Une intelligence artificielle prétend identifier les gays aux traits du visage
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Une intelligence artificielle prétend identifier les gays aux traits du visage


France Inter a aujourd’hui ouvert sa revue de presse sur cette étude qui a buzzé tout le week-end, quelques semaines seulement après la polémique du logiciel espion « pour savoir si son fils est gay », et quelques mois après la publication du guide de Millenium pour « reconnaître un gay d’un hétéro. »

Pourquoi cette obsession à emprunter les lunettes du gaydar ?

Dans le troisième épisode de la série française Maison Close, diffusée en 2010 par Canal +, l’entreprise a la part belle. Un matin, un médecin débarque au Paradis armé d’instrument de mesure : il se targue « d’avoir observé plus de deux milles prostituées à travers l’Europe » et affirme que leur « l’écartement entre les pommettes » est plus important que « chez les femmes respectables », car leur condition leur a été prédéterminée dès la naissance. Ce Cesare Lombroso, père de la physiognomonie, rêve d’un jour où la société pourra « s’organiser autour d’une sage distinction des races, des classes et des comportements ». « Enfin bon, ma frangine et moi on a à peu près la même carcasse, et elle est bonne sœur ! », rétorque l’une des prostituées du bordel sous les rires étouffées de ses camarades. La physiognomonie, discipline pseudo-scientifique qui servit de terreau intellectuel au « racisme scientifique », a été largement décrédibilisée et condamnée depuis son heure de gloire au XIXe siècle.

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Or, maintenant que cette théorie emprunte le chemin tracé par Siri et compagnie, on applaudit : dans la presse, il n’y a que peu de conditionnel et d’esprit critique vis-à-vis de cette théorie sortie des laboratoires de Stanford en Californie.

L’homosexualité masculine soi-disant plus identifiable

« Les hommes homosexuels ont tendance à avoir une mâchoire et un menton plus étroit, des sourcils plus fins, un nez plus long et un fronts plus grand. Alors que l’inverse devrait être vrai pour les lesbiennes », peut-on lire dans les travaux menés par Michal Kosinski et Yilun Wang et qui seront publiés dans le Journal of Personality and Social Psychology.

Les deux chercheurs ont soumis 35.000 photographies d’un site de rencontre à un système de reconnaissance faciale : en comparant le portrait d’une personnes homo et d’une autre hétéro, l’intelligence artificielle (AI) a pu identifier la bonne orientation sexuelle dans 81% des cas chez les hommes, et 74% des cas chez les femmes; contre 61% et 54% pour des observateurs humains. Lorsque, pour chaque personne, il était fourni cinq portraits à l’AI, le succès grimpait à 91% pour les hommes et 83% pour les femmes.

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Bien-sûr, la technologie garde ses limites : le logiciel a beaucoup plus de mal a identifié un homo s’il n’est pas placé à côté d’un hétéro, ne prend pas en compte la bisexualité ni la fluidité des orientations sexuelles, les identités de genre, et ne peut s’appliquer aux personnes de couleur (car trop peu nombreuses dans l’échantillon, selon les deux chercheurs). D’après Michal Kosinski et Yilun Wang, il apporte toutefois un « fort soutien » à la théorie selon laquelle l’orientation sexuelle serait déterminée par l’exposition à certaines hormones in utero.

Un grave risque sécuritaire

Mais imaginez un peu, cet « outil » dans les mains de Ramzan Kadyrov qui s’emploie à éliminer tous les homosexuels de la Tchétchénie (qu’il prétend d’ailleurs être vierge de toute homosexualité), ou dans celles des policiers d’Égypte, qui infiltrent déjà les applications de rencontres gays pour pister, arrêter et faire chanter les homosexuels du pays, à tel point que Grindr s’est fendu d’un message d’alerte à ses utilisateurs.

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« Nous avons été très troublés par ces résultats et avons passé beaucoup de temps à nous demander si on devait les rendre publics, confiait d’ailleurs Michal Kosinski, co-auteur de l’étude cité par la RTBF, on ne voulait pas nous-même rendre possibles les dangers qu’on essaie de prévenir. » Alors que Human Right Campaign (HRC) et la Gay & Lesbian Alliance Against Diffamation (GLAAD) se sont déjà élevés contre ces travaux, celui-ci a tenu à défendre son travail« Une de mes obligations, en tant que scientifique, est que si je sais que quelque peut potentiellement protéger des individus en proie à de tels risques, alors je devais le publier. »

Le but des deux chercheurs n’était pas tant de démontrer que les homos et les hétéros seraient identifiables à vues de caméra, mais de démontrer que ce type de technologie existe et que s’il tombait de mauvaises mains, il pourrait être extrêmement dommageable pour la communauté. C’est pourquoi Michal Kosinski et Yilun Wang n’ont pas adjoint à leur publication le programme du logiciel, ni n’ont permis au Guardian d’en faire le test. « Maintenant nous savons que nous avons besoins de protections », conclut le chercheur spécialiste du « gay dar » et cité par le journal britannique, Nick Rule. Contre l’avis des associatifs, ce dernier est favorable à la poursuite des essais.

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Couverture : @Justin Pickard/Flickr

  • thefrenchygeek

    Comme quoi, la technologie n’a pas que du bien….

  • benji

    Cette enquête concerne le site Facebook et s’appuie notamment sur les LIKES qu’on laisse.

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