Cet arbitre est le premier à faire son coming-out dans le foot anglais
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Cet arbitre est le premier à faire son coming-out dans le foot anglais


Dans un entretien fleuve à Skysport, l’arbitre anglais Ryan Atkin a décidé de parler librement de son homosexualité. Un moyen, selon lui, de combattre l’homophobie encore trop prégnante dans le football.

Le temps d’un week-end en Premier League anglaise, les chaussures à crampons des arbitres sont affublées de lacets arc-en-ciel. Les capitaines des équipes qui s’affrontent enfilent un brassard arborant les mêmes nuances. En novembre dernier, la campagne Stonewall’s Rainbow Laces a ainsi gagné les terrains de foot. Cette vaste opération, supportée par la Ligue nationale anglaise de football, a joué un rôle dans le premier coming-out de l’histoire des arbitres du foot anglais.

Un saut dans l’inconnu

Ryan Atkin a 32 ans, il arbitre les matchs des Ligues nationales du Nord et du Sud (National League North et National League South), les antichambres de la Ligue nationale, l’équivalent de la cinquième division française. Jeudi 10 août, il a tenu à faire son coming-out. Dans un entretien avec Skysport, il affirme : « Je veux aider à démontrer l’impact que la campagne Stonewall’s Rainbow Laces a eu. Notre implication, parallèlement à celle des joueurs, est utile pour sensibiliser sur les questions LGBT. Bien sûr, être gay n’a pas d’importance dans le cadre de l’arbitrage d’un match mais, si je parle d’égalité et de diversité, je vais mentionner que je suis gay parce que c’est pertinent. »

Il poursuit :

Pour plusieurs raisons, je pense que c’est le bon moment pour moi de dire que je suis gay. De toute évidence, il s’agit d’un saut dans l’inconnu. Dans le football professionnel au Royaume-Uni, il n’y a actuellement aucun footballeur ouvertement gay et il n’y avait pas d’arbitres ouvertement homosexuels jusqu’à présent. J’espère que mon action, si petite soit-elle, aidera à donner aux autres personnes dans une situation similaire la confiance d’être eux-mêmes. Dans quelques années, des articles comme celui-ci ne seront plus nécessaires mais, jusqu’à ce moment-là, tous dans le football ont le devoir de créer un environnement où chacun puisse se sentir à l’aise.

Selon ses dires, ce coming-out lui permettra d’être un meilleur arbitre. « Je crois qu’être soi-même, sans crainte, vous rend plus heureux. Cela vous permet donc d’être une meilleure personne et un meilleur professionnel. »

Homophobie et stéréotypes dans le foot

Si peu de joueurs sont ouvertement gays c’est surtout parce que « l’homophobie est toujours un problème », constate l’arbitre anglais.

Les choses s’améliorent progressivement. Les gens changent généralement de point de vue lorsqu’ils ont été informés que leur comportement est inacceptable (…). Il y a donc la nécessité d’éduquer et d’informer sur l’homophobie dans le foot (…). Car, en matière de sexualité et de genre dans le sport, de nombreux stéréotypes sont encore à combattre.

Au sein des instances du foot anglais, la décision de Ryan Atkin a été largement saluée. Neale Barry, à la tête de la section arbitrage de la fédération anglaise de foot a déclaré : « Cela marque un moment important et montre que le métier d’arbitre est ouvert à tout le monde. » Le directeur exécutif de la Ligue anglaise de foot a quant à lui assuré Ryan du « soutien total » des instances officielles. Ce coming-out a d’ailleurs fait la une du site internet de la fédération.

Le rôle des modèles

Au-delà de son épanouissement personnel et professionnel, Ryan Atkin considère que parler ouvertement de son homosexualité peut avoir un rôle moteur. « Les modèles sont importants pour montrer qu’être gay et s’intéresser au football n’a rien d’incompatible. » En terme de modèle, Ryan Atkin cite l’un des arbitres les plus réputés du monde du rugby : Nigel Owens. « Il a montré que les qualités d’arbitre n’ont rien à voir avec l’orientation sexuelle. Il arbitre régulièrement les finales mondiales de rugby. Il en est arrivé là grâce à son talent et à ses compétences. Et c’est pour cela qu’il est respecté », affirme Ryan Atkin.« Les footballeurs qui sont gays mais ne veulent pas en parler ouvertement ont surement peur d’être, s’ils en parlaient, définis uniquement par ce prisme de l’homosexualité », poursuit-il. Ainsi, des exemples comme celui de Nigel Owens permettent de faire preuve du contraire.

En 2007, l’arbitre gallois décide en effet d’arrêter de mentir et parle publiquement de son homosexualité. Il craint alors que cela entrave le bon déroulement de sa carrière. En 2014, il revient, pour L’Équipe, sur les conséquences de cette décision :

Ma vie a changé. Je suis devenu plus heureux, mon arbitrage s’est amélioré. Je n’ai pas fait mon coming-out pour aider les gens ! Je l’ai fait pour ma propre santé, ma propre vie ! Et après, j’ai écrit mon autobiographie. J’ai pu voir que ça aidait. J’ai reçu beaucoup de lettres, beaucoup de gens m’ont contacté, qui me demandaient de l’aide parce qu’ils étaient dans la même situation.

En Espagne, un arbitre de deuxième division de football, Jesús Tomillero, a lui-aussi été dans cette situation. Lorsqu’il a décidé de faire son coming-out, les conséquences ont malheureusement été particulièrement regrettables. Insulté à plusieurs reprises en plein match, harcelé sur les réseaux sociaux et menacé de mort, Jesús Tomillero en a raccroché son sifflet pendant quelque temps. Soutenu par le FC Barcelone et fier de pouvoir s’afficher comme le premier arbitre ouvertement gay, il a remis ses crampons et officie de nouveau comme arbitre. Ryan Atkin, qui évoque l’histoire de Jesús dans son entretien pour Skysport, conclut :

Dans mon cas, l’avenir est encore incertain. Avec le temps, je verrai quelles attitudes adoptent les gens à mon égard. Mais je suis plutôt optimiste pour moi, pour les dirigeants concernés et pour tous ceux qui se reconnaissent dans la maxime « sois toi-même ».

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Couverture : Fédération anglaise de football

  • jay

    J’espère qu’il aura plus de chance que son confrère espagnol pour la suite de son coming-out.

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