Ce jeune marocain a été agressé après qu'un réalisateur appelle à son viol sur Facebook
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Ce jeune marocain a été agressé après qu'un réalisateur appelle à son viol sur Facebook


« Il y a des gens qui sont prêts à payer pour être violés », assénait le réalisateur Mahmoud Frites la semaine dernière, sous une photographie d’Adouma, star du web au Maroc. Quelques jours plus tard, ce dernier a été agressé à Tanger.

Sur les derniers posts qui continuent de fleurir sur son mur Facebook, Adam Lahlou aka Adouma, personnalité gay suivie par plus de 200.000 abonnés sur les réseaux sociaux, semble avoir retrouvé le sourire. Vendredi dernier, il racontait avoir été attaqué par un groupe de jeunes dans les rues de Tanger. Il fut insulté, menacé de mort et tabassé, ses vêtements lui furent arrachés et il fut finalement laissé au sol. Quelques jours plus tôt, une autre photo de lui avait largement circulé sur la toile et dans la presse locale. Prise comme exemple par le réalisateur marocain Mahmoud Frites, il apparaissait vêtu d’un caftan d’une fausse poitrine sous la légende :

Je ne comprends pas les personnes qui violent une ânesse, une handicapée, une personne âgée, un nourrisson, leurs enfants et ne s’approchent pas de gens qui, non seulement rêvent d’être violés mais qui en plus sont prêts à payer pour être violés.

Adouma Mahmoud Frites

Le réalisateur faisait ici référence à deux affaires qui ont secoué le Maroc au mois d’août : 15 jeunes qui auraient attrapé la rage après avoir violé une ânesse, mais surtout, l’agression sexuelle (tentative de viol) d’une femme en situation de handicap mental par six adolescents dans un bus à Casablanca.

Asséné de critiques, Mahmoud Frites retire son message et bafouille des excuses de mauvaise foi : « je m’excuses d’avoir écrit ce post même si je plaisantais ». Dans une conversation Messenger privée avec le journaliste Daniel Conrad rendue publique par Morocco World News, ses justifications sont pires encore : « Dans mon statut je voulais juste dire qu’il existe des personnes qui acceptent d’être violé volontairement et qu’ils peuvent même payer pour ça. Et bien sur je parle de certains homos, pas tous […] ». Le réalisateur s’empêtre en assurant que « les acteurs homos […] sont sympas » et en transformant son incitation au viol à une attaque toute personnelle contre Adouma : « je respecte leur choix d’être homo […] je parle d’un homo qui habite à Tanger et n’arrête pas de partager des vidéos qui contiennent des mots vulgaires pour exciter les jeunes garçons ».

Adouma Mahmoud Frites

« Vous avez atteint votre but Monsieur Frites »

Sur le même réseau social, Adouma incrimine directement Mahmoud Frites pour l’agression dont il a été victime : « J’ai été attaqué après qu’il a appelé des gens à me violer », écrit-il sous les photos de son œil au beurre noir, de ses contusions, et de son t-shirt déchiré en deux. « Aujourd’hui, je vous dis, Monsieur Frites, félicitations, vous avez atteint votre but. Je suis un homme avec des sentiments menant une vie comme tout le monde. […] Vous êtes dépourvu d’humanité, vous êtes un terroriste déguisé. »

Frédéric Hay, président de l’association ADHEOS qui défend les minorités sexuelles depuis le Poitou-Charente, avait auparavant condamné cet appel public au viol des homosexuels. Invoquant le code du séjour des étrangers et du droit d’asile, il réclamait par lettre ouverte à Gérard Collomb l’interdiction de territoire français de Mahmoud Frites pour « menace grave à l’ordre public. »

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Couverture : crédit photo Instagram

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