Kamel :
Témoignages

Kamel : "Pour aider les sportifs homos, je coache leurs entraîneurs"


La stratégie de Kamel, originaire de Lyon, a les crampons ancré dans le sol et le concret. Avant d’encourager le coming-out individuel malheureusement trop rare, il préfère former ceux qui façonnent les sportifs de demain.

L’été 2017 a souri à Kamel. Son diplôme de comptabilité en poche, le jeune homme de 26 ans peut aussi se targuer d’une visite ministérielle. Au mois de juillet, il a rencontré Arnaud Ngatcha, conseiller de la ministre des Sports, pour échanger sur les actions à mener pour lutter contre les discriminations. Kamel est confiant. Il se rappelle que pour son premier déplacement officiel, Laura Flessel a pris la direction du Refuge. L’association – où il a lui-même été bénévole pendant quelques mois en 2011 – n’est pourtant pas sportive; elle héberge les jeunes virés de chez eux parce que trans ou homo. Le symbole est d’autant plus fort.

Kamel est homo et sportif de bon niveau. Il a dû arrêter l’athlétisme lorsqu’il était espoir à cause d’une mauvaise blessure. « Je suis un homme de statistique », se défend-il aujourd’hui après plusieurs données statistiques sur la sursuicidité des homosexuels, les mariages de convenance, etc. Parmi eux, un chiffre est autrement criant : aucun joueur de foot professionnel actuellement en activité n’est ouvertement gay. C’est en partant de ce constat, et en découvrant, désabusé, l’avalanche de commentaires homophobes qui fleurissent régulièrement sur les réseaux sociaux, que Kamel a lancé Combat Sport.

 

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Éduquer ceux qui enseignent

Avec son association, il prend le problème sous un autre angle. « Comme il n’y a pas de coming-out, il faut bien faire quelque chose. » Dès la fin de l’année 2015, il décroche son téléphone pour appeler les fédérations et les différents clubs qu’il connait. Il mise sur la prévention à la source, auprès des entraîneurs car « leur but et le mien c’est que le joueur se sente bien dans sa peau. » Parmi ses méthodes figure la mise en situation : comment réagir si un joueur vient leur parler de sexualité ? S’il est victime de brimades par ses camarades de jeu ? Quelles incidences ont les insultes à caractère homophobe qu’on entend chanter dans les stades ?

Certains coachs, lorsque je leur posais des questions, je voyais bien qu’ils étaient un peu perdus. Soit qu’ils n’avaient jamais eu de joueur [qu’ils savaient homo], soient qu’ils ne savaient pas comment agir.

Peu de footballeurs répondent à ses appels du pied. L’univers du ballon rond aurait cela de particulier qu’en faisant régner la rivalité entre les joueurs – qui s’exprime autant sur le terrain, dans les vestiaires, que dans les gradins – il renforcerait les tensions et, par effet dominos, les discriminations. « C’est aussi un lieu de rassemblement social. C’est un miroir de la société où les joueurs viennent de tous horizons, et notamment de pays où l’homosexualité est toujours pénalisée », analyse encore Kamel.

 

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Le rugby lui réserve à l’inverse un accueil chaleureux. Dans cette discipline qui favorise la solidarité de corps, on a reçu avec bienveillance le coming out de Gareth Thomas ou de Nigel Owens, qui arbitrait les derniers mondiaux. À la mairie de Paris, c’est le rugbyman également conseiller des sports Pierre Rabadan qui reçoit Kamel pour évoquer les actions de prévention en octobre dernier.

« Il n’y a pas de l’homophobie dans tous les sports; dans beaucoup de disciplines ce n’est pas un sujet », essaie de tempérer Kamel qui reçoit malgré tout les appels à l’aide de nombreux sportifs amateurs et professionnels.

Écouter ceux qui se cachent

D’abord timides, ces prises de contact se font de plus en plus nombreuses. Le bouche-à-oreille et les diverses interviews pour les médias lui concoctent une réputation. Depuis, une quinzaine de footballeurs, de rugbymen et de boxeurs lui ont demandé conseil. Certains ont rembourré leur placard d’un mariage hétéro, d’autres sont en conflit avec leur agent à cause de cette vie de couverture imposée. S’il sait que le coming-out public d’un joueur permettrait de briser les tabous, Kamel s’inquiète des conséquences de cette étape : « Si c’est le premier de sa discipline, j’ai peur que ça puisse être utilisé contre lui par ses adversaires. Il faut être prêt à gérer la pression et être préparé à voir les médias scruter ses performances. » Lui-même garde le souvenir amer de la campagne de haine qui s’éleva contre Justin Fashanu, premier joueur en activité à faire état de son homosexualité en 1990, et qui se suicida huit ans plus tard.

 

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Ne serait-ce pas aux fédérations de garantir leur soutien aux joueurs qui voudraient sortir du placard ? Kamel plussoie. Pour autant, il se refuse à considérer Combat Sport comme une association LGBT. « Ce qui m’intéresse chez un joueur, ce sont ses performances ». Il a bon espoir d’apporter sa touche. Il a reçu plusieurs propositions de bénévoles voulant l’accompagner et il recherche actuellement un parrain pour son association.

Ça avance mieux que ce que j’imaginais. Je ne m’attendais pas à ce qu’on me fasse confiance. Peut-être suis-je arrivé au bon endroit au bon moment.

Pour l’avenir, Kamel veut s’orienter vers d’autres disciplines : l’athlétisme, où il a débuté, et le tennis qui garde en filigrane les difficultés rencontrées par Martina Navratilova durant les années 80 et Amélie Mauresmo une décennie plus tard. Il retient le conseil d’un entraîneur. « Plutôt que de faire signer une charte qui ne servira à mon sens pas à grand chose, je veux organiser des actions caritatives. Des matchs entre des joueurs connus qui feront parler de l’association », voire l’instauration d’une formation sur les discriminations. Pour ramener encore davantage le sujet sur le terrain.

 

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Couverture : crédit photo @australindsc/Instagram

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