Toujours plus de LGBT assassinés aux États-Unis. La politique de Trump est-elle responsable ?
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Toujours plus de LGBT assassinés aux États-Unis. La politique de Trump est-elle responsable ?


Selon un rapport, les crimes de haine envers les LGBT sont en augmentation aux États-Unis. Une hausse dont la politique transphobe de Donald Trump pourrait, en partie, être responsable.

À peine 7 mois et déjà 33 meurtres. Entre janvier et août 2017, 33 meurtres motivés par la haine ont été commis contre des personnes LGBT aux États-Unis. Un décompte macabre communiqué par la Coalition nationale de programmes anti-violence (NCAVP).

 

Un meurtre tous les 6 jours

En l’absence de données officielles, la coalition a réussi à croiser les données issues des médias, celles communiquées par les proches des victimes et celles comptabilisées par les associations à travers le pays. Seuls les meurtres répertoriés comme crime de haine, c’est-à-dire où la victime était ciblée en raison de son genre ou de son orientation sexuelle, ont été retenus. Cela ne signifie cependant pas que ces crimes ont été officiellement classés comme tels par les autorités. Le NCAVP a décidé de voir plus large pour une raison simple : les lois sont différentes en fonction des États et ne tiennent pas toujours compte de tous les motifs de haine, comme le montre cette carte produite par le Movement advancement project.

Selon ces données, en 2016, 28 personnes LGBT ont été assassinées. Un nombre qui ne tient pas compte des 49 personnes tuées lors de l’attentat d’Orlando. Ainsi, alors qu’en 2016, 1 meurtre était commis tous les 13 jours, ce ratio est d’ores et déjà établi à 1 meurtre tous les 6 jours en 2017.

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Selon Dallas Drake, un chercheur du Centre de recherches sur les homicides, contacté par Buzzfeed US, « il n’y a aucune moyen de savoir si ces chiffres représentent une augmentation réelle de la violence. Le NCAVP est susceptible de sous-estimer le nombre réel. » Le chercheur explique qu’il y a « beaucoup plus d’homicides de personnes LGBT que ceux qui sont signalés. » Pour une étude publiée par le Centre en 2017, les chercheurs ont par exemple interrogé les participants de la Pride de Minneapolis. Plus de la moitié d’entre eux affirmaient avoir déjà été victime de violences. Or, Dallas Drake explique que « sont moins signalés les homicides qui concernent de plus petites communautés et ceux qui sont plus difficilement identifiables comme LGBTphobes. »

 

La communauté trans particulièrement touchée

Alors que l’année 2016 avait été la plus meurtrière pour les trans avec 27 meurtres, l’année 2017 clôture sa mi-saison sous les pires hospices. Parmi les 33 victimes déjà répertoriées cette année, 15 sont des femmes trans de couleur. Deux d’entre elles ont été assassinées dans l’État de la Nouvelle Orléans. Toutes deux étaient Noires. Chyna Gibson, 31 ans, a été tuée par balles à la sortie d’un centre commercial. Elle était l’une des figures de la scène drag. Une semaine plus tard, Ciara McElveen, 25 ans, était poignardée dans sa voiture. Le premier meurtre a été classé par la police comme un crime haineux, pas le second.

Comme indiqué sur la carte ci-dessus, la Louisiane ne reconnait pas comme crime haineux ceux qui sont liés à l’identité de genre, et donc transphobe. L’avocate CoBella Monroe, activiste pour le droit des trans chez BreakOUT, stipule que sans loi pour lutter contre les discriminations et sans reconnaissance des crimes liés au genre, beaucoup de personnes trans et non-binaires ne se sentent pas protégées. Même si la police de la Nouvelle Orléans dispose d’un département dédié aux violences envers les LGBT, le sergent qui en est charge confirme à Buzzfeed que les LGBT « sont souvent réticents à venir nous voir et à nous parler car ils ont peur ou n’ont pas confiance en la police. »

 

Des facteurs favorables à la montée des violences

Pour le NCAVP, cette augmentation n’a pas d’explication simple et unique. Il s’agirait d’une combinaison de facteurs tels que l’augmentation des témoignages, une meilleure identification des victimes grâce au renforcement des lois, une possible augmentation de la violence mais également l’accroissement de l’attention médiatique à l’égard des droits LGBT.

En effet, depuis plusieurs mois, les personnes trans sont au cœur de l’actualité. La raison est évidente : l’annonce faite par Donald Trump au sujet des trans dans l’armée américaine et les débats virulents autour des « lois toilettes » qui agitent plusieurs États, dont le Texas. Cette visibilité à double-tranchant puisqu’elle permet à la fois aux personnes trans de faire entendre leur voix mais peut aussi amplifier le rejet et les violences transphobes.

Le même phénomène, dans un paysage national différent, avait notamment été soulevé par SOS Homophobie en France, pendant le mois des Fiertés. Le président de l’association, Joël Deumier, expliquait alors à TÊTU que ce mois est souvent un moment où les témoignages de LGBTphobies sont plus nombreux.

D’un côté, la visibilité permet une certaine libération de la parole des victimes ; de l’autre elle engendre des réactions plus violentes et plus nombreuses de la part des adversaires des droits LGBT.

Pour Beverly Tillery, la directrice du New York City Anti-Violence Project, qui travaille avec le NCAVP, la situation Outre-Atlantique est alarmante. Auprès de Buzzfeed, elle a partagé son inquiétude :

La combinaison de ces facteurs devrait être un signal d’alarme pour nos communautés. Les actes de violence motivés par la haine ne disparaissent pas, ne diminuent pas et sont symptomatiques des problèmes de société plus larges et plus profonds que nous n’avons toujours pas abordé.

 

La présidence de Donald Trump en partie responsable ?

Au-delà des ces questions liées aux conséquences, positives et négatives, de la visibilité, la politique de Donald Trump est donc directement mise en cause. Vanessa Panfil est sociologue. Elle s’intéresse aux crimes haineux. Sur Buzzfeed, elle met en cause l’administration Trump. Selon elle, cette violence est « influencée par l’hétérosexisme, la transphobie et l’homophobie qui ont toujours existé mais elle est aussi particulièrement alimentée par le contrecoup des décisions de Donald Trump. »

Un discours qui résonne tout particulièrement avec une autre actualité, celle qui a secoué Charlottesville et qui réveille les tensions raciales à travers le pays. La responsabilité du 45ème président des États-Unis est, à juste titre, questionnée. Le New Yorker en a tiré une Une explicite pour son prochain numéro.

Dans un communiqué daté du 15 août, le NCAVP appelle d’ailleurs les LGBT Blancs à se mobiliser, rappelant ainsi que les questions de crimes de haine raciste et de crimes de haine LGBTphobes peuvent être étroitement liées :

En ce moment, notre nation est témoin du retour des mouvements de la suprématie blanche qui ont toujours existé, mais qui sont renforcés, amplifiés et permis par l’administration Trump. Nous demandons à tou·te·s, en particulier aux Blancs LGBTQ, de résister à ces viles mouvements et à toutes les actions haineuses de l’administration, qui accentuent les inégalités et soumettent les groupes marginalisés à de nouvelles violences.

 

Couverture : Manifestation contre le « trans military ban » devant la Maison Blanche, le 26 juillet 2017. ©Ted Eytan/Flickr

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