Burn août à Amsterdam : la Pride sur le Canal les a rendu barges !
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Burn août à Amsterdam : la Pride sur le Canal les a rendu barges !


Photos et texte par Élie Villette

Ce week-end se tenait la 21e édition de la Pride d’Amsterdam. Une marche des fiertés version amphibie sous pavillon rainbow, pédale et drogue douce.

Pride d'Amsterdam Amsterdam

Leerdammer, ou j’fais un malheur

La capitale hollandaise s’est depuis toujours placée en tête de gondole des avancés pour la communauté : décriminalisation de l’homosexualité dès 1811, premier bar gay ouvert en 1927 au nord du Quartier rouge par une lesbienne à moto, Bet Van Beeren, qui verra défiler à sa mort en 1967, le corps allongé sur le billard, tous les habitués du rade pendant près de trois jours, la création de la première association LGBT dès 1946, et le premier pays à légaliser le mariage homo dès 2001… Forcément la Pride d’Amsterdam, c’est tentant comme une envie de Leerdammer. Pour preuve : les 600.000 personnes venus assister aux festivités du week-end, de quoi faire un malheur.

Pride d'Amsterdam Amsterdam

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Non mais « Allosexuals » quoi

Très au fait des problématiques LGBT, la municipalité se pose donc les vraies questions : elle compte aujourd’hui ouvrir des toilettes neutres et éditait déjà fin juillet un guide linguistique à l’usage de ses fonctionnaires afin de gommer la notion de genre sous un glossaire rose, comme « citoyen » et non plus « madame, monsieur ». Fini aussi la simple distinction « homo » ou « hétéro » avec une prise en considération plus grande de la notion de transgenre, intersexuel ou queer. Préférant aujourd’hui traduire ce dernier par « allosexuel », englobant toute ce qui n’est pas hétéro.

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Let’s talk about gender, baby

L’hôtel W, plus que « gay ok », a ouvert en grande pompe l’an passé. Cette ancienne banque vernissait un show de Danielle Lewitt et donnait vendredi son bouillon de culture gay, strass et paillettes avec Queer Me Out, une conférence débat à l’américaine animée par la comète absolutely scandaleuse Lady Bunny; comme si Bernard Pivot avait mangé du RuPaul’s Drag Race. Était alors présente Diva Mayday, célèbre drag hollandaise,  Siep De Hann, co-fondateur de la Pride d’Amsterdam, Desiree Maes, avocate hollandaise spécialiste des questions LGBT et du droit de la famille, et la drag coréenne Kim Chi. Il fut donc question de bébés éprouvettes et d’odes à l’amour, vous vous en doutez.

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La guerre éclaire

Du côté du canal de Keizersgratch, au pied de l’église Westerkerk, on mettait les trois pieds dans le plat, ou plutôt dans les trois triangles de granit de l’Homomonument. Inauguré en 1987, le monument commémore tou·te·s les femmes et les hommes victimes de persécution en raison de leur homosexualité, à commencer par le Rosa Winkel – le triangle rose – durant la Seconde Guerre mondiale. C’est ici que se jouait une autre guerre, celle des talons : « The Drag Queens Olympics », la plus grande compétitions du genre avec en disciplines officielles le 100 mètres Stiletto, le lancer de sac à mains et autre Tug-of-War. Cette année encore, de nombreux records et coccyx ont été brisés.

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Pédale douce

Au royaume du vélo sans scelle, forcément la pédale a bonne presse, sous couvert d’écologie et certainement de raisons pratiques. Rien de mieux pour parcourir la ville aux 165 canaux que d’enfourcher un vélo et de rejoindre la grande scène principale sur Dam Square, face au Palais- Royal, épicentre des festivités pendant tout le week-end ; ou prendre la route du cuir sur Warmoestraat, ou de la célèbre Reguliersdwarsstraat, passage obligé pour la communauté et qui regroupe nombre de bars et boîtes gay. Pour les amateurs de cul-ture, il s’agissait de pédaler jusqu’à l’exposition « Kings & Queens » du photographe Léon Hendrickx au Foam Café ; ou rejoindre la cours du Amsterdam Museum où la plus vielle association LGBT du monde invitait le Shakespeare Club pour une série de tea dance et performances. Et pour les plus téméraires, pousser le guidon le soir venu jusqu’à l’Oosterpark, littéralement parc de l’Est mais plutôt à l’Ouest, pour s’essayer à la drague en plein air et découvrir l’envers du buisson.

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Y’a des marins qui chantent

Dans le port d’Amsterdam, plus Querelle que Jacques Brel, bien que finalement plus proche de celui d’Alexandrie : ambiance cloclo à gogo, « barques sur le Nil, voiles sur les filles », il n’y avait pas que des marins qui chantent mais aussi 80 chars flottant sur la ligne de départ. Moment fort de la Pride, la Canal Pride du samedi donc. Départ du Prinsengracht arrivée à Amstel River. 80 bateaux complètement barges au départ pour cruiser sous les 23 ponts du parcours pleins à craquer. Une croisière s’amuse à la mode « mon cul, le canal du Midi ». Pas de cale sèche, mais bien lubrifié, et hydraté à en faire pâlir Nicolas Hulot : « save water, drink champagne ». Invité sur le W hôtel Boat, avec Lady Bunny en proue et Kim Chi en poupe , forcément c’est vite devenu la Chienlit aux airs de Carnaval de Paris. On a aussi remarqué que Dita van Teese avait pris des couleurs mais toujours pas quitté sa coupe de Martini Gin. Le duo de designers hollandais Maryme-Jimmy Paul avait habillé toute la croisette en goguette d’or et noir; moodboard « I want to be a star ».

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Interior leather bar

Après une telle traversée, on aurait certainement préféré une soirée pyjama avec Régine, et pourtant impossible de ne pas être la plus belle pour aller danser au Church et au NYX, les deux clubs gay phares de la ville. Question phare, il fallait aussi compter sur le célèbre Eagle Club pour voir la lumière au bout du tunnel, façon « your pain my pleasure ». Pour les autres, toujours possible de gratter un Rapido – le plus grand circuit festival d’Amsterdam – au Paradiso ou de chanter une berceuse pendant la soirée F*ng POP Queers. « Am stram gram, pic et pic et colegram, bourre et bourre et ratatam », nous, on a préféré jouer « la Jeune Fille à la perle » : « Meunier tu dors, ton moulin va trop vite meunier, tu dors, ton moulin va trop fort ».

 

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