophobes , transphobes etc…

  • Nathanaël Meaurel

    Voir Fanny Ardant dans le rôle d’un trans non ça ne me dit rien, d’autant qu’elle est déjà toujours pareille à elle même non merci !

    • 8888

      Une trans … Que ça ne vous dise rien ok mais au moins ne mégenrez pas le personnage incarné par l’actrice 😉

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